Egoblog

mardi 25 octobre 2005

Sexually Explicit

A la manière de...

Je vous aurais bien lâché (comme on le fait entre bloggeurs éduqués) le lien pointant vers son carnet, mais cette raclure snobinarde et paranoïaque - que j'apprécie beaucoup - ne blogue que sur invitation, et ne réserve son génie qu'à un cénacle d'initiés raisonnablement dépressifs.

A sa manière, donc, petit inventaire non exhaustif des mails reçus pendant la nuit :

1h37 - Black haired with pierced clit assfucking movies
1h55- Curly babe huge boobs hardcore sex action on boat
3h34 - Babe loves caressing her own sweet pussy
4h14 - Amazing body old woman fucking and gets facial
6h29 - Hot busty blonde milf fucked hardcore by 2 men

J'ai les boules. Toutes ces occasions perdues qui ne reviendront jamais...

lundi 24 octobre 2005

My auto-école is rich

J'ai recommencé à conduire.

Ca m'a pris la semaine dernière comme une envie de pisser. Je suis retourné à l'auto-école, j'ai dit "Bonjour Mesdames" et rajouté : "Cette fois ci, c'est la bonne" devant leurs mirettes interloquées.

Il y a pourtant comme une entêtante malédiction qui plane autour de ce papelard purpurin normalement signé par la Préfecture à l'âge des premiers émois. Tout a commencé en 1991, j'avais vingt ans à peine, et j'étais alors un jeune homme convaincu de ses capacités et confiant en ses moyens. Tout le monde avait son permis de conduire (97% de la population, en fait), moi aussi, je l'aurais.

interditTrois semaines passées, l'auto-école, alors sise du côté de la place Saint-Georges, faisait faillite et emportait avec elle quelques milliers de francs payés d'avance et mes premiers désirs de conduite. Pas du genre à désespérer, je stimulais mes pieds à la conquête de nouveaux mondes, et prenais mon temps ainsi que les transports en commun. Cinq longues années plus tard, jeune et bel éphèbe dans la force de l'âge, je songeais que l'acquisition de nouvelles connaissances en matière de maniement d'une automobile me seraient fort utiles pour me déplacer d'un endroit à un autre distant de plusieurs kilomètres. Et ce sans prendre ni le train, ni le bus, ni le taxi, ni le métro. Déjà, ma faculté de raisonnement impressionnait mes contemporains.

Je repérais une auto-école proche de mon domicile, passais le code de la route avec brio (deux fautes) et me faisais un nouvel ami en la personne d'un moniteur de conduite fort capable - il savait conduire ! - et extraordinairement antipathique. cerveau Maurice (nous l'appellerons ainsi) était un phénomène : d'une intelligence peu commune (inexistante, en somme), Maurice donnait l'impression de passer son temps à réfléchir. Que l'on soit arrêté à un stop, dans l'attente d'un feu vert, en pleine manoeuvre de dépassement ou en train de prendre de l'essence, Maurice semblait bander ses neurones et prenait avec avidité la pose du penseur. Pour un peu, on aurait dit un guitariste du cerveau, toute corne dehors pour protéger ses synapses d'une stimulation trop douloureuse. Maurice était con, vraiment con. Ce qui ne lui suffisait pas. Car Maurice était méchant. Très méchant. Il n'a eu de cesse de me décourager, de stigmatiser mon incompétence crasse, de me renvoyer à mes insuffisances. Cet homme était un exemple d'intolérance aux frustrations, et la frustration, c'était moi !

Au bout de quarante heures de conduite, j'étais conditionné ; persuadé que je mourrai au volant, et qu'il était encore temps d'abandonner. Ce que je fis avec aisance, et sans coup férir. C'est bien le seul moment où j'étais à l'aise dans une auto-école : quand je l'abandonnais ; et laissais le champ libre à des générations de conducteurs plus talentueux que moi.

Après un septennat de mobilité (toujours) réduite, je réalisais que j'allais bientôt devenir papa. Et que c'était vraiment la honte de ne pas être foutu d'emmener le grand au judo, et la petite à la gymnastique rythmique et sportive. Dans mes phantasmes très convenus de paterfamilias, les filles jouaient avec des rubans et les garçons avec la ceinture de leur kimono. Le ventre de LN s'arrondissait, et moi, humble devant l'Eternel, je franchissais une troisième fois le seuil d'une auto-école, à quelques encablures du cimetière Montmartre.

De fait, alors que j'obtenais le code une deuxième fois (une seule faute !), que j'en étais à ma vingtième heure de conduite (Richard et Michel, mes deux moniteurs attitrés me trouvaient moyen, sans plus. Sans moins, non plus), cette idiote de leucémie s'en mêlait et venait interrompre le cours lumineux de mes aventures mécaniques.

Dix mois plus tard, joie et santé retrouvées, Romane bel(le) et bien née, c'était vendredi dernier. J'ai reconduit, donc. Deux heures. En ville et sur l'autoroute. Martine, ma nouvelle instructrice, a écrit en gros et en rouge : "PAS TROP MAUVAIS POUR UNE REPRISE".

Ca y est, c'est sûr, je tiens le bon bout.

vendredi 21 octobre 2005

Une nounou pas comme les autres

Nounou La nounou de ma fille est partie. Définitivement, je veux dire. Elle gardait Romane tous les jours de 08h00 à 14h30, ce qui permettait à mon humble altitude de se reposer dans ses quartiers, de bouquiner et de bloguer en paix. Puis je prenais le relais jusqu'au retour de la mater dolorosa. La môme commençant son adaptation à la crèche dès lundi prochain, elle a congédié sa nounou sans autre forme de procès (employeur inique à même pas dix mois !).

La nounou en question était plutôt sympathique. Un peu immature et frustre, mais sympathique. Elle imitait très bien le chien, ça faisait rire Romane (et ça effrayait son papa). Elle avait des manières un peu brusques, du genre à empoigner la petite comme on trimbale son sac à dos, mais ça faisait (encore) rire Romane. Elle lisait Ici Paris, France Dimanche, Voici et Closer pendant que la puce dormait ; si bien que je n'ai rien ignoré du courage de Charlotte Valandrey et des convulsions amoureuses du trio Marquay-Pernaud-Ducruet.

film Elle a failli oublier de me rendre les trois DVD qu'elle nous avait empruntés il y a quinze jours. Elle a failli seulement. Aujourd'hui, elle est arrivée toute pimpante, et s'est écriée (elle criait plus qu'elle ne parlait. Ah oui, ça faisait rire Romane !) : "Gé-Lé-Dé-Vé-Dé !". Quand elle avait demandé l'autorisation de les emprunter, j'avais été agréablement surpris par son choix : Un monde sans pitié, The Big Lebowski et L'inconnu du Nord Express. Bref, que du très bon, et je m'étais mis à regretter l'opinion un peu rapide que j'avais forgée à son sujet. Si ça se trouve, la jeune gourdasse qui gardait ma fille était une nana remarquable, et je n'avais pas su le voir.

Bref, c'est plein d'un empressement un peu ravi que je lui demandais si le programme lui avait plu. La réponse a dépassé mes plus folles attentes :

- Euh, le premier que j'ai vu, le Hitchcock, là. Quand j'ai vu que c'était du noir et blanc, j'ai arrêté au bout de cinq minutes.
- (Dépité) Ah. Vous n'aimez pas le noir et blanc ?
- Non je déteste.
- (Abattu) Et les deux autres ?
- Le Big Lebowski, j'ai un peu regardé. Mais les histoires du gros barbu très sale, ça m'a vite saoulé. Et du coup, je n'ai pas regardé le troisième.
- (Blème) Vous m'avez dit que vous étiez cinéphile, c'est quoi votre style ?
- Moi j'aime l'action, l'action, l'action. Et les thrillers psychologiques ! Ca j'adore.
- (Décomposé, mais ruminant sa revanche) Ah, alors c'est vraiment dommage que vous n'ayez pas vu "Un monde sans pitié". C'est un thriller psychologique avec plein d'action !
- Ah bon ?
- Ouais, c'est vraiment pas d'veine, hein...

The Sarko Show is goin' on

Nicolas Sarkozy n'en finit plus d'être repris dans les médias. Jusqu'à Libération qui en fait des tonnes sur le sujet, ce qui ne lasse pas de m'intriguer. Qu'on en juge plutôt avec l'édition papier d'hier :

p12 - Politique - Sarkozy incendie Chirac
Sarkozy s'en prend aux vaines surenchères du Président.

p16 - Société - Le ménage de Sarkozy
Sarkozy (re)dit qu'il faut nettoyer les quartiers sensibles.

p23 - Sport (!!) - Sarkozy durcit le ton
Sarkozy n'aime pas les hooligans.

Rien dans l'actualité internationale (suggestion : Sarkozy aime le Chili con carne), pas un mot dans la rubrique Sciences (Sarko n'aime pas le CNRS), quant à la catégorie Economie (La pension alimentaire de Cecilia), elle fait l'objet d'un mépris insultant.

Décevant.

Vol de nuit

Salut à toi ô voleur,

Je voulais te signifier par le présent billet l'ampleur de ma colère et la nature de mon courroux : en subtilisant la poussette de ma fille, entre hier 20h30 et ce matin 07h30, au mépris de la bienséance et de l'élémentaire civilité, tu t'es aliéné à jamais ma considération par nature débonnaire. Ce n'est pas tant le vol que je déplore que la nature même de l'escamotage. Priver un adulte de sa promenade quotidienne, voilà qui n'est pas un drame. Mais un enfant ! Qui ne sait rien encore de la vacuité infinie de ce monde, qui ignore tout de l'universelle perfidie de la nature humaine. Infâme maraud, abject pignouf, sale con !

Et puis quoi, voler une poussette flambant neuve, c'est très mal mais chouraver une poussette en bout de course, vieillissante et cradingue, c'est parfaitement innomable.

D'autre part, j'aimerais savoir pourquoi NOTRE poussette a eu les honneurs de ton inclination quand celles de nos voisins, qui somnolaient elles aussi en paix près de la cage d'escalier, ont curieusement été épargnées. Vengeance personnelle, dépit amoureux ? Ou impéritie crasse, peut-être ?

Voleur, ô mon voleur, je te donne deux heures pour colmater les brèches béantes, dans nos coeurs, ouvertes par ton forfait. Deux heures, pas une de plus. Si tu as l'audace de séquestrer plus longtemps cette vieillerie anémiée, je tiens à te signaler que je n'hésiterais pas à racheter, cet après-midi même, une Mc Laren de compétition à ma gamine éplorée.

Je te prie d'agréer l'expression de mon antipathie avérée.

mercredi 19 octobre 2005

Dialogue de sourds

Visite surprise de mes grand-parents, hier après-midi.

J'aime BEAUCOUP mes grands-parents. Avec des majuscules partout. L'expression est un peu galvaudée, mais ils m'ont prodigué beaucoup d'amour et autant d'affection. Ils sont la branche polonaise de la famille, celle qui a débarqué en France après six mois de marche ("La trêve" de Primo Levi est un plagiat éhonté autant que magnifique de leurs aventures) au lendemain de la deuxième guerre mondiale. Mon grand-père a hérité il y a quelques années du surnom de Survivor : il a survécu aux aléas de la guerre et à une tripotée de cancers. Il est dépressif depuis toujours, mais également très joyeux et plein de malice. Ma grand-mère fait plutôt dans l'ambiance bulldozer : elle a 85 ans, marche plusieurs kilomètres par jour, va régulièrement à la piscine et a décidé de passer le restant de ses jours à lutter contre la vieillesse. Le seul fait de penser à son hyperactivité m'épuise... Pour seule augure de son crépuscule, une surdité carabinée qui donne une allure surréaliste à la plupart de nos conversations. Ma grand-mère ne s'en laisse pas conter, refuse de porter l'appareillage qu'elle s'est offert à grand frais et parle très doucement à tout un chacun histoire de démontrer que c'est bien la terre entière qui n'entend rien !

Hier après-midi, donc, mère grand a consenti à hausser un tantinet la voix, et commencé de m'entreprendre solennellement sur son sujet de prédilection :

- Ari chéri, Papi et moi, nous avons quelque chose de très important à te dire (à ce moment-là, mon grand-père s'enfonce dans le canapé, comme s'il redoutait d'entendre la suite. Manière de souligner le courage de sa femme qui a eu l'audace de se lancer !).
- Oui ? (Merde, elle va encore parler du mariage)
- Ari trésor (quelquefois, elle le dit en yiddish, ça donne quelque chose comme "néchoumaley" ou "oilleseuzisse"), j'ai une certaine expérience de la vie, et...
- Et ? (C'est sûr, elle veut parler du mariage)
- Et alors Ari, nous aimerions tellement que tu te maries...
- (Arghhh, je l'savais)
- ... avant que nous mourrions (ah les enfoirés, c'est une nouveauté dans le déroulement de leur argumentaire).
- Papi, Mamie, on en a parlé cent mille fois. Je n'ai pas envie de me marier.
- Pourquoi ?
- (Je pense à une pote qui m'arrachait plus qu'un sourire en affirmant qu'elle ne voyait pas ce que l'administration pouvait à voir avec ses histoires de cul. Mais bon, ils sont quand même âgés, et je les aime, hein).
- Alors pourquoi Ariniou ? Je suis sûre que Heleniou (rigolez pas, ils mettent des gnous partout) a très envie de se marier avec toi. De porter le même nom que toi et Roma(niou).
- (Est-ce que je leur dis tout ce que j'ai un jour écrit ici ?)
- Ari, tu ne réponds pas.
- Non, je n'ai pas envie de me marier.
- Même pour nous faire plaisir ?
(Je suis un ingrat, je suis un ingrat, je suis un ingrat. Pour toute reconnaissance de leur amour, je vais bientôt leur répondre) :
- Même !

LN revient du taf, et s'achève ainsi une discussion qui menaçait de s'enliser dans les grandes largeurs.

mardi 18 octobre 2005

La masturbation (pro)créatrice

spermatozoïdes Des souvenirs de leucémie, j'en ai à la pelle. Aucun n'est spécialement triste. Pour l'essentiel, il me revient des réminiscences de douleur et de combat. Pas mal de moments drôles aussi, pour étonnant que cela puisse être. Je retiens particulièrement un épisode mi braque, mi tragi-comique, celui de ma viste au CECOS (Centres d'Etude et de Conservation des Oeufs et du Sperme humains) pour y faire exactement ce que vous imaginez.

D'abord l'image d'une ambulance. Qui m'emmène de ma chambre d'hôpital au centre CECOS le plus proche (il n'y en avait pas à la Pitié-Salpétrière). J'étais mal en point : je n'avais pas dormi depuis quinze jours, des ganglions énormes m'empêchaient de respirer correctement. C'est donc affublé d'une bouteille à oxygène et d'un pied à perfusion (quand on est malade, on passe sa vie sous perf'. Même quand on va pisser ou qu'on a la prétention de se laver) que je débarque dans un centre parisien, à Cochin, je crois.

Je vais devenir stérile quelques semaines plus tard (à la suite d'une irradiation corporelle totale, préalable indispensable à la greffe de moelle osseuse), et il est encore temps de stocker quelques millions de spermatozoïdes gaillards et florissants ; histoire de donner des frangin(e)s à Romane, quand la santé sera retrouvée. Quand vous êtes très malade, pour ainsi dire en danger de mort, tout ce qui vous projete dans l'avenir est une bénédiction : un arrêt de travail jusqu'à octobre, et c'est tout de suite la vie qui se prolonge d'autant de mois. Une masturbation au CECOS, et c'est la mort qui recule, aspirée par un avenir forcément bienveillant.

Pour l'heure, je me retrouve dans cette petite pièce cafardeuse, avec un malheureux lit une place et une table de chevet pour tout mobilier. Une jeune femme assez jolie m'aide à m'allonger et s'arrange pour disposer la bouteille à oxygène et le pied à perfusion de telle sorte que j'ai les mains libres pour m'adonner aux ineffables joies célébrées par Onan. C'est là que ça commence à se corser : la pièce est vraiment glauque, je suis dans un état physique lamentable, il n'y aucune revue pour m'aider dans ma tâche, ce que je trouve irritant au plus haut point. Et si je crachais moins de gamètes à cause d'un manque caractérisé de stimulation ? Alors...

Alors, je prends mon courage à une main et mon sexe de l'autre. Et je m'efforce d'imaginer. Les mille et une représentations de ma chérie sont encore les meilleures garanties de succès. Je me sens misérable, loqueteux. Et pourtant, j'arrive à apprécier la force de ce qui est en train de se passer. Je pense que la réalité a beaucoup d'imagination, et me lance finalement dans un "cinq contre un" effréné, au mépris de cet endroit sordide et de ma condition précaire.

C'est bien la première fois qu'une masturbation revêt une telle importance. Je me concentre (LN dans telle position, LN dans cette tenue, LN à la plage, LN dans la douche, LN est partout), et je fais durer le plaisir (sic) dans le but de produire un maximum de spermatozoïdes. Au moins quelques millions me dis-je in petto, moi qui en ai sacrifié plusieurs centaines de milliards au cours de longues années passées à m'exercer en solo.

J'achève ma mission dans un état d'épuisement total. Physique et psychique. Je veux rentrer chez moi (l'hopital est mon nouveau chez-moi), me soigner, guérir.

Quelques jours plus tard, on me fera parvenir le message suivant : mes spermatozoïdes sont plus fertiles que la moyenne. Faire un ou plusieurs autres enfants ne devrait pas poser de problème majeur. C'est la meilleure nouvelle depuis un mois. Je plonge dedans la tête la première, je m'y noie.

Dans la perception, je suis papa une deuxième fois.

lundi 17 octobre 2005

Petite érection du jour

sarkobis

Vous vous souvenez du Google Bombing agrémenté à la sauce Sarkozy ?

Et ben, ça y est ! On y est. Ou plutôt, Nicolas Sarkozy y est ; tout en haut de la liste des conquistadors arrogants, des aventuriers chafouins qui vendraient pairs et maires pour un bout d'Elysée.

Les RG n'ont qu'à bien se tenir, sinon je fais une fiche sur eux.

Complainte du fainéant

Je promène mon ennui avec une obstination coupable. Cela m'assombrit un peu.

La maladie n'est plus une excuse : cela fait un mois et demi que j'ai retrouvé une condition physique acceptable. Je pourrais m'investir dans un ou plusieurs projets. Oui, je pourrais...

Le conditionnel est le bras armé de mon désoeuvrement, son meilleur ennemi. La procrastination est une pimbêche qui a revêtu ses plus beaux atours, et n'en finit pas de me séduire.

J'ai la sensation de me prendre une descente d'acide en pleine tronche. Je regarde mes amis, mes proches se hâter. Ceux qui ne sont pas mes amis, aussi. Tous y croient, mus par une improbable énergie, une envie un peu folle d'avancer. Comment font-ils ? Où trouvent-ils la foi ? Qu'est-ce qu'ils ont mis dans leur moteur ?

J'ai faim de la faim des autres.

vendredi 14 octobre 2005

Bruce lit, et Ari aussi

livre J'ai fini L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau. Il a fallu que je lise les vingt premières pages pour me rendre compte que je l'avais vu au théâtre, il y a quelques années. Le livre est infiniment plus intéressant que la pièce. Normal, la pièce était très... théâtrale et occultait toute la dimension médicale et progressiste du propos.

Je ne sais pas si j'ai beaucoup aimé, je le saurai un peu plus tard. Je n'arrive pas à me défaire de l'idée que j'ai satisfait un plaisir pervers et voyeuriste à la découverte de ces idiots savants et de ces pathologies neurologiques extraordinaires. Oliver Sacks est un gars assez étonnant. Je le sens intelligent et humaniste mais tellement conscient de son intelligence et de son humanisme que cela en devient suspect. Il un a petit côté Gérard Miller, en moins aigri tout de même.

Je crois que je l'aime bien.

jeudi 13 octobre 2005

Au bonheur de Romane

C

Le jour du grand pardon

Aujourd'hui, c'est Yom Kippour, le jour du grand pardon.

C'est un jour important et extrêmement signifiant, dans la plus pure tradition juive : il s'agit, si vous suivez les préceptes, de rentrer dans un processus de mortification dont le but avoué est de vous changer moralement (ahem) après un examen de conscience personnel. Par où ai-je pêché cette année ? Que me reprochent les autres qui soit partiellement juste ? Pourquoi ai-je éjaculé de façon si précoce la semaine dernière et aussi celle d'avant ? Dieu me pardonnera-t-il ?

Personnellement, je ne suis les préceptes que de très loin. Je ne m'impose pas la technique de pénitence qui consiste à jeûner (un vrai jeûne, sans boire ni manger !), je n'obéis à quasiment aucune des interdictions multiples et variées qui font de cette journée un pensum protéiforme. Ne pas travailler (bon, à ce stade, ça va...), ne pas allumer la lumière ni son ordinateur, ne pas lire (sauf un livre de prières), ne pas voir la télé (même pas La Chaîne parlementaire !), ne pas porter (sauf ses vêtements), ne pas écrire, ne pas téléphoner, ne pas se connecter à Internet, ne pas... J'en oublie plus de 500 autres, c'est un véritable wagon de privations qu'il est impensable de retenir par le détail, encore moins d'appliquer sauf si on craint de précipiter les foudres vengeresses du Créateur.

Je ne crois que très moyennement en Dieu (même quand il fait grand beau au milieu du mois d'octobre), ce qui rend la chose tout de suite moins angoissante. Mais le folklore m'amuse, et je montre régulièrement le bout de mon nez à la synagogue en ce jour d'ascèse présumée et rarement consentie. Cela fait plaisir à mes parents et grand-parents, et c'est l'occasion de revoir des gens que je ne vois qu'une fois par an. A ce sujet, c'est une sensation étrange de voir les mêmes personnes, une seule fois, chaque année. Quand vous ne les voyez plus, c'est probablement qu'ils sont morts. Et quand vous les voyez, ils n'ont pas beaucoup changé. Entre deux séances de flagellation psychologique, chacun prend des nouvelles de l'autre, s'enquiert de sa santé, des naissances passées et à venir, de l'état de forme des aieux et des résultats scolaires du petit dernier. Il y a là une invariabilité pateline que je trouve aussi exquise que rassurante.

Quand j'étais gamin, mon père m'emmenait à la synagogue sur le coup de midi. Ensuite on allait déjeuner ; mais dans un très bon restaurant, ce qui rendait l'interdiction de manger presque caduque. Et puis on allait au cinéma voir Ben Hur ou Les 10 commandements, histoire de tricher avec classe, en toute sérénité. En symbiose avec l'Immensité, la pierre philosophale et le Grand Livre de la Vie.

L'année dernière, j'ai même emmené LN et Romane (alors dans le ventre de sa mère) à la synagogue. On s'est vraiment marrés même si on a passé peu de temps ensemble rapport à ce que les hommes et les femmes sont séparés à l'intérieur de l'enceinte sacrée. Cette année est une année différente des autres : à cause de cette idiote de leucémie, j'échappe à la corvée de synagogue, ce qui me plonge dans une abîme de mélancolie. Qui me lavera cette année de toutes les fautes commises en toute impunité ?

Et puis, cela m'aurait fait plaisir d'aller voir les petits vieux hyper scrupuleux et respectueux de la norme religieuse, et de leur dire que les Bleus s'étaient qualifiés pour la Coupe du monde de football 2006. Pour le plus grand malheur des juifs pratiquants amateurs de football, le jeûne et son cortège d'interdictions ont commencé hier soir à quelques minutes du coup d'envoi. Je n'ose imaginer qu'on puisse passer un kippour tout entier sans rien savoir de la performance de Zizou et de ses coéquipiers.

Que Dieu, dans son infinie mansuétude et son inexistence coupable, me pardonne pour de telles pensées.

mardi 11 octobre 2005

Les tests d'Egoblog - Etes-vous un bon papa ?

Question 1 : votre fille de neuf mois a faim.

a) Vous commandez une pizza.
b) Vous lui préparez un biberon de 240 ml.
c) Vous lui dites : "Moi aussi, j'ai la dalle. T'as prévu quoi ?"


Question 2 : il est 5h40, votre gamine pleure.

a) cf. billet précédent.
b) Vous lui demandez de la mettre en veilleuse.
c) Vous lui dites : "Un de perdu, dix de retrouvés".


Question 3 : 16h30, c'est l'heure :

a) d'aller se coucher.
b) d'aller au ciné.
c) d'aller se promener.


Question 4 : votre enfant de neuf mois tombe devant vous, et se cogne la tête.

a) Vous vous excusez cinquante fois jusqu'à ce qu'elle cesse de pleurer (puis vous surveillez fébrilement ses faits et gestes pendant les 24 heures qui suivent le choc).
b) Vous lui dites : "Lève-toi, et marche"
c) Ses incessantes jérémiades commencent à vous lasser.


Question 5 : vous êtes en train de jouer sur le tapis d'éveil.

a) Tout seul : vous aimez bien le crocodile qui parle.
b) Sous la surveillance de votre chérie, vous êtes d'humeur régressive.
c) Avec votre bébé. Depuis que vous avez lu Winnicot, vous passez votre temps à jouer.


Question 6 : à neuf mois, votre gamine est très en avance.

a) Elle dit : "Pa-pa"
b) Elle milite pour l'abolition de la peine de mort aux Etats-Unis.
c) Elle ferme sa gueule.


Question 7 : votre gamine hurle à la mort sans raison apparente.

a) Vous lui dites : "Si tu continues, j'appelle Nicolas Sarkozy".
b) Vous criez encore plus fort qu'elle, vous avez appris ça lors de votre dernier cours d'analyse transactionnelle.
c) Vous mettez des boules-quies.

(Attention, c'est une question piège)


Question 8 : votre gamine hurle à la mort sans raison apparente.

a) Tu m'as déjà posé la même question il y a trente secondes, tocard.
b) cf. réponse c.
c) cf. réponse b.


Question 9 : l'enfer...

a) C'est mesquin.
b) C'est un bébé qui piaille quand il est sale, quand il a faim, quand il a mal... et quand il a envie.
c) C'est les autres.


Question 10 : un étron gigantesque vient de transpercer la couche.

a) Vous aimez l'aloplastine et l'odeur du caca de votre fille.
b) Vous vous inquiétez pour la couche d'ozone.
c) Vous attendez votre femme, c'est trop crade.


Tous les résultats dans une prochaine édition.

lundi 10 octobre 2005

Il est 5 heures, Romane s'éveille

Ce matin, 5h40 du matin, comme tous les matins : la Fille pleure. La Fille a faim.

Biberon Une fois n'est pas coutume, et nous qualifierons ici le premier miracle, l'Homme entend la Fille en premier. Alors que la Femme se réveille à son tour, et est sur le point de se lever, l'Homme l'arrête d'un geste vif (car l'Homme est vif, à 5h40 du matin) et lui signifie dans un élan héroïque et sacrificiel :

Ne te lève pas, et dors !

L'injonction stupéfie la Femme qui ne demande néanmoins pas son reste. L'Homme se lève, nourricier dans l'âme, et bientôt en action.

La Fille voit l'Homme. Elle n'a pas encore conscience de l'heure, et n'est guère troublée par la radicalité du bouleversement qui est en train de se produire.

Si brave enfant.

samedi 8 octobre 2005

Les inepties ébouriffantes de BabOOn

Je viens de faire la connaissance d'un blog merveilleux dont le principe tient en quelques mots : raconter une à une, avec force détails inutiles, les historiettes médiocres du quotidien.

Une citation valant souvent mieux que de longs discours, cela donne à peu près ça :

Je me suis fait un thé à l'orange et à la cardamome. Le breuvage étant très chaud, j'ai décidé d'attendre deux ou trois minutes avant de le boire. Quand je l'ai bu, il était à la bonne température.

Ou encore...

Durant plusieurs jours, je pensai avoir perdu l'un de mes couteaux de cuisine. Ce matin, alors que je déplaçais l'égouttoir à couverts, j'aperçus le manche de mon ustensile. Je fis immédiatement l'interprétation que si je récupérais ce manche, je retrouverais de facto le couteau. Tout bien considéré, c'est ce qui se produisit quand j'empoignai l'objet.

Cette mécanique des gestes est une mécanique de précision, artisanalement huilée et préalablement lubrifiée (enfin, ce n'est là qu'une hypothèse, mais qu'il importe de creuser). En plus, ça a un arrière-goût réjouissant de minute nécessaire de feu Monsieur Cyclopède. Voire un petit côté Marcel Duchamp sous narcoleptiques.

J'adore.