Egoblog

mercredi 10 mai 2006

Mélissa

J'étais décidé à faire la grève du blog jusqu'à ce que Ginisty paie sa dette à la société et à ma pomme en particulier.

Et puis j'ai réalisé qu'à ce train-là, c'était probablement la mort de mon blog. Ginisty a l'air de s'en foutre avec une force, je vous dis même pas. Son nom de domaine récupéré, il a repris le fil de son blog comme si de rien n'était. Dis-donc, le patron philantrope, qu'est-ce que tu fous ? Il va falloir que tout change pour que rien ne change, camarade. C'est que j'ai des idées à la pelle. Une manif devant Rumeur Publique dès potron minet ? Un entartage façon le Gloupier ("Entartons, entartons les pompeux cornichons") ? Un rappel incessant et harpagonisant de ta dette ("Ginisty, ma cassette !" ou made in feue Antenne 2 : "Mercredi 10 mai 2006, Ginisty me doit des sous depuis 73 jours") ? Un Google Bombing (il y avait Sarkozy/Iznogoud, à quand Ginisty/Escroc) du plus bel effet ?

Bon, l'autre raison de ma brève apparition de ce soir, c'est ce texte qui m'a déridé les zygomatiques et que j'ai eu envie de partager avec vous.

Demain, je regarde LCI dès l'aube.


PS : il y a 25 ans, à la même heure, je faisais le mariole sur le capot d'une Fiat 127, place de la Bastille. Mitterrand avait gagné, mes parents étaient ivres de bonheur. Je ne comprenais rien, mais j'étais content pour eux. J'avais 10 ans.

mercredi 3 mai 2006

Un prof de finance sympa, oxymore ou réalité ?

Au gré de mes lectures, je suis tombé sur le blog de Christophe Thibierge, qui fut mon professeur de finance dans une école de commerce où je me suis longtemps (trois ans) fourvoyé.

Christophe Thibierge, c'est le genre de mec qui serait capable de vous faire aimer la finance (enfin, presque...) à grand renfort de saillies drolatiques, de références littéraires et d'anecdotes lumineuses sur sa vie, son génie et son oeuvre. Je n'avais pas franchement de matière de prédilection à l'ESCP (A 17 ans, on n'est pas armé psychologiquement pour choisir une orientation convenable). Disons que la finance figurait en tête de liste de mes matières abhorées. Non seulement, je n'y comprenais rien, mais en plus, je n'avais rien envie d'y comprendre.

Sauf que j'aimais vraiment bien ce type de quelques années de plus que nous, qui ne se prenait jamais au sérieux, qui avait un look impossible de premier communiant (sauf quand il mettait sa tenue spéciale Jean-Converses ; seulement les grands jours), un humour dévastateur et une folle envie d'en découdre avec les fous furieux qui fréquentaient plus ou moins assidument les bancs de son école. Il me revient aujourd'hui l'image d'un étudiant déconfit, rouge comme une pivoine sous amphétamines, après que Christophe lui ait benoitement demandé avec cet air de ne pas y toucher si, comme la rumeur le disait, il était bien le chainon manquant (et enfin retrouvé) entre les derniers primates et l'homme. L'étudiant en question était un sale type arrogant et fier de lui, et ça nous avait bien fait marrer. Bon, c'est pas non plus du Desproges, mais ça nous changeait des ectoplasmes habituels qui croyaient dur comme fer que l'homme trouverait son salut dans le marketing, l'audit et les fusions-acquisitions.

Christophe, c'était le dilettante concerné. Le mec qui était là, mais qui aurait pu être ailleurs. Pas vraiment un imposteur (il avait l'air de comprendre ce qu'il disait), mais pour autant, nulle trace chez lui de ce sérieux et de cette rigidité propres aux enseignants de tout poil. Le gars était frondeur, mais en douceur. Romancier, mais à ses heures. Marathonien, et buveur. Et prof de finance peut-être par vocation, mais plus probablement par flemme et anti-conformisme (pas le genre à embrasser une carrière de yuppie ou à bosser plus de quarante heures par semaine).

Je découvre aujourd'hui son blog, et je retrouve le gars que j'ai connu : un sens inné de la dérision, une authentique qualité d'écriture et un questionnement constant sur le sens de la vie : de la sienne et de celle des autres. De ce qui nous anime et nous agite. Ma blogoliste, toute émoustillée, vient de trouver un précieux renfort.

Content de t'avoir retrouvé, amigo.


PS : c'est le deuxième Christophe dont je parle en deux jours. Mais celui-là ne me doit pas d'argent, et n'a surtout jamais prétendu à la vertu !

mardi 2 mai 2006

Christophe Ginisty, ni net ni zen

Je vous avais parlé il y a quelques mois de ma collaboration au journal Netizen. J'y avais écris un article sur les blogs tenus par des malades. Cela avait eu un double effet positif : une remise au travail peinarde et sans (grandes) contraintes ; et une façon d'aborder la maladie à travers celle des autres. Et non plus la mienne. Une façon fort efficace de faire le deuil de mes souffrances passées.

De là à accepter de travailler pour rien, il est un pas que je n'étais pas nécessairement résolu à franchir. Il semblerait pourtant que ma sueur, mes larmes et mon clavier en soient pour leurs frais puisque tel est le bon vouloir de Christophe Ginisty, patron de Pointblog (qui produit le magazine en question), qui prétexte un problème de trésorerie non réglé avec son éditeur pour s'exonérer de ses devoirs d'employeur.

Tout cela serait sans conséquences (une banale histoire d'impayés) si Cyril Fiévet, le rédacteur en chef dudit canard n'avait pas lui même porté haut la fronde en court-circuitant l'accès au site Pointblog. Si vous cliquez aujourd'hui sur la page d'accueil du site, vous êtes redirigé sur une page du blog de Cyril qui y lance l'avertissement suivant autant que bruyant : Veuillez nous excuser pour cette interruption. Ce site sera de nouveau accessible lorsque tous les collaborateurs de pointblog.com et du magazine Netizen auront été payés pour leur travail passé. Méthode pour le moins expéditive, mais qui ne manque pas de panache. Et provoque un beau bordel de nature à (peut-être) réveiller quelques consciences endormies.

Christophe Ginisty, évidemment, ça l'énerve, et il répond par voie de blog que tout ça, c'est très méchant, et que ouais il n'a pas payé les pigistes, mais que d'abord, c'est pas de sa faute, et que s'il avait pu, il l'aurait fait, mais que vraiment, là, la mort dans l'âme, il peut pas. Du foutage de gueule en bonnet difforme. D'autant plus que C. Ginisty est, en plus de ses activités à Pointblog, patron d'une très grosse boîte de communication, et que ce ne sont pas quelques piges payées qui vont le mettre sur la paille. Mais, ça n'a pas l'air de le gêner, le mec.

Un peu outré, j'y vais de mon commentaire (plutôt sobre et laconique) sur son blog, et poursuis la discussion par e-mail en exprimant ma pensée de façon plus développée, et moins urbaine, je l'admets volontiers. Le Christophe me répond dans l'heure un prêchi-prêcha totalement hallucinant où il est question de juger les choses en homme libre, d'organisation interne de sa boîte (comment lui dire que je m'en tape), d'illusion sociale bien répandue comme quoi les patrons seraient tous des salauds de capitalistes, menteurs et mauvais payeurs. Un vrai délire victimiste.

Contrit d'avoir blessé le monsieur dans son orgueil de patron humaniste, je lui réplique toutefois que je ne cherche pas à généraliser ma position sur les employeurs, que ma vindicte ne cible que lui, Christophe Ginisty. Qu'il est sûrement très gentil, mais que voilà, je voudrais mon blé. J'ajoute que je me fiche de sa cuisine interne, que j'ai juste bossé pour lui, qu'un contrat nous a lié et que j'entends qu'il soit honoré. Je conclus mon mail de quelques piques un tantinet moralisatrices sur les vertus du savoir-vivre et du savoir-entreprendre.

Croyez-le ou non, le gars me répond :

bip bip AUTO-CENSURE bip bip

vendredi 28 avril 2006

Le fils de Cyrano

Je crois que cyranodeparis, qui commente certains de mes billets (dont le dernier), est mon père. Oui, mon père.

Ca collerait bien avec :

  • son fournisseur d'accès et le navigateur qu'il utilise ; accessibles depuis mes stats.
  • sa passion jamais démentie pour Cyrano de Bergerac (dont un exemplaire figure dans les toilettes depuis une bonne trentaine d'années).
  • son humour un peu décalé et son affection pour les calembours.
  • le ton "paternel" de son dernier commentaire
  • le fait que c'est un mec rigide, intelligent, secret et cool.

Je vous avais promis de la sincérité, un ego atrophié et des bonnes vieilles angoisses existentielles. Je n'avais pas songé que ce blog compterait également son lot de révélations familiales. Si mes déductions sont justes, je crois bien que je ne vais jamais m'en remettre.

MISE A JOUR

Evidemment, cette histoire m'agace un peu.

Mais bon, convenez que si c'est bien mon pater, il mérite bien le commentaire que j'écrivais récemment dans les colonnes d'un blog ami.

Pour me forger un avis définitif, j'ai relu tous les commentaires dudit cyrano présumé géniteur de votre serviteur, et je suis tombé sur celui-là qui prend un relief tout particulier compte tenu de ma récente découverte :

Je ne voudrais pas faire le rabat-joie mais les spécialistes de la petite enfance s'accordent pour considérer que ce n'est pas l'enfant qui donne du sens aux premiers mots qu'il articule mais que ce sont les parents et l'entourage qui rattachent ces mots à des objets ou des sujets.

Un ami m'avait expliqué cela quand, pour la première fois, mon fils m'avait appelé PAPA et, bien entendu, j'avais envoyé cet ami je-sais-tout se faire voir ailleurs et j'avais savouré mon bonheur.

En conséquence, je pars ailleurs et je t'invite, toi aussi, à savourer ces moments de bonheur.

Bon, cyrano, même si tu n'es pas mon père, je t'adopte quand même !


PS : Papa, ça fait longtemps que je voulais te le dire, mais le tableau accroché dans votre salon (tu sais, celui à droite de la cheminée) est vraiment horrible.

Smoking ? No Smoking ?

Z'êtes pas mal à venir me chercher à propos des deux ou trois cigarettes grillées (trois ou quatre, plus sûrement) dans les commentaires qui font suite au dernier billet.

Vous n'êtes pas les seuls. Ma chérie a failli me quitter, ma mère me renier, et ma soeur, qui est la plus compréhensive de toutes les femmes de ma vie, refuse de m'approvisionner.

Bon, je refume quelques cigarettes par jour depuis quelques mois. C'est idiot, mais c'est comme ça. J'ai évidemment eu le droit au discours que j'étais le premier à cautionner : quand on failli crever d'une leucémie, on ne prend plus le risque de mourir prématurément d'autre chose.

Je sentais confusément que cette démonstration était bancale, pour ne pas dire boiteuse. Mais je m'y accrochais parce que je trouvais cela chouette de ne plus fumer. Et puis, on guérit d'une maladie grave, on sait mieux que personne que l'on va finir par crever, mais il y a un passage étroit, interdit aux piétons normalement constitués, que vous n'hésitez pourtant pas à emprunter : celui qui vous murmure à l'oreille qu'il y a un fond d'invincibilité en vous. Que ce ne sont pas quelques clopes négligemment grillées qui vont vous mettre en danger.

Je ne suis pas très fier, mais j'ai besoin de fumer ces temps-ci. Je ne le fais ni à la maison, ni devant ma fille, ni devant ma chérie. Ce qui limite les occasions, notamment les week-ends.

Pourquoi j'ai repris ? Parce que je suis con.

Mais encore ? Parce que je trouvais ma vie très insatisfaisante, que j'éprouvais sans doute un besoin inconscient de me mettre en danger. Parce que mes meilleurs potes fument. Parce que les hygiénistes de tout poil sont souvent trop sérieux, que les bad boys sont plus amusants, plus sensibles, plus écartelés (peut-on être un bad boy sans fumer ? Oui, bien sûr. Alors, tu dis n'importe quoi ? Oui, sans doute). Et un p'tit pétard, de temps en temps, quand même...

Et puis parce que fumer, c'est toujours vachement bon pour n'importe quel ancien fumeur qui se repecte.

Sans compter que fumer à nouveau, c'est une occasion supplémentaire qui me sera donnée d'arrêter.


PS : Noon, c'est toi qui a raison, je t'encourage à perséverer.

mercredi 26 avril 2006

Oh yes it's good to be a king!

J'avais décidé de me coucher tôt, hier. Histoire d'aborder l'examen dans les meilleures conditions possibles.

Aussi, à 23 heures, m'étais-je déjà lové dans mon pieu non sans avoir relu plusieurs fois mon billet de la veille. Pour chacune des erreurs au moins une fois commises, j'avais fixé des images mentales et mimé les gestes qui sauvent, un peu comme le font les skieurs avant une compétition d'importance.

Je me suis rapidement endormi. Les hurlements de ma fille m'ont vite rappelé à la réalité : cauchemar nocturne ou petite faim (ou encore les deux), toujours est-il que j'étais sur le pied de guerre, à peine minuit passé ; en train d'expliquer à Romane que j'attendais d'elle qu'elle se tienne désormais à carreau pour épargner son papa et ses dernières chances d'obtenir le permis, dans sa formule actuelle. C'est que la loi a changé, et que l'épreuve va prochainement durer quarante minutes, qu'elle sera accessoirement assortie d'un tas de vérifications internes et externes (genre : "comment on fait pour changer une bougie ?". Des trucs que je gère mal, en toute certitude)... tout cela, à partir du 5 mai. Voilà ce que je disais à ma fille, d'un ton qui se voulait calme et apaisant. Je rajoutai que pour son papa, c'était demain ou peut-être jamais ; qu'à 35 ans et plus de 70 heures de conduite, il était temps que je sois capable de l'emmener partout où elle voudrait, et même où elle ne voudrait pas.

J'aimerais dire que Romane a été sensible à mon exposé pédagogique, mais ce ne serait que très partiellement vrai. Toujours est-il que j'ai fini par trouver le sommeil ainsi que les clés du sien après l'avoir longuement cajolée, consolée et assurée de ma compréhension la plus déterminée. Je n'ai pas voulu changer mes habitudes malgré la munificence de l'événement : j'ai accompagné ma gamine à la crèche, bu un double express en lisant Libé dans un rade situé à côté de Lepic Street, puis me suis rendu aussi frais et dispos que possible à l'auto-école où m'attendait Richard (un de mes moniteurs, souvenez-vous) et deux autres candidats à la session de ce jour.

Richard a pris le volant, et nous a accompagné sur les lieux du crime, à Saint-Leu. Non sans nous donner quelques ultimes avertissements (Les contrôles, l'angle mort... etc). J'appris que j'allais passer en second, juste derrière un sexagénaire assez exubérant et avant une jeune femme gracile et superbement stressée. Arrivés à Saint-Leu, avec une bonne vingtaine de minutes d'avance, nous sommes tous sortis de la caisse, l'un pour pisser (le sexagénaire fougueux était peut-être incontinent), l'autre pour faire les cent pas en consultant fébrilement son téléphone portable, le dernier (moi !) en grillant une cigarette bienfaitrice. Dans ces moments-là, j'aime bien être seul. Rentrer en moi-même, tout esprit de convivialité éteint. Point mort sur la socialisation. C'est moi avec moi. Solitaire et peinard. C'était sans compter mon nouvel ami incontinent qui n'a eu de cesse de m'importuner en distribuant son angoisse comme d'autres distribuent les bon points. "Bon, il faut vraiment que je l'ai cette fois-ci, j'ai déménagé à la campagne, et j'en ai marre de dépendre de ma femme". J'ai du répondre un "Scroumpf" qui n'a pas malheureusement pas eu l'effet escompté. Loin d'être découragé, le géronte hypertendu m'a gratifié de ses états de service en arborant un air triomphal : "Moi, j'ai pris cent cinquante heures, dis ! Tu te rends compte, CENT CINQUANTE HEURES !!!". Ah ah. Avec mes 75 malheureuses heures, je pouvais me rhabiller. Au contraire, j'enlevai la veste, et réussis finalement à me débarasser de cet importun en prétextant moi aussi une envie pressante.

Une cigarette plus tard, l'inspecteur est arrivé. Enfin, l'inspectrice, pour être plus précis. La quarantaine, les cheveux auburn, une mise stricte et les lèvres anormalement pincées. Un vrai look d'inspecteur, quoi. Le genre de nenettes dont tu sens qu'elle va guetter le moindre écart, commenter la moindre faute avec force critiques et ne jamais se départir de cette impassibilité rigide, presque desséchée. Le genre de nenettes dont tu sais que tu ne liras strictement rien dans le regard, rien de positif en tous cas.

Bon. Ca ne m'a pas intimidé. Après tout, c'est son boulot d'être froide et de refuser de donner quelque gage d'assurance que ce soit. Tant qu'à être ajourné, autant l'être par une peau de vache dont on pourra dire pis que pendre sans avoir la sensation d'exagérer.

Bon, je disais. Le vieux s'est installé. J'étais derrière avec Richard ; la gamine allait nous attendre dehors, ce qui eut fleuré bon la goujaterie si l'ordre de passage n'avait pas été préalablement fixé ainsi après tirage au sort.

Le vieux a démarré, incertain. Très incertain. Il a pris son premier virage à gauche à deux à l'heure, ce qui ne l'a pas empêché de griller le premier STOP qui se trouvait sur sa route. Pas de bol, ça a eu l'air d'énerver la gorgonne qui lui a immédiatement demandé d'arrêter la voiture sur le bas-côté. Ah ah ah. Le mec a conduit trente secondes !!! Enfin, cent cinquante heures et trente secondes. Tout ça pour ça.

Je me suis dis que c'était ma chance. Passer après un nul pareil, c'est quand même plus facile que de succéder à un Fangio bien dans sa peau. Il n'empêche : j'avais le trouillomètre à zéro, et un stress... Mais un stress ! Pour ainsi dire, j'ai conduit les cinq premières minutes en apnée. Au réflexe, sans réfléchir. En priant juste pour que cela fût suffisant pour apprivoiser la mégère d'à côté. "Monsieur, regardez un peu plus votre environnement, les contrôles dans le rétro, c'est bien, mais faut tourner la tête, hein !".

Tourner la tête, tourner la tête. Elle me parle ou quoi ? Ouais, c'est à moi qu'elle parle. Merde, j'ai pas tourné la tête. Quoi, j'ai pas tourné la tête ? Elle est malade ou quoi ? J'y peux rien si mes rotations cervicales sont si discrètes que même une inspectrice expérimentée est incapable de les remarquer. Bon, la vérité m'oblige à reconnaître que je n'ai pas assez contrôlé à droite les quelques fois où j'avais la priorité (feu vert, STOP à droite). C'est mon naturel optimiste qui reprend toujours le dessus. Feu vert : je passe, moi. Sans regarder. J'ai confiance en l'avenir, confiance dans les automobilistes qui croisent mon chemin mais sont tenus d'attendre parce que J'AI la priorité. C'est à moi de passer, je passe. Capito ?

Bon, après, j'ai contrôlé comme un porc (les gorets sont connus pour cette inclinaison à tout contrôler). J'ai tourné la tête à m'en provoquer un torticolis. A droite, à gauche, devant, derrière. J'ai contrôlé avec ferveur, avidité et fureur. J'étais devenu pessimiste, méfiant, presque paniquard à chaque intersection hostile (forcément hostile) qui se profilait.

Je craignais l'autoroute, et j'avais tort. Cela s'est merveilleusement bien passé : entrée très réussie (j'ai cru entendre quelques applaudissement et les premières notes d'un Choeur antique), changements de file au poil, sortie parfaite. J'étais sorti de mon apnée. Je me sentais bien, et nous sommes gaillardement rentrés à bon port, ma tête (ostensiblement tournée à chaque intersection) et moi. Mon créneau final n'a pas été parfait, mais ne m'a valu aucun commentaire désobligeant.

J'ai dit au revoir avec un sourire discret, quitté la caisse avec ce qu'il fallait d'humilité (gestes calmes, détendus ; ne pas serrer le poingt !), ai souhaité "bonne chance" à ma remplaçante, et attendu que la voiture se fût éloignée pour appeler les femmes de ma vie (ma chérie, ma mère, ma soeur ; dans cet ordre), et leur faire part de mon optimisme.

A peine avais-je raccroché avec ma frangine que je vis la voiture - notre voiture ! - se ranger. A peine cinq minutes ! Et encore un stop grillé ! Dépitée, la jeunette sortit non sans hurler à l'injustice et à cet arrêt qu'elle était certaine d'avoir réalisé. J'ai essayé de la réconforter en lui disant que moi aussi, j'avais été arrêté assez vite la dernière fois à cause d'une priorité brûlée. Las, rien n'y fit, et la gamine se mit à fondre en larmes en m'expliquant qu'avec les nouvelles règles, c'en était terminé de ses chances d'avoir un jour le permis. C'est toujours délicat quand une quasi inconnue se met à sangloter devant vous. Dans ces moments, j'hésite entre la compassion et une bonne baffe dans la gueule. Et puis, je me tais.

Richard et l'inspectrice ont devisé quelques instants, et puis nous sommes rentrés sur Paris. J'attendais ce moment avec impatience, le moment où Richard me donnerait son "feedback" sur ma prestation. Pfff, Richard a douché mon enthousiasme, mis l'accent sur mes deux-trois erreurs du début, et s'est finalement contenté d'un maigre "Avantage service", ce qui, dans sa bouche, voulait dire que j'avais des raisons d'y croire, mais que mon euphorie était quand même très largement exagérée.

Du coup, ça m'a un peu abattu. Et j'ai carrément fait la tronche quand Richard a dit que si lui avait été inspecteur, il ne m'aurait pas donné mon permis. Le fait qu'il rajoute que si ça ne tenait qu'à lui seulement 10% des candidats au permis obtiendraient le précieux sésame n'a pas suffi à me calmer.

Mais trente minutes plus tard, une fois arrivés, j'avais retrouvé la pêche. Ok, je n'avais pas fait la démonstration attendue par mon moniteur tatillon, mais bon, j'avais assuré quand même. Le même Richard a conclu avec sagesse qu'en toute logique, je devais avoir le permis, mais que je devais vraiment faire gaffe à l'avenir, quand je conduirai. "Des mecs qui avaient la priorité, il y en a plein les cimetières" a-t-il glissé in fine avec ce mélange de malice et de dureté qui lui est propre. Droit dans ses bottes, le p'tit père. Fidèle à sa légende de vieux routier bourru revenu de tout ou presque.

Well, il me reste deux jours à attendre, le temps que le verdict me soit envoyé par la poste (l'époque où les inspecteurs rendaient leur avis immédiatement après l'épreuve est révolue. Trop d'embrouilles, d'insultes, de débuts de baston).

Enfin, c'est ce que je croyais.

A peine arrivé à la maison, je me dépêchai de décrocher le téléphone que j'avais entendu sonner depuis l'escalier. C'était Martine qui m'appelait ; ma monitrice adorée.

- Ari, je t'appelle parce que je viens de recevoir un coup de fil de l'inspectrice. Elle va t'envoyer un papier, mais il faut que tu nous le ramènes aussi sec.
- C'est quoi le problème ?
- Y a pas vraiment de problème. Elle a trouvé ta performance solide, tu as ton permis. Le seul truc, c'est que...

OUWOH AH AHAH WOH RHAAAAAAAAAAAAAAAAA J'AI MON PUTAIN DE PERMIS AH AH AH AH AH AH !

- Euh, le problème, c'est que quoi ?

AH AH AH AH AH AH JE L'AI...YEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEES !

- Euh, rien de grave. Elle s'est juste aperçue que tu devais passer une visite médicale parce que la dernière que tu as eue a expiré de quatre jours. D'ailleurs, si elle s'en était rendue compte avant l'examen, elle aurait très bien pu refuser de te le faire passer.

M'EN FOUS AH AH AH AH, JE SUIS UN GRAND, MAINTENANT. AH AH AH AH AH ! TROP BON.

- Bon, et je fais quoi maintenant ?
- Ben, tu nous ramènes le papelard, tu fais ta visite médicale (Note : cette visite à la con est obligatoire quand vous avez été exempté du service militaire pour raisons de santé - fussent-elle totalement bidonnées), et tu pourras conduire ensuite.
- Martine ?
- Quoi ?
- Je crois bien que je t'aime.

J'ai ramené le champagne à l'auto-école. On a sabré ça avec le vieux, encore là, un peu sonné, qui a promis qu'il attendrait d'avoir 200 heures au compteur avant de se représenter. La jeune fille était barrée. Avec ses larmes et ses regrets.

Je m'en fous d'avoir une visite médicale. Je m'en tamponne d'attendre encore quelques semaines avant de conduire pour de vrai. J'ai attendu 34 ans. Je peux patienter un mois de plus.

P'tin, je suis aux anges.

mardi 25 avril 2006

I wanna get it!

Demain, je passe mon permis. Enfin, non. Demain, je repasse mon permis.

La première fois, ce con de Roger m'a foutu dedans en plein coeur de Rosny. Mais demain, c'est à Saint-Leu que cela se passe, et je ne connais personne dont le prénom commence par un "Leu". Y a bien une maladie ridicule qui commence par les trois même lettres, mais je l'ai écrasée fingers in the nose. Alors, Saint-Leu, tiens-toi bien, demain j'arrive !

Petit pense-bète où l'inventaire des forfaitures idiotes au moins une fois commises

  • Assurer mes entrées d'autoroute
  • Ne pas oublier d'enlever mon clignotant gauche après avoir dépassé
  • Ne pas freiner avant la voie de décélération
  • L'angle mort, l'angle mort, l'angle mort. Putain, l'angle mort !
  • Passer en première à proximité d'une intersection en T
  • Surveiller que je ne gêne personne en face avant de commencer mon créneau
  • Jeter un coup d'oeil à gauche même si c'est moi qui ai la priorité
  • Me ranger si une voiture arrive en face et que l'obstacle est de mon côté
  • Eteindre mes feux après une sortie de tunnel
  • Dire bonjour à l'inspecteur. Ne pas lui demander des nouvelles de sa femme.
  • Laisser passer les piétons. Même ceux qui n'ont pas posé le premier pied sur le passage qui leur est réservé ("Souviens-toi Ari, l'examen, c'est une démonstration !")
  • En sortie de virage, ne pas réaccélérer avant que mes roues ne soient bien droites
  • Un coup d'oeil dans le rétro avant CHAQUE freinage
  • L'angle mort. Ouais, je l'ai déjà dit. Je ne sais pas pourquoi, j'ai l'impression qu'il ne m'aime pas.
  • Ne pas laisser connement la priorité à droite alors qu'ils ont un STOP ou un Cédez-le-passage
  • Prendre tes virages à gauche le plus loin possible (NE JAMAIS COUPER LA ROUTE !)
  • Regarder à droite en sortie de rond-point
  • Avaler un double express avant de décoller
  • Invoquer les Dieux de l'asphalte avant, pendant et même un peu après.

Que la Force soit avec moi.

PS : merde, la météo annonce de la pluie demain matin.

mardi 18 avril 2006

La mort ? Même pas peur !

Très jolie note de Vinvin, que je vous laisse découvrir.

Vinvin a peur de mourir. Je crois même que ça l'angoisse un peu. Je me demande même si son angoisse de la mort n'a pas tendance à l'angoisser plus que de raison. La mort tue ; je subodore que c'est ce qui emmerde le plus Vinvin dans sa quête d'éternité. La mort a cela d'ennuyeux qu'elle ne vous lâche pas d'une semelle dès que vous avez compris que vous aussi (oui, vous aussi !), vous allez y passer.

Alors, on passe la moitié de sa vie et plus à fuir cette apocalypse programmée en s'adonnant à foultitude d'activités plus ou moins absorbantes, plus ou moins intéressantes, plus ou moins stimulantes. Avant la leucémie, j'y pensais souvent, mais je n'y croyais pas vraiment. Je faisais partie des innocents qui n'avaient pas bien réalisé : au pire, la Faucheuse s'apparentait à une abstraction écervelée. Rien de bien dangereux vu sous cet angle. Cette sotte de maladie ne m'a pas tué, mais a subtilement distillé son venin en m'habituant à l'idée que j'allais passer de vie à trépas. Que cela soit demain, dans un mois, un an, trente ans ou plus, l'ordre stupéfiant des choses ne changerait rien à l'affaire.

Je vais mourir. Moi qui déteste les certitudes et tous ceux qui croient en détenir plus d'une, je suis obligé de baisser pavillon et admettre pour de bon ce funeste destin. Aussi, je me prépare avec ce qu'il faut de sérieux à cette issue fatale : un temps, j'ai pensé envoyer un CV à la mort ; j'avais un dossier béton (chimiothérapies, radiothérapie, greffe de moelle osseuse, maladie de Crohn... etc). Mais la peur d'être recruté trop vite m'a fait reculer. Puis, j'ai trouvée meilleure idée : puisque ce duel déloyal allait forcément précipiter ma perte, j'ai réfléchi à ce que je pourrais faire du restant de mes jours. Autant vous dire que cela m'a plongé dans des abîmes de perplexité et même, l'avouerais-je, d'agitation. Et moi, faut pas trop m'agiter. Ca me crispe.

Et allège immédiatement mon portefeuille de quelques centaines d'euros en séances de psychanalyse indolores mais inopérantes.

J'ai trouvé mon salut (provisoire, comme tous les saluts) en regardant un débat fort enrichissant sur La Chaine Parlementaire. Après quoi, j'ai mangé une demi pomme et quelques dattes à peine flétries. Puis fait la vaisselle pendant une heure et demi. Je me suis terminé en récurant les WC, sur la cuvette desquels j'ai lu le dernier hors-série des Echos.

A l'issue ce régime sévère, j'avais fini par trouver quelques vertus à l'inéluctable.

Ari de Paris meets Brice de Nice

- J'te fascine, hein ?
- ...
- Allez, viens on parle de moi !

Dans le genre naveton cartoonesque qui s'assume, Brice de Nice (maté hier sur Canal +) est assez jubilatoire. Et puis, il y a cette réplique (ci-dessus) que je trouve merveilleuse.

Brice, il attend la vague un peu pathétiquement, il croit que "tout est dans Pointbreak" (et réciproquement), il est con comme une bite (d'amarrage ; jaune), mais il a tout compris aux blogs !

jeudi 13 avril 2006

Aux chants d'honneur

Hier, c'était l'anniversaire (façon de parler) de mon irradiation totale. Demain, ce sera celui de ma greffe de moelle.

Autant la seconde est passée comme une lettre à la poste, autant je garde un souvenir épouvantable de la première. Ca avait pourtant bien commencé : avec une voiture de pompiers escortée par six motards. Comme les présidents de la République. Et à peine quinze minutes pour faire autant de kilomètres, à l'intérieur de Paris. Je n'avais plus le début du quart d'une globule blanc, et il fallait diminuer au maximum la durée du voyage pour réduire les risques de contamination. L'infirmière qui m'accompagnait était excitée comme une puce, et je crois bien l'avoir entendue fredonner le générique de Starsky et Hutch.

Après, cela a été un supplice. Trois heures et demi sur le ventre, autant sur le dos à subir de plein fouet un mini-Tchernobyl qui devait m'épargner une mort certaine et me rendre stérile. Le but de la manoeuvre : détruire toutes mes cellules pour que la moelle de ma frangine s'épanouisse sur un terrain vierge. Sa principale difficulté (outre les désagréments psychologiques) : ne pas bouger d'un pouce pendant des heures. Ne surtout pas bouger. Avec à chaque mouvement imperceptible, un rappel à l'ordre de la Cerbère locale. "Monsieur S., ne BOUGEZ pas !". Essayez donc de ne pas bouger pendant sept heures. C'est un enfer... Même avec force calmants engloutis sous perfusion pendant toute la durée de l'épreuve.

On m'avait conseillé de ramener des disques pour rendre l'affaire moins désagréable. Ma mémoire s'est fixée sur deux chansons parmi une trentaine que j'avais demandé à un ami de compiler.

Rien n'est jamais acquis à l'homme Ni sa force
Ni sa faiblesse ni son coeur Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce

Et puis...

Il est temps à nouveau, oh temps à nouveau
De prendre le souffle nouveau
Il est temps à nouveau, oh temps à nouveau
De nous jeter à l'eau

Pourquoi ces deux-là ? Je ne sais pas. Elles ne disent pas grand chose du calvaire que j'ai subi ce jour-là. Mais ce sont elles que j'avais élues pour donner du lustre à cette journée peu rutilante.

Je les fredonne encore très régulièrement. Et quand j'ai l'heur de les entendre à la radio ou ailleurs (pas sur ma compil, je ne l'ai jamais réécoutée), un frisson me parcourt l'échine que je m'autorise alors à courber.

Parce que maintenant, bouger, j'ai le droit.

mardi 11 avril 2006

Le blanc et le noir où comment expliquer que je n'aime pas les centristes !

Attention, je préviens en amont, ce billet me tient à coeur. J'en connais à peu près l'idée première, mais je ne sais pas encore bien ce qu'il va devenir tant il est vrai que je m'écarte régulièrement des chemins malhabilement tracés par un cerveau paresseux et refusant tout ce qui s'apparente de près ou de loin à ce que d'aucuns nomment avec une condescendance un peu feinte de la suite dans les idées.

Ce billet, je le rumine depuis quelques semaines, retardant sa parution avec une régularité semblable à celle des coureurs de fond. C'est que j'éprouve toujours d'insondables difficultés dès que j'ai la prétention de réfléchir. Le léger, la fanfreluche scribouillarde, la captation plus ou moins badine de l'air du temps, je sais à peu près faire. Mais les neurones en actions, bandées vers un seul objectif (qu'on résumera en quelques termes : donner du sens, expliquer, raisonner), provoquent chez moi une sensation immédiate d'inconfort. Comme si cela n'était pas pour moi.

Bon, tu racontes ton machin au lieu de nous la jouer flagellation par anticipation ?!?

Ok, j'y vais. Je suis pas loin d'être prêt à me lancer. Je crois même que je ne vais pas tarder, que c'est pour très bientôt. Là, maintenant, tout de suite.

Alors voilà. De la même manière que Nick Hornby a la manie d'établir des classements pour tout et n'importe quoi (si vous ignorez de quoi je parle, vous pouvez lire ce très bon livre), je passe ma vie à diviser le monde en deux catégories et à y trouver une justification, parfois nébuleuse, mais néanmoins systématique. Ca a commencé dès la petite enfance : mon père m'a nourri à ce sein-là en m'expliquant très tôt que dans la vie, il y avait les collaborateurs et les résistants. Qu'entre le gris clair et le gris foncé chers à ce pense-mou relativiste de la chanson française, il n'y avait pas à choisir son camp, camarade, parce que le monde était soit noir, soit blanc. Longtemps, j'ai résisté, me posant en homme d'équilibre, cherchant des points de convergence entre des positions antagonistes, arborant même fièrement le drapeau des nuances, présumées seules capables de vous orienter sur le chemin accidenté de la vie. Et puis non, il n'y a rien à faire, la nature (la mienne) reprend ses droits, et je me dis qu'il est impossible de ne pas trancher : qu'un homme (une femme, aussi), oui, ça se juge en fonction de ce qu'il aurait fait. Même si l'ennuyeux est qu'il est par définition impossible de savoir très exactement ce qu'il aurait fait.

Mon géniteur favori a probablement été conditionné par son rang d'enfant ainé de rescapés (qui plus est, miraculés). Et si je sais combien il est difficile de se faire une idée précise du courage des uns, de la lâcheté des autres (surtout en des périodes aussi troublées), je ne peux cacher que j'aime la simplicité éclatante de cette distinction. Quand moi-même, je suis à l'orée de prendre une décision difficile, quand je dois trancher dans le vif, c'est encore à cette aune que je fais mon examen de conscience : résistant ou collabo ? Et si j'éprouve la sensation, même fugace, que je suis susceptible de basculer dans le camp crapuleux, je me maudis jusqu'à la volte-face rédemptrice. Cette démonstration mériterait quelques nuances : il est en effet certaines causes qui ne méritent pas qu'on se mette en danger, et pour lesquels quelques grammes de pusillanimité sauraient être tolérés. Mais cette note a décidé de ne pas faire dans la nuance, et la pusillanimité est une belle salope.

J'ai inauguré mes névroses catégorielles avec la plus évidente des distinctions. Mais pour centaines d'autres sujets, des plus futiles aux plus... superficiels, j'ai ce réflexe de la démarcation. Il y a ainsi les gens qui fument et ceux qui ne fument pas, et j'ai toujours trouvé les premiers beaucoup plus cools et ouverts d'esprit. Je dois avoir une petite faiblesse pour ceux qui, même connement, se mettent en danger. Il y a les croyants et les athées, autant vous dire que les agnostiques m'emmerdent qui choisissent de ne pas choisir, par crainte de faire le mauvais choix. Il y a aussi les professionnels de la to-do-list qui fixent trois rangs de priorité (importance faible, importance relative, importance haute) aux différentes tâches qu'ils ont à effectuer. Alors qu'il va de soi que les choses sont soit importantes, soit insignifiantes. Il y a l'amour et puis la haine ; comment accepter l'indifférence et le mépris, ces insultes à la part d'humanité (même infime) qui est en chacun de nous ?

Et puis, il y a ceux qui divisent le monde en deux catégories, et les autres. Je vous laisse deviner dans quelle catégorie j'ai la prétention de me placer.

lundi 10 avril 2006

La démarche assurée du marcheur curieux

Je développe depuis une quinzaine d'années une espèce de manie compulsive qui ne cessera jamais de l'être tant elle m'amuse et ne présente aucun caractère de gravité. Je vous explique.

Je marche souvent seul (ouais, dans les rues qui se donnent). J'aime ça. Ca me calme aussi sûrement qu'une bonne cigarette. Je laisse mes pensées vagabonder sans destination précise, et je finis toujours par m'arrêter dans une librairie, devant la devanture d'une boutique de lingerie d'épicerie fine ou derrière les rideaux d'un sex-shop que la morale, ma mère et la décence m'interdisent hélas de franchir. Je marche, et je perds de vue la dure loi du monde, les magasins qui ferment le lundi (et même quelquefois, le dimanche. On ne peut plus faire confiance à personne, ma bonne dame), et il m'arrive même l'espace de quelques instants d'oublier qu'à la fin de l'aventure, il n'y aura aucun survivant.

Je marche, donc. Sans témoin ni personne. Que mes pas qui résonnent.

Sauf que...

Il m'arrive parfois (allez, souvent) bien malencontreusement de croiser d'autres marcheurs déboulant en sens inverse, et bavardant à qui mieux-mieux sans se douter un seul instant que je pourrais capter quelque écho de leur conversation. Et ça, j'adore. J'adore tellement que je suis capable de rebrousser chemin quelques secondes pour entendre la fin de la phrase que j'ai failli louper. Mais le plus souvent, je me contente de ces quelques mots volés aux flâneurs de passage : "... Un homme fort comme Sébastien, c'est sûr qu'il est tout collé contre...". Je l'aime bien celle-là, dans la bouche de deux sexagénaires femelles qui semblaient s'extasier devant la corpulence dudit Sébastien.

Quelquefois, il n'est pas nécessaire de faire appel à son imagination débridée pour comprendre de quoi il ressort. Ca, c'est quand la chance est avec vous. Quand les trois secondes (une seconde avant le croisement, une pendant, une autre après) qui vous offrent le plaisir volatile de rentrer dans une intimité se suffisent à elles-mêmes. La plus admirable, celle dont je me souviens le mieux, c'est cette sentence sans appel lâchée par une jeune femme belle à mourir à l'adresse de son homme qui lui tenait le bras : "Je te préviens, si tu votes à droite, je te quitte".

J'étais tombé raide amoureux. Un uppercut de la gencive qui m'avais laissé K.-O. pour le compte. Si je l'avais recroisée après les élections, je crois bien qu'elle serait devenue ma femme.

vendredi 7 avril 2006

Le Pierre Richard de la téléphonie

Nouvelle du jour assez amusante, à défaut d'être vraiment pratique.

Au retour d'une soirée trop arrosée, j'ai mis mon manteau à laver, et oublié d'y oter le téléphone portable qui s'y trouvait. A la sortie, ce dernier est dans un drôle d'état : tout propre, mais plus très fonctionnel.

Si vous avez mon numéro ou si j'ai le votre, cela va être galère de nous joindre dans les jours qui viennent. Si vous ne l'avez pas, aussi, pour ce que j'en dis.

jeudi 6 avril 2006

Billet pour Cuné

Elle comprendra.

A part ça, je suis contre les private jokes.

Encore un truc de malotru.

mardi 4 avril 2006

Hoquet ? OK !

Hier, fin d'après-midi.

Je joue avec ma fille, sa mère est partie. Pour une énième conférence paneuropéenne, à Londres. Le genre de raouts artificiellement festifs où il fait bon célébrer les vertus ébaubissantes de la culture d'entreprise du cru.

Je joue avec ma fille, donc. Pas à ses jeux qu'elle a tendance à délaisser, ces temps-ci. Non, à mes jeux. Des bouffonneries décomplexées que j'invente pour conforter mon image de père attentif et débordant d'imagination. Romane rit. La bonhomie éclaire son visage, bientôt barré par d'incontrôlables gloussements. Je passe la main sur ma bouche, prends un air contrit, et récite des "Oh" et des "Ah" qui se veulent surpris. Romane rit désormais aux éclats, avec cette absence totale de retenue que confère l'innocence.

Et je me dis que le monde est cruel. Que Romane vit peut-être la plus belle période de sa vie, et qu'elle ne le sait pas (Note : je crois bien que je suis assez mal remis d'une enfance trop joyeuse). Cela provoque en moi un fulgurant accès de mélancolie rapidement emporté par les rires de ma fille, qui n'en finissent plus d'imprimer leurs sonorités grisantes dans ma caboche à nouveau conquise.

Romane rit tant et si bien qu'elle a bientôt le hoquet. Le genre de hoquets qui met de longues minutes à passer, le hoquet de mission, celui qu'on est fier d'avoir provoqué. Avec Hélène, on fait parfois des concours un peu ridicules frappés au coin du sceau de la régression infantile : "Alors, chérie, combien de hoquets elle a eu avec toi, cette semaine ?".

Nous sommes encore des enfants.

Et ma fille semble heureuse. Cela m'émeut souvent.