Egoblog

lundi 4 septembre 2006

C'est parti !

Je ne sais pas par où commencer.

Si, je suis crevé. Harassé, épuisé, vidé. P'tin, c'est vachement long une journée de travail. Surtout après une nuit aussi courte, à révasser entre deux insomnies érigées sur le socle d'une angoisse envahissante. Avec comme corollaire une propension (habituelle chez moi) à fréquenter les toilettes à intervalles très réguliers. Je purge ainsi à chaque fois que je suis stressé !

C'est que j'ai toujours anticipé les rentrées (et plus généralement les situations nouvelles) avec beaucoup d'appréhension. La nouveauté m'intimide quand elle ne me terrorise pas. J'ai peur de déplaire, peur de ne pas être à la hauteur, peur de ne pas être aimé. J'arrive à m'en accomoder avec le temps. Et ce d'autant mieux que j'ai une capacité d'adaption inversement proportionnelle à la profondeur de cette névrose. Passé le cap des présentations, de la découverte des lieux, de l'exploration de mes responsabilités et des attentes induites, ça y est, je me sens comme un poisson dans l'eau. Je suis maladivement angoissé, mais je brise la glace avec facilité, en douceur, sans... angoisses, pour le coup.

Le pire est toujours dans l'attente et la crainte de la découverte. La découverte, en elle-même, ne me fait pas peur.

Et, pour mon retour à 19h30, la récompense absolue en forme d'un "Pa-pa !" tonitruant balancé à mes oreilles alors que je venais d'ouvrir la porte.

Rhalala, une bien belle journée.


PS : j'ai passé une bonne partie de l'après-midi à monter des meubles IKEA (la boîte dans laquelle je bosse emménageais aujourd'hui dans de nouveaux locaux, et en avais profité pour acheter de nouveaux meubles de bureau). C'était vraiment violent...

dimanche 3 septembre 2006

Je ne veux pas y aller !

Demain, c'est la rentrée.

Nouveau taf après deux ans d'inactivité plus ou moins intense. L'appréhension me tenaille. Je vais voir des tas de gens, assister à des réunions, lire et envoyer des mails (pros, les mails), me lever à 7h30 tous les matins, déjeuner avec des collègues et... bosser cinq jours sur sept. P'tin, y a des gens qui font ça ? Y a vraiment des gens qui font ça ? J'ai fait ça moi un jour ?

Est-ce que je peux avoir un mot de ma maman ?

vendredi 1 septembre 2006

Tribulations d'un vidéaste amateur


C'est moi. C'est moi. C'est moi.

Et c'est la dernière fois !

Les madeleines de la plage de Tel Aviv

J'ai passé toute la semaine dernière en Israël, à Tel Aviv, avec les deux femmes de ma vie. Nous avions planifié ce voyage de longue date, l'avions ensuite annulé à cause de la guerre pour finir par réactiver ce projet d'expédition en terre trois fois sainte quelques heures après le cessez-le-feu.

Israël et moi, c'est une longue histoire, et j'ai un rapport assez schizophrène avec ce pays. De gauche en France, je suis naturellement porté vers des positions plus extrêmes sur l'échiquier israélien (sans dérouler un argumentaire ennuyeux, je tiens pour acquis qu'il y a de la place pour deux peuples, deux nations, deux pays dans ces quelques 21 000 kilomètres carrés). Je suis très critique vis-à-vis de la politique israélienne, pour autant j'ai beaucoup de mal à supporter certaines attaques proférées contre ce qui est sans nul doute mon deuxième pays. Défendez Israël, et je suis le premier à le critiquer. Attaquez-le, et je me retrouve souvent en première ligne pour le défendre.

PapiMamieIsraël, c'est aussi toute mon enfance, tous ces mois de juillet passés chez mes grands-parents (qui y coulent des jours plus ou moins paisibles depuis bientôt trente ans) pour lesquels j'éprouve un amour sans limites. Presqu'un an après ce billet qui leur était consacré, la situation n'a pas évolué d'un pouce : mon grand-père est toujours dépressif, joyeux, aimant et structurellement inquiet ("Ari, tu m'appelles dès que tu rentres à l'hotel, hein ?", "Ari, tu as préparé les sous pour le taxi ? Tu sais, c'est toujours compliqué de sortir son portefeuille une fois qu'on est arrivé...", "Ari, Hélène est vraiment formidable. Mamie et moi, on l'aime, tu ne peux même pas t'imaginer..."), ma grand-mère est toujours hyperactive, définitivement sourde et irréductiblement portée sur l'alimentation (parfois ad nauseam) de ses petits et arrières-petits enfants : "Vous êtes trop maigres, il faut manger !". Et une abondance de spécialités polonaises et israéliennes de défiler sur la table dans un balai incessant d'aller-retours entre la cuisine et la salle à manger. La transmission de l'amour par la bouffe, c'est quelque chose qui n'aura jamais fini de m'étonner.

plageJ'adore ce pays que j'ai visité dans ses recoins les plus intimes quand j'étais plus jeune. J'adore aussi (et surtout) la plage de Tel Aviv. Ah, la plage de Tel Aviv ! C'est un océan de douceur, de sable chaud et fin, de dénivellé délicat et... de saleté crasse (putain ce que les Israéliens sont inciviques et se foutent avec ardeur de ce joyau national !). Qu'importe, c'est la plage où ma grand-mère m'a appris à nager, c'est cette promenade de 5 kilomètres que je faisais tous les jours, aller et retour, quand j'avais dix balais. Ce sont ces parties interminables de matkot (raquettes israéliennes) que j'infligeais à mon grand-père, qui se contentait de mouvoir ses mains pour renvoyer la balle sans jamais consentir à bouger les pieds. Il fallait être précis, vraiment précis. Sinon la balle atterrissait inéluctablement à gauche, à droite ou aux pieds de mon grand-père, et j'en étais quitte pour aller la ramasser.

A chaque fois que je vais à la plage, en France ou ailleurs à l'étranger, mon premier réflexe est de la comparer à celle de Tel Aviv, et de trancher sans la moindre ambiguité en faveur de cette dernière. Même les plages de Samui, belles entre toutes, ne lui arrivent pas à la cheville ; cette cheville-là, qui n'est rien d'autre que mon enfance et ces flots d'amours prodigués par mes grands-parents, et que je considérais comme une chose tout à fait naturelle.

Quelques dizaines de kilomètres plus haut ou plus bas, des centaines de milliers de gens souffrent. Que la honte m'emporte, je n'en éprouve pas moins toujours autant de bonheur à fouler les cent cinquante mètres qui conduisent de la promenade à la plage proprement dite, et à me baigner dans les eaux crades et trop salées de ce côté-là de la Méditerranée.

PS : quand j'étais malade, en chambre stérile, il m'apparaissait inconcevable de mourir sans avoir revu la plage de Tel Aviv.

jeudi 31 août 2006

Trop belle

Romane


Il y a, il me semble, deux façons de juger de la beauté de son enfant.

La méthode habituelle, épidermique et, j'ai envie de dire, normale : ma fille est belle parce que c'est ma fille. Point. Je lui dis qu'elle est belle parce que c'est ainsi que je la vois, elle aura tout le temps de se trouver laide et d'apprendre à gérer ses complexes.

La méthode objective, ultra-rationnelle : distance entre les yeux, régularité et finesse des traits, taille des appendices... etc. C'est assez injouable quand c'est votre gamine, et ça n'a finalement que peu d'intérêt. En même temps, je me souviens combien j'angoissais à l'idée d'avoir un marmot hideux, objectivement disgracieux, d'une laideur qui se voit au premier coup d'oeil et vous vaut la commisération répugnante de vos contemporains. Beurk. J'angoissais d'autant plus que j'ai toujours été très complexé : pas grand, malingre, longues jambes, petit buste, plutôt mal gaulé (mais j'ai une quequette énorme !). Mais bon, mes parents ayant été fort jolis dans leur jeunesse, et ma soeur franchement mignonne, je me réconfortais en me persuadant que le patrimoine génétique de ma gamine à venir n'était pas irrémédiablement entamé. Un vilain petit canard par famille, c'était bien le quota maximal !

En vertu de quoi, je suis bien entendu dingue de ma fille. Je suis, mais cela ne vous étonnera pas, très adepte de la première méthode (un peu trop, même. A trop lui dire qu'elle est belle, je vais finir par lui rendre un mauvais service). Mais je me surprends régulièrement à penser que même la méthode dite objective peut aller se rhabiller devant la bouille sublimissime de ma gamine.

Je sens bien ce qu'il y a de narcissique dans ces considérations. Mais j'avoue sans ambages que je m'en fous un peu.

mercredi 30 août 2006

Romane


Je viens d'apprendre à insérer une vidéo dans un blog.

C'est d'une facilité déconcertante.

Avec l'autorisation orale de la maman et la bénediction tacite de l'enfant...

mardi 29 août 2006

Pourquoi elle blogue

L'auteur des hélices en carton est une petite soeur qui serait virtuelle si je ne l'avais pas rencontrée une fois. On s'est beaucoup écrit, pas mal parlé, avons partagé des choses suffisament rares pour qu'une intimité forte et essentielle s'installe. Depuis quelques mois, notre fraternité est assez mutique, mais je la lis très régulièrement comme je suis convaincu qu'elle me lit souvent.

Son dernier billet est magistral, je me permets d'en citer trois paragraphes.

Visiblement avec un peu plus de 89 laborieux posts, ce n’est pas non plus une cour que je recherche c’est plutôt des rencontres sans contrainte et puis surtout de la lecture en mouvement. Un plaisir facile qui me pousse à me connecter dès que j’ai un iota de temps, l’esprit libre et lorsque la température ne m’attire pas à l’extérieur. Peut-être que dans formidable excès narcissique je rassemblerai tout ça pour l'imprimer et en faire une super cocotte en papier.

Une question cependant : Est-ce que l’écriture d’un blog développerait à long terme un rapport incestueux avec sa petite personne, moi et moi pour le meilleur et pour le pire se lustrant le poil dans le bon sens, ou dans le mauvais selon le menu masochiste du jour, ou bien encore entretiendrait une schizophrénie lénifiante, un moyen de se décalquer la tête à peu de frais et sans ordonnance, flirtant ainsi toujours sur le fil de la réalité ? Peut-être. Alors une horde de bloggers rempliront les cabinets de psy.

Je demande un truc tout simple en fait. Me rafraîchir la tête avec de l’air et des mots qui ne sont plus vraiment à moi puisqu’ils ne restent pas dans mon calepin. Le premier ou la première qui me propose un ventilateur ou un climatiseur, je m’invite chez lui ou elle, avec mon chat et mon homme.

Pour lire l'intégralité du billet...

PS : Stef, j'ai un ventilateur à la maison, mais si cette dernière fait crédit du rafraichissement, elle n'accepte pas les chats. Enfin, pas encore.

lundi 28 août 2006

Ségo, c'est trop

Je ne m'aventure par souvent sur le terrain miné de la politique dans ces carnets. Ce n'est pas faute de m'y intéresser depuis des années, mais mon blog se veut résolument intimiste, léger et déconnecté de l'actualité.

Cette introduction rapide pour préciser qu'il n'est de règles qui ne soient infirmées par une ou plusieurs exceptions, et que j'inaugure aujourd'hui le chapitre des exceptions.

C'est qu'il y a quelque chose qui me chiffonne dans le débat qui a actuellement cours sur la désignation du candidat PS à l'élection présidentielle. Plutôt que de défendre mordicus mon bout de gras, en l'occurence mon candidat favori (DSK, mais chut...), à grand renfort d'arguments prétendument imparables, j'aimerais ici faire part de mes doutes sur l'élection qui se profile.

Bien entendu (enfin, quand on on se réclame de la gauche de gouvernement), il y a une certaine logique à appuyer le candidat qui aura au jour de la désignation le plus de chances de gagner. De ce point de vue, les sondages semblent clairs qui donnent tous Ségolène Royal comme seule chance réelle de l'emporter face à Nicolas Sarkozy. Que cela soit un motif de ralliement, je peux le comprendre. Là où le bât blesse, c'est qu'il me semble que c'est souvent le seul.

Je reconnais à Ségolène Royal un certain nombre de qualités, à commencer par sa popularité au zénith, une simplicité apparente autant que rassurante, une intelligence vive et une capacité avérée à jouer de son image (là, aucun sens péjoratif, un candidat qui ne saurait pas jouer de son image n'a aucune chance de remporter l'élection la plus personnalisée qui soit). Dans la logique que je décris plus haut (non pas désigner le meilleur candidat mais celui qui peut le plus sûrement gagner), je devrais m'apprêter à voter pour Ségolène Royal sans hésiter (je rappelle ou j'apprends à ceux qui l'ignorent qu'à mes heures perdues, je suis militant au PS et ai, à ce titre, le pouvoir de décider, comme tous mes "camarades", du nom du prochain représentant PS à l'élection présidentielle). Et pourtant...

Et pourtant, je ne voterai pas pour elle sauf revirement complet de situation. Parce que je me fais une idée éminente de la politique, parce que je crois avant tout à l'expression de convictions fortes, parce que le président de la République, en France, n'est pas juste un arbitre. Parce qu'enfin, et surtout, il me semble totalement hasardeux de prêter foi à des sondages d'opinion à plus de six mois de la présidentielle. L'histoire est riche d'exemples prouvant non pas l'inanité des sondages (ils sont une photographie à peu près exacte à l'instant où ils sont réalisés) mais que la vérité d'un jour n'est pas nécessairement celle de demain : Rocard avait plus de 25 points d'avance sur Mitterrand, Barre ne pouvait pas perdre, Balladur devait écraser tout le monde sur son passage... jusqu'à Jospin que beaucoup annonçaient gagnant dans un duel serré avec Chirac. Chacun connait la suite de l'histoire, chacun saura apprécier combien l'opinion est versatile ; qu'elle l'est d'autant plus quand elle s'appuie sur des impressions, des images plus que sur des convictions et des réalisations.

Pour être clair, je crois que Ségolène Royal n'a aucune chance de gagner l'élection présidentielle. C'est là mon intuition profonde. J'espère me tromper. Surtout si cette dernière est finalement désignée. Je crois sincèrement que dans un duel avec Sarkozy, elle perdrait progressivement du terrain et se ferait finalement laminer. Sarko est un rude jouteur, un argumenteur féroce et un combattant rusé. En face, Ségolène Royal m'apparaît nettement moins armée, plus fuyante et je n'ai pas aujourd'hui la certitude, loin s'en faut, qu'elle soit capable de porter un si grand projet. Par ailleurs, je n'ai rien contre la démocratie participative dont j'apprécie les effets à un niveau local, mais elle n'est à mon avis, et en aucun cas, l'alpha et l'omega d'une politique nationale (un seul exemple, mais je pourrais en citer des dizaines : on aurait l'air malin si on consultait tous les échelons de la société avant de décider d'envoyer ou non des forces pour pacifier le Liban).

Encore une fois, je veux bien me tromper. J'entends tout aussi bien ceux qui critiquent mon favori (DSK, mais chut...), mais à tout prendre, et convaincu qu'aucun prophète, aucun mage n'est aujourd'hui en mesure de désigner le vainqueur de l'élection 2007, je voterai en novembre pour celui qui fera le meilleur président.

samedi 19 août 2006

Denis

Ca fait très longtemps que j'ai envie de parler de Denis, mais tout aussi longtemps que j'éprouve la sensation de ne jamais trouver les mots pour parler de l'amitié qui nous lie.

Denis est plus qu'un ami, c'est un peu le grand frère que j'aurais aimé avoir, et que j'ai passé du temps à rechercher. Au hit parade des grands frères de substitution, il est de loin mon frère préféré. Je ne le vois pas très souvent (une fois tous les deux mois, environ), on s'appelle encore moins : plus encore que moi, il déteste les conversations téléphoniques. Mais à chaque fois que nous nous rencontrons, c'est une espèce de symphonie euphorique à la gloire de Bacchus, des zygomatiques enfiévrés et du temps qui file sans jamais peser.

Denis est intelligent, cultivé, drôle, attentif, réservé, pudique, amoureux des livres, du bon bordeaux et des jolies femmes. Comme moi, il est dingue de foot et de politique. Comme moi encore, il n'aime rien tant que les échanges à deux voix, seuls garants d'une réelle intimité. Comme moi enfin, c'est un affectif tactile qui n'aime pas grand monde, mais qui déborde d'amour quand il aime.

J'ai connu Denis en 1997, il avait alors l'âge que j'ai aujourd'hui, et notre premier face à face s'est déroulé dans des circonstances mi-professionnelles, mi-cocasses. J'avais postulé pour bosser à Yahoo! France, et Denis, qui en était à cette époque le dirigeant, m'avait proposé un entretien pour un poste à plein temps. Sous le coup de l'enthousiasme, j'avais répondu positivement à son invitation, mais avait été pris de remords foudroyants immédiatement après avoir raccroché. C'est que j'aimais alors trop écrire pour mettre fin à ma jeune et fragile carrière de journaliste indépendant, et qu'il n'était pas vraiment concevable de m'enraciner dans une société certes excitante, mais au sein de laquelle il n'y aurait plus rien à écrire, plus aucun documentaire à tourner. La sécurité de l'emploi avait des vertus non négligables, mais j'étais trop jeune, trop réfractaire à l'autorité, trop épris de liberté pour rentrer dans le moule des horaires fixes et des liens de subordination par nature oppressants.

Ne sachant trop comment me tirer de cette situation épineuse, je décidai de venir à l'entretien... avec un ami : un intello fainéant et livreur de pizzas. Là où Denis attendait de voir en entretien un mec pour un plein temps, je lui amènerais mon pote et lui proposerais deux mi-temps. J'avais pleine conscience du côté hasardeux de mon entreprise, et m'attendais à être renvoyé dans mes pénates aussitôt la situation exposée. En fait de quoi, Denis nous reçut tous les deux avec ce sourire flegmatique que je lui connais désormais si bien, et me recruta sans coup férir (et à mi-temps) quelques jours après. Mon ami, lui, fut recruté six mois plus tard après que j'ai menacé de démissionner en brûlant la boutique, de démettre une épaule à mon bienaimé chef puis de me jeter sous les rames de la ligne 13.

Avec Denis, la vie en entreprise était toujours riche en rebondissements : tournois de foot dans le couloir, interdiction de venir avant dix heures, recrutement des managers par leurs futurs subordonnés, pizza-parties à toute heure du jour et de la nuit, obligation de jouer au baby-foot au moins un quart d'heure par jour sous peine d'être mis à l'amende. J'exagère à peine.

Et la maison-mère américaine de s'extasier devant les résultats florissants de la jeune filiale française. Car cela marchait !

Après six mois à Yahoo! (nous étions alors début 1998), j'ai eu coup sur coup deux opportunités exceptionnelles liées à l'imminence de la Coupe du monde de foot, en France. Un supplément à l'Equipe Magazine où on me proposait la rédaction en chef adjointe et un documentaire sur Raymond Kopa (ancienne gloire du foot français), pour Canal Plus, dont on me proposait l'écriture. Je suis allé voir Denis, bien embété, lui ai dit qu'il s'agissait là de deux opportunités impossibles à refuser, que j'envisageais donc sérieusement de quitter Yahoo! même si cela me coûtait. Nous n'étions pas encore les amis que nous sommes devenus aujourd'hui, et je n'attendais pas grand chose d'autre de sa part qu'un sourire contrit.

J'ai eu droit au sourire contrit, mais aussi à l'incroyable proposition suivante : "Ari, tu fais tes deux trucs, c'est important ; et pendant toute la durée (NDLA : six mois à peu près) de ce boulot annexe, tu viens à Yahoo! quand tu peux, quand tu veux, aussi souvent que possible... dans la mesure de ce qui est possible". Pffffffiou, un tel élan de confiance et de compréhension, ça m'a liquidé sur place. Et pendant six mois, je suis venu à Yahoo! les soirs, les week-ends, les quelques jours de semaine ou j'étais disponible, éperdu de gratitude et d'amour (j'ose le mot) pour cet extra-terrestre charismatique.

A la fin 99, Denis a quitté Yahoo! et s'est reconverti dans la restauration et le négoce de vins. Le journalisme ne m'énivrait plus comme avant, j'avais fini par passer à plein temps. Nous étions quelques uns, anciens de la maison, gardiens du temple et de l'héritage laissé par Denis. Mais Yahoo! commencait de plus en plus à ressembler à une boîte normale, avec son cortège de "process" et de cols blancs amoureux de la discipline et des plans de restructuration. Affranchis par nos premières années de joyeux bordel organisé, on sentait bien que la roue était en train de tourner, et on a fini, les uns après les autres, par tous nous barrer.

J'avais perdu Yahoo!, mais j'ai gardé Denis. J'ai toujours eu du mal avec l'expression "meilleur ami". Je la trouve au mieux galvaudée, au pire légèrement décérébrée. J'ai du mal à concevoir qu'un ami soit meilleur qu'un autre tant il est vrai qu'un ami est déjà rare et infiniment précieux. Je préfère plutôt le bon mot que l'on doit à Montaigne quand on lui demandait pourquoi il aimait tant La Boétie.

Il répondait avec éclat : parce que c'était lui, parce que c'était moi.

PS : J'ai vu Denis hier, et nous avons passé une soirée énivrante à tous les sens du terme. Démarrée à 20h30 dans un chouette restau de Lepic Street, prolongée au Lux Bar, un bistro de la même rue que j'apprécie particulièrement. Denis m'emmène ensuite sur le haut de la Butte (Montmartre) pour me montrer la maison qu'il a visité virtuellement sur Internet et qu'il envisage d'acheter. On passe une heure dans Montmartre à tourner : Denis a oublié le nom de la rue. Il insiste, il est convaincu que cela va revenir, que rien ne sert de courir, que la vie et la nuit sont à nous, pochtrons hilares et fatigués. On tourne, on tourne sans jamais trouver et on atterrit dans un dernier bar où on s'interdit de refaire le monde (pas nous !) mais pas de le rêver tel qu'il ne sera jamais.

mercredi 16 août 2006

Rien de grave

En vrac...

J'ai trouvé du boulot. Je commence le 4 septembre, je suis stressé. Et content. Très content et très stressé. Après deux ans et demi d'inactivité, je me demande un peu si je vais y arriver. La Sécu, L'ANPE et les Assedic ont eu moins d'états d'âme qui m'ont chaudement félicité, et se sont réjoui de mettre fin à leur confortable mécénat.

Du coup, il est urgent de trouver une nounou pour aller chercher Romane à la crèche. Si tu es un être humain, que tu aimes les enfants, que tu vis à Paris ou proche banlieue et que tu es disponible du lundi au vendredi de 16h30 à 19h00, n'hésite pas à me contacter.

Sinon, j'ai enfin terminé la série des Pardaillan : près de quatre mille pages écrites en tout petit. Je me suis régalé. Du sous-Dumas, mais de belles et grandes pages, quand même. Je viens de faire mes courses sur Amazon : Ne le dis à personne d'Harlan Coben et Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes.

Bien le bonjour chez vous.

vendredi 11 août 2006

Les dents de la fille

Je suis en vacances avec ma fille dans une maison louée par mes parents, à quelques kilomètres de Perpignan.

Ma fille nous use tous les trois à petit feu : coucher à 22h30, réveil à 6h00 après plusieurs crises de larmes pendant la nuit. Romane n'a jamais été une grosse dormeuse, mais depuis qu'elle fait ses dents, c'est un vrai cauchemar.

Il faut dire que la première a percé il y a à peine un mois, alors que Romane avait déjà... dix-huit mois. De mémoire de pédiatre/radiologue/stomatologie, c'est du jamais vu. J'avais un temps songé à alerter le Guiness Book, mais ma fille m'a regardé avec un regard sombre comme pour me dire qu'elle n'était pas un phénomène de foire.

Première dent à un an et demi = toutes les dents qui percent en un laps de temps très réduit. Ses nuits ne nous appartiennent plus, et nos journées sont semblables à celles de zombies ayant abusé de Lexomil.

Romane a eu des dents très tard, Romane s'est assis à 9 mois, Romane commence tout juste de marcher (à presque vingt mois !). Les pédo-psy qui se sont penchés sur son berceau certifient tous qu'elle a pris quatre à six mois de retard dans la vue à cause de ma leucémie ; plus exactement à cause de l'état de stress ambiant qui régnait à la maison.

Ce n'est pas impossible. Plus ça va, plus il m'apparaît pourtant que ma fille a hérité de l'indolence légendaire de son père.

A mon père

Il m'en aura fallu du temps pour comprendre l'évidence.

Que j'arrête de bloguer au quotidien, soit. Je n'ai pas l'énergie ni l'inspiration suffisantes. Mais que j'arrête de bloguer tout court, sans préavis mais non sans regrets, c'est quelque chose que je n'arrivais pas à m'expliquer. Souvent dans la journée, il me venait une idée, une image, une sensation qui aurait pu se transformer en un billet joliment troussé. Qui aurait sûrement plu à mes quelques lecteurs et rassasié mon ego pour quelques heures ; ce qui est à la fois énorme et pas grand chose.

Et puis non, je n'y arrivais pas. Je n'y arrivais plus. L'inspiration et l'énergie étaient là, mais l'envie avait disparu. Ecrasée par le poids d'une angoisse nouvelle sur laquelle je n'arrivais pas à mettre de mots.

Ce blog, je l'ai créé pour des tas de raisons dont aucune ne m'appartient complètement puisque la clé de voute de ces carnets, leur pierre angulaire, c'est une certaine idée de la nudité, l'inaccessible ambition de la transparence, une exhibition assumée de mon intimité. Un échappatoire totalement impudique dans lequel j'arriverais tant bien que mal à me préserver.

Ce blog, donc, je l'ai créé au sortir d'une longue maladie, et ai longtemps cru que c'était son unique raison d'être : une sorte de nécessité post traumatique. Quoique sorti victorieux de la leucémie, j'étais psychologiquement laminé, perclus de crampes névrotiques, mal dans mes pompes et en rupture d'envies. Comme toute dépression qui se repecte, cette dernière a fini par prendre la tangente, et j'ai - pardonnez-moi le cliché - repris goût à la vie. Je continue de trimbaler un fond de déprime structurelle, mais ni plus ni moins qu'avant la maladie. J'étais un mec fragile, doutant de tout et de moi surtout, terrorisé par la mort et accablé par l'absence d'un ou de plusieurs sens évidents à nos existences. Tout ça, je le suis resté.

Ce blog, je ne pensais pas l'avoir créé pour d'autres raisons, et je me suis trompé.

Il y a une personne que j'aime sur cette terre, que j'aime sans aisance mais avec une force infinie. Cet homme - car c'est un homme -, j'aurais rêvé de partager une intimité avec lui, donné vingt ans de vie pour échanger mes peines, mes angoisses, mes joies, mes espoirs avec lui. Partager une intimité, parler de nous, de moi, de lui, de ce qui nous fait courir, souffrir, rire, danser, hurler, pleurer. Cet homme, c'est mon père, et j'avais rêvé d'accéder à son lui profond, comme j'aurais aimé qu'il n'ignore rien de moi. Je me suis construit contre cet homme, contre mon père. Il était enfermé dans ses citadelles, je serais ouvert à tous les vents. Il ne savait pas exprimer son amour, je saurais aimer comme personne. Il ne laissait aucune place aux affects, je serais un être humain trop humain. Il avait refusé mes avances deux fois faites (une fois quand j'allais être père, l'autre fois quand je suis tombé malade), je continuerais d'avancer.

Mon père n'est pas un monstre froid, loin s'en faut. Je me souviens au contraire d'un père omniprésent, joueur, amuseur, serviable, militant. Un homme fin et droit. Charismatique et impénétrable. Grand et enfermé. Dans ses propres murailles.

Je voulais qu'il lise ce blog puisqu'à défaut de le connaître un jour, je souhaitais qu'il me connût. Sans jamais me le dire (mais sans se cacher non plus), il l'a lu. J'avais un jour incidemment glissé que je commençais d'écrire quelque carnet sur le Web intitulé Egoblog, et il avait plongé. Il me lisait tous les jours, et j'ai fini par le démasquer après qu'il avait laissé quelques commentaires signés Cyranodeparis.

J'avais rêvé qu'il me lise, et pourtant, je ne l'ai pas supporté.

Ce soir, j'ai parlé avec mon père. Longtemps. Douloureusement. Pour lui et pour moi.

Il ne peut pas faire ni donner plus. Il est comme ça, et je l'aime ainsi. Contre les vents les plus violents et les marées les plus noires.

Et j'ai de nouveau envie d'écrire.

lundi 10 juillet 2006

Zizou, mon héros

A l'heure où le vain peuple a déjà commencé de retourner sa veste, à cette même heure où le héros hier porté aux nues se prépare une mauvaise retraite, il convient de rétablir un tant soi peu d'équilibre et d'aprécier la situation à l'aune du simple bon sens et de la plus saine mauvaise foi.

La Coupe du Monde s'est jouée sur deux coup de boule de Zidane.

Le premier en fin de première prolongation, frappé à pleine puissance mais relativement mal ajusté. Un petit peu plus à droite ou un poil plus à gauche, et le géant Buffon pouvait aller se rhabiller. C'est mal, Zizou.

Le deuxième, quelques minutes plus tard alors que la France domptait avec allant onze Italiens éreintés. C'est le moment que choisit Zizou pour mettre à nouveau la tête sur l'autre grande gigue de la Nazionale. Un certain Materazzi, pour le moins degingandé, dont le regard torve et la mine pas tibulaire n'auront échappé à personne (voyez également un florilège de ses plus hauts faits d'armes). On laissera les moralistes de tout poil s'en donner ce matin à coeur joie, et on posera la seule question qui vaille : il lui a dit quoi la grande gigue à notre démiurge national ? J'ose les hypothèses les plus convenues : "Fils de pute", "Ben Laden", "Sale arabe", "Suceur de bites même pas circoncises !".

Je sais pas vous, mais moi, après cent dix minutes d'effort (enfin, c'est purement conceptuel, ça fait au moins dix ans que j'ai abandonné toute pratique sportive, et encore, jamais plus de trente minutes) intense, de neurones encombrés par la sueur et la débauche d'énergie, de folle pression charriée par tout un peuple rompu à la grisaille et à la chiraquie, oui moi, si on insultait ma mère ou mes origines, ce n'est pas un coup de boule que j'infligerais à ce gredin désarticulé, mais une prise de karaté cantonesque tout droit dirigée vers les parties intimes du bonhomme.

Injustice ou non, carton rouge ou pas, arbitrage humain ou vidéo, victoire ou défaite, faut pas toucher à nos mères !


PS : un joli texte de Guy Birenbaum sur le même sujet.

mercredi 17 mai 2006

Fin des hostilités

J'ai reçu ce matin mon chèque suite à la pige que j'ai écrite pour le magazine Netizen.

Cela n'a pas été sans difficultés ni heurts, mais les choses sont enfin et normalement rentrées dans l'ordre.

Dont acte.

jeudi 11 mai 2006

Le jour d'après

Je continue de remonter dans les souvenirs, et place le curseur vingt cinq ans plus tôt dans le droit fil de mon dernier billet.

C'était le 11 mai 1981, donc. Mes parents avaient éveillé leur conscience politique avec un de Gaulle finissant (que j'apprendrai plus tard à aimer à la lecture de ses sublimissimes mémoires de guerre), commencé à militer au moment où Pompidou agonisait (aucun rapport entre les deux contingences) et imploré les Dieux de l'alternance démocratique pendant les sept longues années de règne cadenassé de Valery Premier. Ils allaient à toutes les AG de section, collaient des affiches au moins deux fois par semaine, et m'entrainaient quelquefois dans leurs chevauchées nocturnes. J'en garde un souvenir assez ébloui que le temps et la nostalgie ont probablement contribué à magnifier : la colle, c'était cradingue, les affiches étaient moches mais ils y croyaient encore comme des dingues, et leur enthousiasme était contagieux.

Quand Elkabbach a annoncé, avec cette affliction du gars qui sait que ses jours sont comptés, que Mitterrand avait gagné, mes parents étaient en train de dépouiller. Je trouvais ça étrange qu'on puisse claironner un résultat en toute certitude alors que mes parents comptabilisaient consciencieusement les votes attribués à l'un et à l'autre des candidats. Dans mon cerveau de gamin, il y avait là une contradiction éclatante qui, pour tout dire, ne m'a jamais complètement quitté.

Qu'importe. Quelques heures plus tard, nous affrontions les éléments déchainés (quel orage, ce soir-là !) en compagnie de centaines de milliers d'automobilistes et de passants exaltés. Une ferveur populaire, mes aieux. Je crois bien que cela a été, et de loin, notre meilleur souvenir des deux septennats. L'euphorie aidant, mes parents m'ont autorisé à faire des tas de trucs qui m'étaient habituellement interdit : hurler dans la rue avec des inconnus, monter sur le capot de la bagnole qui roulait au pas, manger un sandwich au merguez avec plein de moutarde à minuit passé. Putain, c'était chouette.

J'étais en CM2, et le lendemain, j'avais école. Mes parents qui ne mégotaient jamais sur mon temps de sommeil m'ont laissé faire une grasse matinée, et je ne suis allé en cours que l'après-midi, avec mon paletot, ma bonne mine et un mot de ma maman. Quand la maitresse (Mme Depont, une institutrice à l'ancienne, sévère et juste) a lu le mot, je l'ai senti légèrement blémir, puis finalement partir d'un franc éclat de rire. Elle m'a dit de féliciter mes parents pour leur franchise, puis de m'asseoir à la place qui m'était habituellement réservée.

J'ai attendu que l'après-midi se passe avec une folle impatience. Je voulais vraiment savoir ce qu'il y avait écrit sur ce mot qui avait transformé le visage de ma maitresse à deux reprises. D'habitude, à 16h30, je courrais comme un dératé pour ne pas rater le début des "Quatre fantastiques" à la téloche. Mais ce jour-là, je voulais juste savoir.

- Maman, t'avais écrit quoi dans le mot d'excuse ?
- ...
- Ouais, dis maman, t'avais écrit quoi ?
- Ah, le mot d'excuse pour ton absence de ce matin. Rien de spécial. J'ai juste dit que tu avais célébré la victoire historique avec tes parents, et que tu étais rentré beaucoup trop tard pour aller à l'école, ce matin.
- Mais t'aurais pu dire que j'étais un peu malade, non ?

Je ne me souviens plus de la suite du dialogue. Mais l'anecdote m'a marqué. J'étais un gamin plutôt anxieux, un élève studieux, soucieux de ne pas faire de vagues. Je n'avais jamais été absent pour une autre raison qu'une angine ou une rage de dents. Et ce jour-là, bien au delà de la victoire de Mitterrand, mes parents m'ont appris que la vérité pouvait être joyeuse, qu'il ne fallait pas en avoir peur. Qu'il vallait mieux assumer ce que l'on était et ce que l'on avait fait plutôt que de mentir aux autres et à soi-même.

Convaincu, j'ai fini par trouver ça classieux. Et, encore aujourd'hui, je trouve que ce mot avait de la gueule.