Egoblog

mercredi 14 décembre 2005

Tout ça pour ça

Alors que je donnais à manger à ma fille, je l'ai vu soudainement s'agiter. Les muscles de son visage se sont figés, et elle a commencé à pousser.

Je ne suis pas scato pour un rond, mais j'adore quand ma fille pousse, tout son petit corps tendu dans cet effort gigantesque. Le temps suspend son vol pour Romane, elle pousse comme les shadoks pompent. La seule différence, c'est qu'on sait pourquoi elle pousse (si quelqu'un a pigé pourquoi les shadoks pompaient, je suis preneur). Rien ne saurait la déconcentrer de sa noble tâche, elle pousse, elle pousse, elle pousse.

Aujourd'hui, elle a poussé si fort que j'ai cru que la terre allait s'arrêter de tourner. Elle a du penser que c'était les épreuves de fin d'année d'évacuation, ou un truc comme ça. Peut-être même croyait-elle que j'allais lui donner une note technique et une autre artistique. Enfin, je la regardais, un peu ébloui, fier d'être le papa d'une petite fille qui pousse aussi bien, aussi fort. A un moment, j'ai quand même pensé qu'il serait temps qu'elle s'arrêtât de pousser. Mais non, elle poussait compulsivement, sans retenue, en proie à quelque tourment intérieur, Romane n'en finissait pas de pousser.

Au bas mot, cela a duré cinq minutes. Ce qui est très long, vous en conviendrez. Pour pareille activité.

Alors, je suis allé la changer. Curieux, forcément curieux, du résultat. J'étais convaincu d'assister en direct live au record du monde de libération de caca. J'envisageais déjà de faire appel à un huissier dûment assermenté pour inscrire ma fille au Guiness Book des machins. En guise de quoi, j'ai juste débarassé le popotin de ma fille d'un étron de rien du tout, un truc minable, minuscule pesant à peine quelques grammes. Dur comme la pierre, solide comme le roc.

Je pense que ma fille est (juste) constipée.

mercredi 7 décembre 2005

Fallait pas y aller !

Virginie nous a invité à bouffer.

Virginie est une amie de Hélène. Intelligente, douce et vraiment sympa. Mais j'ai comme une envie persistante de refuser céans sa proposition.

La dernière fois que j'ai mangé chez elle, c'était le 8 décembre 2004. Virginie avait cuisiné des tomates farcies extraordinairement immondes. Ma politesse étant exquise, et mon sens des convenances surentrainé par une éducation assez stricte, j'ai tout mangé. De la première à la dernière bouchée. Et sans grimacer.

Huit jours après, j'ai chopé une leucémie.

Je crois que nous allons rester zen (et accessoirement à la maison) sur ses invitations à bouffer.


PS : je ne suis guère d'humeur bloggeuse, ces temps-ci. Il se trouve que je vais nettement mieux. J'ai de nouveau envie de faire des trucs, même riquiqui et sans signification propre à déchainer les enthousiasmes les plus frileux. Je me sens mieux physiquement, aussi. De là à conclure que le blog est le bras armé de la dépression chronique, il n'y a qu'un pas que je me hasarderai à franchir si ces carnets devaient rester vierges encore quelque temps.

jeudi 1 décembre 2005

Champagne

Aujourd'hui, un mois commence, onze autres s'achèvent.

Depuis hier, c'est la fin de mon arrêt-maladie. Ce qui en termes administratifs se traduit ainsi : dès aujourd'hui, je réintègre la foule tourmentée des demandeurs d'emploi officiels. Les Assedic prennent le relais de la Secu qui a très bien travaillé (elle !).

A votre santé.

Du rififi à Lepic Street

On s'est engueulés sans ménagement, hier. Et, chose rarissime, le ton est monté assez vite. Toutefois, nous avons évité de justesse les bris de vaisselle. Même en colère, nous méprisons les clichés. Comme souvent, ll a fallu une étincelle minable, limite étique, pour que le feu, qui couvait depuis quelque temps, s'embrase.

Entre une LN fatiguée par ses longues journées de taf et ses matins bruyants (règle numéro 1 : c'est toujours la Femme qui entend la Fille en premier) et un Ari rongé par l'ennui et le doute, il fallait bien que le clash se produise. Et le clash s'est produit. Dans ces cas-là, on est spectaculaires, elle et moi. Remontés comme des ressorts, dressés sur nos ergots, nous sommes, l'un comme l'autre, capable de la mauvaise foi la plus tranchée. Son combat contre le mien, ses récriminations souvent justes contre mes revendications parfois légitimes. Sa vision du monde, et la mienne. Le tout, dans un concert de reproches qui touchent plus ou moins justement leur cible. Et la colère, trop longtemps assoupie, de gronder, les arguments de s'entre-choquer. Et le combat, féroce, de se prolonger jusqu'à épuisement réciproque. Comme tous les couples qui se fritent très rarement, nous avons du mal à calmer le jeu. Au nom du sacro-saint principe qu'il vaut mieux une bonne grosse engueulade à une brassée d'escarmouches insignifiantes, nous jetons de l'huile sur le feu de nos rares prises de bec jusqu'à ce que l'extincteur rende l'âme, et nos patiences avec.

Après, c'est à celui ou à celle qui fera le premier pas. Le pacificateur est souvent celui qui a été le plus blessant. Aujourd'hui, c'était moi. En général, il faut au minimum une nuit de sommeil (règle numéro deux : le sommeil n'a pas besoin d'être réparateur. Sinon, la présence d'un bébé, à quelques mètres de notre chambre, ruinerait à (presque) jamais (rhaaa, j'adore ouvrir une parenthèse - voire deux - à l'intérieur d'une autre parenthèse) nos chances de réconciliation) et une matinée de franche bouderie pour envisager de hisser le drapeau blanc. Je dis bien le drapeau blanc. Comprendre que les hostilités cessent, mais que, souvent, les dommages perdurent. Ce qu'on s'est envoyé dans la tronche laisse nécessairement des traces, et il faudra faire preuve de quelques jours de patience pour digérer pareille empoignade.

Ces confrontations au sommet ne présentent pas que des inconvénients : la coexistence pacifique, c'est bien gentil, mais ça trouve rapidement ses limites quand le chemin de l'un cesse de croiser celui de l'autre. L'enjeu de ces destructions massives autant que momentanées, c'est souvent de reconstruire une plus jolie baraque derrière. Corriger des sorties de route avant que les tonneaux du quotidien immobilisent la bagnole de façon définitive. Depuis que Romane est là, c'est plus complexe, plus ambigu. Celle qui était ma compagne est devenue la mère de ma fille. Ce sont là des enjeux qui nous dépassent. Parfois.

La vie de couple, y a pas à chier, c'est un boulot à plein temps. La vie de parent, aussi. Je ne vous parle pas de la vie professionnelle qui, à ce stade, demeure pour moi une vue de l'esprit. Il y aussi la vie sociale, la vie sexuelle, la lecture quotidienne de Libé, les besoins pressants, la vie bloguienne, la vie de mon estomac, Dostoievski et tous les autres. Tout cela ne peut décemment pas tenir dans UNE vie.

Encore heureux, on n'a pas de chien.

mercredi 30 novembre 2005

Devine qui vient dîner

Hélène m'annonce hier que son pote Fernando vient dîner vendredi soir avec sa femme, à la maison.

Passé le premier moment de consternation, je demande à LN ce qui lui a pris d'inviter son ancien collègue américain, végétarien et conservateur dans l'antre gaucho-bobo-carnivore-saucisses-frites. Elle me sort deux ou trois excuses bidon du type : "bah, au fond, je l'aimais bien ce type" ou "Rappelle-toi d'Erika, sa femme, elle est adorable" ou encore "Ca te fera retravailler ton anglais, ça fait une paie quand même".

Comme ce n'est décidément pas le genre de ma chérie, je lui demande, à la recherche d'une explication à ses fantaisies, si elle a déjà partagé la moindre intimité avec ce type. Je veux dire... Quand on invite un ancien collègue à la maison, un gars qui, en conscience, a voté George Bush en 2000 et en 2004, il faut avoir discuté avec lui de choses un minimum intimes, non ? Avoir échangé des choses assez fortes pour passer outre son statut, ses convictions politiques et son régime alimentaire. En guise de réponse, LN me foudroie d'un : "Ouais, l'année dernière, au séminaire juridique, on était en maillot de bain tous les deux, au bord de la piscine". Ah ok, tout est clair maintenant. A ce degré d'intimité (en maillot de bain au bord d'une piscine !), je décide de battre en retraite non sans asséner un dernier propos vengeur : "M'en fous, c'est pas moi qui ferais à bouffer !".

Le calme revient assez vite (je suis un faux nerveux), et je me console en pensant que sans LN, ma vie sociale serait aussi remplie que le soutien-gorge de Jane Birkin ; qu'avant un dîner à plus de deux, j'anticipe toujours le pire, et suis, au final, régulièrement surpris par la tournure que prennent les événements. Et puis oui, Erika, sa femme, est délicieuse. Elle parle un français impeccable, et elle est démocrate depuis sa première Barbie. D'ailleurs, je trouve ça assez stupéfiant qu'un couple tienne sur la durée quand les opinions politiques de l'un sont à rebours de celles de l'autre. Perso, je n'aurais jamais pu partager ma vie, mon lit et tout le reste avec une madeliniste fan de Hayek. Ni avec une crypto-libérale sarkozyste aux tendances sécuritaires. Tout cela me laisse songeur, et je me promets de leur demander sur quel socle commun, quelles valeurs essentielles repose leur couple.

Peut-être est-ce uniquement sexuel ?

mardi 29 novembre 2005

Deux aphorismes

Un spermatozoïde et un ovule qui se rencontrent, c'est un miracle qui finit devant la télé.

Moby

Vous avez placé le paradis au ciel alors que nous, communistes, le voulions sur terre. Vous avez été plus prudents et plus sages que nous.

Charles Fiterman (à un père dominicain)

lundi 28 novembre 2005

A blogstar is born

Oyez, oyez, amis lecteurs.

Vous êtes les témoins exaltés (on chuchote dans certains milieux que la lecture de ma prose produit des effets secondaires qui se rapprochent de l'exaltation ; il se dit même que certaines chromosomées XX se caressent en dévorant mon nombril) d'une consécration tardive mais ô combien méritée. La mienne.

Et oui, même Google le dit qui place déjà Egoblog en haut de l'affiche sur la recherche suivante. A-t-on rêvé pareille apothéose ? Imaginé semblable sanctification ?

Je crois bien que je peux mourir tranquille.

Dada ? Yes !

Ceux qui suivent auront compris que la rubrique Mes potes ne dit pas grand chose de mes (vrais) amis, et se concentre sur des cibles un peu particulières, Sarkozy en général, Dieu en particulier ; probablement les deux "entités" envers lesquelles j'éprouve le plus d'acrimonie, même les jours d'euphorie quand le ciel bas et lourd pèse à peine deux grammes cinq.

Clin d'oeil à mon billet d'hier, une branche armée de zigs facétieux et un tantinet subversifs ont nettoyé, début novembre, la mairie de Neuilly au karcher. Leur nom ? La BAC (la Brigade Activiste des Clowns). Leur revendication ? 20% de logements sociaux dans toutes les mairies-racailles du grand Ouest francilien. Leur moyen de pression ? Le nettoyage complet au karcher et à l'eau de la façade des mairies ainsi que des vitres du hall d'entrée.

La BAC n'entend pas en rester là, et a promis de continuer son action tant que la loi sur les logements sociaux ne serait pas appliquée. En attendant, l'état de démence a été proclamé, pour les trois mois à venir, sur l'ensemble du territoire.

J'adore.

PS : plus d'informations (et même des images) sur le site de la BAC.

dimanche 27 novembre 2005

Dada ? Niet !

Je suis allé à l'expo Dada, aujourd'hui. Bravant là l'interdiction des médecins de me rendre dans un endroit où la concentration d'individus au mètre carré est très largement supérieure à ce que mon immunité encore faible est supposée supporter.

Mais il faut bien vivre, enfin. Avant de mourir, du moins.

Et puis, j'y suis allé avec LN et Romane, ce qui était quand même assez folklo. Pour sa première expo, Romane a été parfaite. A moitié dans la poussette, à moitié à bras, elle n'a pleuré que dix minutes, vomi qu'une fois et hurlé à la mort quand nous sommes entrés dans la salle consacrée à Kurt Schwitters. Elle a du goût, ma fille.

Pour le reste, on s'est quand même bien emmerdés. C'est toujours le risque quand on s'attend à être ébloui. J'avais une toute petite réserve en venant : est-ce que le côté assez calibré (j'allais dire ordonné) d'une expo allait être compatible avec la subversion, le nihilisme et le grand n'importe-quoi pré-surréaliste du mouvement dada. Eh bien, la réponse est négative. L'expo Dada, cela ne marche tout simplement pas. En ne faisant aucun choix (c'est à moitié structuré : une salle pour chaque personnage majeur du courant dada, pour chaque grand thème dada ; à moitié déstructuré aussi : toutes les "oeuvres" sur le même plan, brouillons pourris comme collages sublimes), les organisateurs prennent le risque de désorienter les profanes comme les connaisseurs. Alors bien sûr, il y a les tableaux LHOOQ et la pissotière de Duchamp, les aphorismes à tomber par terre de Tzara ("Souscrivez à Dada, le seul emprunt qui ne rapporte rien", "Dada est le bonheur à la coque"), les reliefs en bois peints de Jean Arp, mais au final on reste surtout ébahi par la vue sublime à 180 degrés sur Paris, une fois arrivé rincé dans la dernière salle.

C'est l'avantage avec Beaubourg : même quand l'expo est à chier, il y a le panorama pour ratrapper.


PS : Si vous êtes allés à l'expo, je serais curieux d'avoir votre avis.

vendredi 25 novembre 2005

Les racines du mal

Ouah, je viens d'écrire le titre avant même de commencer ma note. D'habitude, je fais l'inverse : je rédige bien consciencieusement mon propos, je me relis (je suis un garçon sérieux très à cheval sur la grammaire, mais sans selle, c'est plus confortable) et puis je choisis mon titre. Souvent une accroche façon Libé avec un jeu de mots bien pourri à l'intérieur.

Ce soir, "Les racines du mal" s'imposent à mes doigts gourds et à mon cerveau foisonnant. Convenez que ce titre a de la gueule, qu'un Malraux au meilleur de sa forme et au firmament de son art n'aurait pas renié. "Les racines du mal", putain si avec ça il ne nous raconte pas des trucs luminescents, débordant d'esprit et de spiritualité, alors ni d'une, ni de deux, j'efface son blog de mes marque-pages pour publicité mensongère.

Coup de pas-de-bol, ce malfaisant de Dantec a eu l'idée avant moi. Il n'empêche, j'ai beau avoir une dent contre l'animal depuis que je me suis fadé ce cauchemar de lecteur intitulé "Le théâtre des opérations" (number seven dans le top 10 des livres les plus oubliables de ma bibliothèque), ce titre est évocateur en diable, rudement bien choisi pour exprimer ce que je ressens.

P'tin la pression que j'ai maintenant. Déjà que dans les grands jours, je compte au maximum une cinquantaine de lecteurs... Bien sûr, il est de bon ton de faire un distingo entre la quantité et la qualité, mais je n'ai jamais pu m'empêcher de considérer que la quantité était une qualité en soi. Bon, la pression, donc. Je ne suis pas comme Fabien Barthez, moi : je ne connais pas que celle des pneus. Et oui, je suis un garçon hypersensible ! La peur de décevoir et moi, c'est une longue histoire d'amour, commencée dans un passé lointain et promise à un avenir radieux.

"Les racines du mal", y a pas à tortiller du cul, j'aime vraiment beaucoup (beaucoup) ce titre.

Je n'exclue pas de vous expliquer - demain, après-demain peut-être - comment il m'est venu.

jeudi 24 novembre 2005

Un jeu, le mien, qui ne tournera pas

J'ai remarqué chez les blogueurs une propension certaine à jouer et à faire tourner. On prend un sujet plus ou moins drôle, plus ou moins pertinent, on donne ses réponses plus ou moins intelligentes, plus ou moins amusantes, et parce qu'on est une chouette communauté avide de partager son désoeuvrement, on fait passer aux voisins (deux ou trois, en général) qui à leur tour feront passer. Les voisins font semblant d'être incommodés, mais en général, ils sont très satisfaits, rapport à ce que 1/ ça fait toujours du bien à l'ego d'être intégré 2/ ça permet d'écrire un billet sur son blog sans trop se fouler.

J'ai vu défiler quelques défis rigolos ici et là : donner vingt révélations sur soi, décrire en détails (photo comprise) le contenu de son réfrigérateur, raconter par le menu le quotidien d'un réveil, retrouver la cinquième phrase de la vingt-troisième note de son blog. Comme je ne suis pas hype pour un rond, que je ne fais partie d'aucune bande et que mes rares amis se gardent bien de participer à ce genre de jeux ou, quand ils y participent, de me choisir comme relais de leurs péroraisons ludiques, j'ai décidé de créer mon propre divertissement bloguien. Histoire de ne pas finir aigri avant l'âge, cerné par la solitude et le vide existentiel.

Donc mon jeu à moi, rien qu'à moi qui jamais ne tournera est... Attention, roulements de tambour... Le voilà bien chaud, servi pour vous, certifié sans matière grise ajoutée : "Citez les dix livres les plus oubliables de votre bibliothèque".

Et ma modeste altitude de répondre sans vaciller :

1/ Médaille d'or : La brute (Guy Descars)
2/ Médaille d'argent : Fanfan (Alexandre Jardin)
3/ Médaille de bronze : Le zubial (Alexandre Jardin again)
4/ Harry Potter à l'école des sorciers (J.K. Rowling)
5/ Que sais-je ? Le Marketing (Ed. PUF)
6/ Bille en tête (Alexandre Jardin again deux)
7/ Le théâtre des opérations (Maurice G. Dantec)
8/ Métaphysique des tubes (Amélie Nothomb)
9/ Qui a piqué mon fromage ? (Spencer Johnson)
10/ J'élève mon enfant (Laurence Pernoud)

Comme promis, je ne passe pas à Bogomil, Stef et Traou.

mercredi 23 novembre 2005

Révélation messianique

Le titre va plaire à Falenn, c'est sûr.

messieOn était en train de bouquiner avec ma soeur, assis sur le canapé du salon. A moi les Possédés, à elle Version Fémina ou Elle, je ne sais plus. Mais je vous interdis de dire du mal de ma soeur. Moi-même, il m'arrive de lire un ramassis de conneries (j'envisage d'acheter Choc un de ces jours prochains).

On lisait donc, on fait souvent ça, ma soeur et moi. On parle peu, on s'aime fort. Il vaut mieux ça que l'inverse.

Romane dormait, le reste du monde travaillait (ma soeur avait pris un jour de congé pour voir son frangin. Je ne voudrais pas que l'on croit que toute la famille passe son temps à glander). Et nous, on lisait. Ouais, ça fait trois fois que je le dis.

Et puis ma soeur a dit :

- On a quand même un gros avantage sur la religion catholique, c'est que nous, on attend encore le messie.
- Ah ?
- Ouais, Jésus est mort, ce con. Nous on espère encore.
- T'espères quelque chose, toi ?
- Ben, j'me disais... Si ça se trouve, c'est moi le messie.
- Tu déconnes, tu crois même pas en Dieu (grand jeu dans la fratrie : partir d'un postulat surréaliste et le tester à grand renfort d'objections hyper rationnelles) !
- Et alors, personne n'a écrit nulle part que le messie devait être un bigot qui respecte le sabbat.
- Hum...
- Ouais, donc plus j'y pense, plus je crois que je suis le messie.
- Et pourquoi toi, frangine ?
- Bah, il faut bien que cela soit quelqu'un. Alors pourquoi pas moi ?

P'tin, ça fait trente ans que le messie est ma soeur...

Ca me troue. Et ça va trouer le monde, c'est moi qui vous le dis.

lundi 21 novembre 2005

Mon balai à chiottes et moi

C'était au mois de février, son ventre était bien rond.

Non, c'était au mois d'octobre, et je ne connaissais même pas LN. Octobre 1999, plus exactement. J'emménageai à Lepic Street, et je me rappelle fort bien de l'humeur du moment : comme le temps, maussade. Mais alors maussade. J'étais plombé par une solitude écrasante, et la perspective de déménager me ruinait le moral dans des proportions qu'il est fort peu raisonnable d'envisager. D'ailleurs, ça devrait être interdit par la loi de déménager quand on est célibataire. Ca serait une loi de salubrité publique, nul ne serait censé l'ignorer, et seuls les couples (et plus si affinités) se verraient délivrés le précieux sésame, une étoile fluorescente verte (comme le feu de la même couleur) qui, accrochée ostentatoirement au cou, vaudrait passeport pour un changement de demeure.

J'étais tellement déprimé que je décidai de marquer mon emménagement d'un signe fort. Mon installation serait gravée dans le marbre rafraichissant du panache ou ne serait pas. Fier et résolu, j'entrai dans un magasin d'appareils sanitaires et accessoires ménagers, non loin de la Place de la Madeleine, et entrepris la vendeuse sur le ton de la complicité : "Bonjour Madame, je voudrais une balayette pour mes toilettes." Je précisai que je souhaitais acquérir un objet assez joli rapport au fait que je déménageais. La jeune femme, à peine étonnée par ma requête (c'était une vraie professionnelle), me présenta quelques modèles. C'était la première fois que je m'apprêtai à acheter pareil objet, et je sentis le poids de l'hésitation se faire jour. Tenaillé par le doute, en proie à une fébrilité de plus en plus envahissante, je m'en sortis par une saillie que j'ai appris à trouver remarquable avec le temps : "Je voudrais la plus chère s'il vous plait !".

Et c'est ainsi que je rentrai à la maison, ma fierté retrouvée, avec un balai à chiottes (en argent dixit l'accorte vendeuse ; je n'ai jamais vérifié) qui m'avait coûté la modique somme de 534 francs. Je n'avais pas encore de lit ni de canapé, les salles d'eau étaient en chantier, ma vie entière était un chantier. Mais j'avais un balai à chiottes de niveau mondial, acquis au prix fort. Parce que je le valais bien.

Quelques mois plus tard, je rencontrai Hélène, preuve qu'il n'y a pas de hasard dans la vie.

jeudi 17 novembre 2005

Attention, ils arrivent...

LN est rentrée la nuit dernière vers 5 heures du matin, et m'a réveillé en sursaut (enfin, c'est moi qui ai sursauté) pour m'annoncer l'incroyable nouvelle : des extra-terrestres avaient été retrouvés quelques jours plus tôt au Brésil. Telle était en substance l'information folle entendue à la radio dans le taxi qui ramenait LN à la maison. Sur le moment, j'ai à peine réagi, mais devant son insistance et son enthousiasme, j'ai ouvert plus qu'un oeil, et ai décrété sur le ton sentencieux que je suis capable d'adopter quand je suis réveillé en pleine nuit par une chérie délirante : "arrête de raconter des conneries, et viens te coucher". Ca m'a quand même un peu trotté dans le crâne, et je me suis rendormi en pensant que si la présence sur terre des petits bonhommes verts était avérée, on n'allait pas tarder, à ce rythme, à nous démontrer, preuve à l'appui, l'existence de Dieu. Non, pas Dieu quand même, faudrait pas voir à trop déconner.

martiensAu petit matin, c'est rigolard que j'ai vu LN se précipiter pour allumer la télévision. Non je n'avais pas rêvé. Et ma chérie était bien décidée à me rabattre le caquet à grand renfort de preuves journalistiquements assenées. Et là, j'ai assisté hilare à la plus belle déconvenue de l'année : tous les titres y sont passés, jusqu'au plus insignifiant (en vrac un nouveau médicament pour lutter contre le tabagisme, la baisse du CAC 40, la qualification des bleuets à l'Euro 2006, les banlieues, mythe ou réalité ?). Et rien, nada, peanuts sur nos amis les martiens ! J'ai pris mon air le plus indigné et regretté avec amertume la médiocrité de LCI, incapable de hiérarchiser l'information convenablement. Alors quoi, des OVNIS nous rendaient visite en cet automne 2005, et on continuait benoitement à nous causer actions en berne et voitures brûlées. Ca a fait moyennement rire ma chérie qui a réalisé, avec à peine quatre heures de retard, qu'elle avait été victime d'une supercherie montée de toute pièce par un épigone d'Orson Welles avec la complicité involontaire d'un chauffeur de taxi crédule. Enfin, aussi crédule que ma chérie, quoi.

Il fallait voir la mine déconfite d'Hélène, en train de repasser le film des événements de la nuit, à la recherche d'un indice rétrospectif à même d'expliquer son absence totale de défiance. Etait-ce l'enthousiasme contagieux du chauffeur devant pareille découverte ? Ou les accents de vérité du "journaliste" relayant la nouvelle ? Ou encore la kyrielle de détails qui entourait l'improbable information d'un halo de crédibilité ?

zizi- Des détails ? Euh, quels détails ? demandai-je à LN toujours aussi fasciné.
- Hum, tu me promets que tu vas pas te foutre de ma gueule ?
- Euh, non, c'est impossible à tenir une promesse pareille.
- Bon, allez, je te dis quand même. Alors, ils disaient que la gravité était deux fois supérieure sur leur planète, et que du coup en arrivant chez nous, ils s'étaient cassés les jambes. Et le chirurgien brésilien qui les a opérés avait pu en sauver deux sur la dizaine de blessés.
- Ah ?
- Et donc, le chirurgien en question était interviewé. Il parlait un portugais qui semblait très clair, et expliquait qu'il avait vu dans les yeux des martiens beaucoup de détresse et une énorme souffrance. Plus morale que physique, d'ailleurs.
- C'est tout ?
- Non, il disait aussi que les extra-terrestres avaient des tous petits zizis.
- ...
- Oui c'est vrai, là j'aurais du percuter.

Si c'était pas ma chérie, je vous jure qu'il faudrait l'inventer.

mardi 15 novembre 2005

Bas les masques

masqueJe suis supposé porter un masque à chaque fois que je vais chercher Romane à la crèche ou que j'emprunte les transports en commun. Partout où folâtrent des miasmes, à chaque endroit où le corps d'un autre (de 7 à 777 mois) a laissé trainer en chemin une foultitude de virus séduit par mon immunité encore faible. Je les vois roucouler d'ici, ces misérables microbes, arriérés et contagieux. Oui, je les vois (pour un peu, je crois les entendre) : s'enorgueillir de leur capacité jamais démentie à ruer dans les brancards pour mieux contaminer le vain peuple et le conduire tout droit au Père Lachaise à plus ou moins brève échéance. Je suis le Don Juan des bacilles, le tombeur de ces germes. Mais je ne me laisserai pas faire, mézigue. Car j'ai mon masque, moi. Celui qui vous fait ressembler à un dentiste sans sa fraise ou celui qui vous fait passer pour un Hannibal Lecter en période d'apprentissage (à gauche sur la photo). Je porte le masque, diantre. Sans peurs et sans reproches. Ici, là et ailleurs.

jacksonFermeture de la parenthèse idéale, la réalité est beaucoup plus triviale. JE NE PORTE JAMAIS CE PUTAIN DE MASQUE ! Je déteste jusqu'à l'idée même de porter un masque. Je suis opposé, réfractaire, indocile, rétif, insoumis, récalcitrant, rebelle à la cause, contre. Tout contre. Très con(tre) ? Oui, sans conteste. Mais je ne veux plus porter de masque. Vous m'entendez ? PLUS JAMAIS porter cet attribut de la déreliction, cet emblème de la maladie, cet accessoire de bandit pestiféré. Je veux être invisible dans le regard des autres, guéri - complètement guéri - dans celui des miens. La transparence rachète mon existence. Je vous expliquerai un jour cet ambitieux concept que j'ai dévoyé.

Je joue avec ma santé, ils disent. Ceux qui ont la métaphore facile, un tantinet primesautière, soutiennent sans rire que j'ai bien installé Kaspersky Anti-Virus sur mon ordinateur portable. Que je n'ai pas fait tout un cirque, hein. Que j'ai même poussé le bouchon à installer quantité de firewalls qui ralentissent ma bécane. Ouais, et alors ? Je m'en cogne sévère qu'on regarde mon ordinateur avec des yeux apeurés, je m'en tamponne le coquillard qu'on prenne mon PC en pitié. Si encore c'était un macintosh, je dis pas... J'ai peur de leur regard. Et j'ai peur de mes peurs.

Donc voilà, je mets le masque aux abris. Je ferme ma gueule, que je barre d'une écharpe. J'ai l'air d'être en bonne santé. Je suis en bonne santé. Je surveille mon image, je me maudis intérieurement. Un peu.

C'est moi Zelig, le caméléon dé-mas-qué.


PS : j'irai à l'exposition Dada. Avec le masque. Ils me prendront pour un élément du décor. God bless Tzara, Duchamp et les autres.

PS2 : ce blog repart en vacances jusqu'à la note suivante.

PS3 : Woody en force !