lundi 3 avril 2006
Une vie française
Par Ari, lundi 3 avril 2006 à 09:14 | Mes lectures
Lu le dernier opus de Jean-Paul Dubois, et j'ai du mal à me faire un avis tranché.
Ca se lit avec plaisir, c'est vif et léger, c'est probablement cent fois mieux que ce que je rêverais d'écrire, mais... Il y a plein de mais. Outre que JPD a une facheuse tendance à s'écouter écrire (on notera l'utilisation quasi systématique, à tout le moins très régulière, de "mots qui n'existent pas". Cette tendance empoisonnante des romanciers de ce début de millénaire - Nothomb avait lancé le mouvement - à mettre en évidence l'étendue de leur vocabulaire en employant des mots inconnus de tous, et probablement d'eux-mêmes avant une recherche besogneuse dans le dictionnaire des synonymes), il a la prétention d'inscrire la biographie de son héros dans l'histoire française d'après-guerre. Autant vous dire que le procédé est souvent lourdingue et insignifiant et que les allers-retours entre la vie de Paul Blick (son héros donc, un autre lui-même) et les soubresauts de la politique française manquent singulièrement et de sens et de fluidité. On reste sur le sentiment que JPD n'avait pas assez confiance en son histoire pour la laisser s'épanouir en solo indépendamment de toute considération historique.
A certains moment, c'est donc un peu du sous Forrest Gump dans le texte. Et pourtant... Il y a là des situations fort drôles (Ah la femme du narrateur gauchiste, amoureuse d'Adam Smith), d'autres criants de vérité et de sensibilité sur les vicissitudes d'une vie qui passe sans voir le temps passer. Il y a aussi cette sincérité dans le regard, cet amour sympathique du bordel pour le bordel, ces coucheries d'adultes mal terminés (les adultes, pas les coucheries). C'est mélancolique, ça sent la bonne lose et l'ego passablement contrarié.
Et puis, il y a ces dernières lignes, éclatantes de justesse et de simplicité, qui vous réconcilient avec le roman et son auteur pour peu que vous vous apprêtiez à refermer le livre un peu fachés.
La vie n'est rien d'autre que ce filament illusoire qui nous relie aux autres et nous donne à croire que, le temps d'une existence que nous pensons essentielle, nous sommes simplement quelque chose plutôt que rien.
Cela aurait pu s'appeler "Une vie", et cela aurait été très bien.
Adoncques, quand j'étais ado, je voulais être commentateur sportif. J'adorais regarder le foot, le rugby, le tennis et un tas d'autres sports moins télégéniques, j'avais amassé une foultitude d'informations diverses et inutiles sur des gymnastes ukrainiennes ou des lugeurs allemands, et je pensais avoir la fougue nécessaire pour communiquer un enthousiasme que rien ni personne ne sauraient démentir. Mais j'étais probablement plus doué pour écrire, j'avais un ego normalement dimensionné, et plus exactement, je n'ai jamais eu la moindre opportunité de raconter en direct (ou même en léger différé) la vie et l'oeuvre des dieux du stade et des reines des pistes. Ce midi donc, en reluquant benoitement les exploits de Florence Baverel (championne olympique, s'il vous plait), j'ai réalisé à quel point j'avais failli rater ma vie. P'tin, il neigeait dru, il faisait dans les moins cinq à tout casser, et les mecs avaient d'énormes doudounes ridicules floquées du logo France 2-France 3. Ils commentaient manifestement un sport qu'ils ne connaissaient pas. L'indigence de leurs bavardages le disputait à l'intensité de leur chauvinisme. C'était cocardier, démagogue, inepte. Et j'avais voulu faire ce métier ! Pfiouuuuuuu.
Je ne reviendrai pas ici sur l'affaire des caricatures du prophète : j'ai assez à faire avec mes propres démons pour ne pas me prendre la tête avec les dieux des autres. Je n'en suis pas moins échauffé par le boycott imbécile préconisé par une tripotée d'ayatollahs besogneux. Alors voilà, il faudrait arrêter d'acheter danois parce qu'il est bien compris de tous qu'un gouvernement élu démocratiquement est comptable du contenu propagé par des journaux conçus, écrits et diffusés sous le régime luciférien de la liberté de la presse.
Pas forcément le type de lectures indispensables quand on est au creux de la vague, mais une révélation tout de même. Cioran, sur la fin de sa vie, interviewé par des journalistes, des écrivains, des potes. Cioran, fidèle à lui-même, mais qui sort un peu de sa coquille jusque là limitée à une succession d'aphorismes dégoulinant d'optimisme et de joie de vivre. "Précis de décomposition", "De l'inconvénient d'être né", "Syllogismes de l'amertume", y a pas à dire, le père Cioran savait y faire niveau titres.
J'ai découvert il y a quelques semaines un blog qui n'en finit pas de me bluffer. C'est un blog très éloigné du mien. Rien de (très) personnel dans les propos de