Egoblog

vendredi 17 novembre 2006

Dernière immersion en politique interne avant retour à la normale

Plébisiscite épouvantable + cuvée de beaujolais post-traumatique = gueule de bois de niveau mondial.

Je vais avoir du mal à faire campagne pour la nouvelle icone du peuple.

Pour ce faire, il me faudrait écarter la déception et oublier que j'ai incarné pendant deux mois le camp des machos élitistes et dépassés. Ensuite imaginer (et il va falloir être créatif !) toutes les manières possibles de me rendre utile sachant que je ne me vois pas défendre avec conviction des thématiques comme celle de l'ordre juste ou des jurys citoyens. Pour engageant qu'il soit, le contrat moral qui me lie au PS ne vaut pas celui qui me lie avec moi-même.

La question risque de toutes façons de ne pas se poser puisque j'ai décidé de rendre ma carte si Frèche n'est pas exclu du PS dans les jours qui viennent. Faire campagne pour Ségo, ça va être mentalement costaud, mais appartenir au même Parti qu'un cacique raciste, qui plus est récidiviste, c'est juste impossible.

The END et welcome back to my nombril.

jeudi 9 novembre 2006

Ségo m'a tuer

Je sors d'une AG de PS assez lourdingue dans une section qui est majoritairement acquise à Ségolène.

J'ai l'impression de sortir d'une lessiveuse avec essorage à 90 degrés. Entre 1/ les fous furieux idolatres qui trouvent Sego formidable, très, très femme, merveilleusement empathique ; 2/ les idéologues qui sont convaincus que le discours sécuritaire et populiste de leur nouvelle icone est notre seule chance de reconquérir les classes populaires ; 3/ les opportunistes qui n'en ont rien à cirer du moment que leur position dans le Parti a toutes les chances d'etre préservée...

(Parenthèse : les 2/ et 3/ sont souvent convaincus que SR ferait une bien piètre présidente, mais là ne semble pas être la question)

... J'ai assisté à une anthologie de ce qu'il y a de pire en politique en général, et dans la nature humaine en particulier.

L'ironie, c'est que depuis le 22 avril 2002 que je suis au PS, je n'arrive pas, malgré la fréquence des tentations, à rendre ma carte.

jeudi 19 octobre 2006

Rajeuni dans Libé

C'est la troisième fois en dix ans que je suis cité dans Libé.

La première, c'était en 1997 : j'avais été interviewé sur la question du "cul sur Internet". C'était marrant.

La deuxième, deux ans plus tard : j'étais ponctuellement intervenu sur la réalisation de feu le supplément Sciences.

La troisième, c'est ce matin : j'affiche deux années de moins au compteur (je me demandais pourquoi le journaliste m'avait demandé mon âge. La réponse : juste pour le plaisir de pondre une coquille), et mes propos sont repris dans le centième de leur intégralité. L'article, un compte-rendu ambiance sans grande originalité, n'en est pas moins assez équilibré et fidèle à ce que j'ai retenu de la soirée.

Vu l'état de Libération, je subodore qu'il n'y aura jamais de quatrième.

mercredi 18 octobre 2006

La machine à gagner

Une "camarade segoliste" m'a dit sans trembler que DSK avait été ce soir transparent, maladroit et peu inspiré.

Je lui laisse le monopole de la mauvaise foi, et je constate deux choses :

1. Contrairement à ce que certains redoutaient, ces débats internes sont une formidable opportunité pour la gauche en général, le PS en particulier. Vous avez déjà vu une caisse de résonance pareille pour les idées de gauche ? Un débat de si haute tenue à une heure de grande écoute ? Demain, tout le monde en parlera, dans la presse comme à la machine à café, et retiendra que nous avons trois candidats susceptibles de faire barrage à la droite. Ca s'appelle la machine à gagner.

2. Sur l'appréciation des uns et des autres, je crois qu'ils ont tous été bons. Aussi objectif que je puisse l'être (et j'assume une part de subjectivité), j'ai trouvé DSK plus convaincant, plus brillant, plus rassurant que ses deux collègues, plus fondu du fond que formaté par la forme.

Je rentre de la salle de l'Indépendance (où j'ai maté le débat avec une centaine de militants et presqu'autant de journalistes) enthousiasmé par cette soirée. Au fond de moi (oui, tout au fond), je crois bien que j'aurais aimé que Ségolène trébuche, mais je suis fier d'avoir des candidats qui tiennent la route, et peuvent tous l'emporter.

Demain, ils auront tous les trois pris de cinq à dix points dans les sondages (je prends les paris), et il nous restera in fine à désigner celui qui nous semble être le meilleur pour battre Sarko (ou un autre) en duel et faire gagner la France.

PS : si vous en avez marre que je ponde un billet par dizaine, qui plus est uniquement centré sur un sujet qui vous touche d'assez loin, dites-vous juste que c'est un mauvais moment (six semaines) à passer, et que je saurai prochainement vous parler de ma fille, ma chérie, ma leucémie, mes lectures... et mon nombril.

PS2 : j'ai été interviewé par un jounaliste japonais à qui j'ai répondu en anglais. Un dialogue de haute voltige !

samedi 7 octobre 2006

Le fond, c'est bon : pourquoi je vote DSK

Depuis quelques semaines, j’ai fait mon choix. Non sans avoir hésité entre Ségolène Royal et Dominique Strauss-Kahn. Je ne suis ni sourd ni aveugle, et la déferlante Royal ne m’a pas échappée : ce vent d’espérance qui souffle sur son passage, cette aura quasi incandescente qui exhale de sa personne, ces sondages favorables aux allures de plébiscite, moi aussi je les ai remarqués. C’est en outre une femme, et rien que pour le symbole, il était tentant de lui offrir ma voix, une voix parmi d’autres pour un tremplin possible à la fonction suprême. Une femme présidente ! Rendez-vous compte...

Et pourtant... Après une longue réflexion, j’ai décidé de soutenir Dominique Strauss-Kahn. Pas comme la corde soutient le pendu, pas par bravade ou pour défendre une cause perdue. Non ! C’est juste que j’ai la conviction qu’il est notre meilleur candidat à gauche, et notre meilleur candidat pour faire barrage à la droite en général et à Nicolas Sarkozy en particulier.

Je mesure de plus en plus la difficulté qui attend Ségolène Royal si cette dernière se retrouve en situation. La popularité n’est pas tout, et le niveau irrationnel qu’elle tend à atteindre laisse imaginer qu’elle pourrait s’inverser aussi vite qu'elle s'est installée, d'autant qu'elle s’appuie pour l’essentiel sur des valeurs et une forme que rien de factuel ni de réellement tangible ne vient incarner. Je n’ai rien contre Ségolène Royal, et je la soutiendrai sans états d’âme si elle sort gagnante de la primaire. Si je n’ai rien contre Ségolène (ce qui, convenons-en, n’est pas suffisant pour en faire ma tête d’affiche), j’éprouve une réelle sympathie pour DSK, pour son parcours comme pour ses idées, pour ses compétences et sa créativité. Brasseur d’idées exceptionnel (La flamme et la cendre est à mon avis le livre référence, à gauche, de ces dix dernières années), intelligent et responsable, excellent débatteur - ce qui sera utile au moment d’affronter le petit Nicolas -, DSK est aussi un homme affable et souriant, séducteur et bon vivant. Si la vague Ségolène l’a provisoirement éclipsé, seule la mauvaise foi pourrait conduire à prétendre qu’il n’est qu’une mécanique intellectuelle dépourvue de charisme, et corollairement incapable de susciter l’adhésion des Français.

Par delà sa capacité à rassembler la gauche et au-delà (les Bayrouistes et même certains libéraux allergiques à Sarkozy ne me démentiront pas), DSK incarne la gauche moderne, celle du réel, lucide et sans cynisme, démocrate, internationaliste et généreuse. Qui ne prétend pas s’affranchir d’un environnement majoritairement libéral dans une économie mondialisée. Qui appréhende les grands enjeux politiques, économiques et sociaux avec honnêteté et ouverture ; sans repli sur soi ni démagogie. Qui nous renvoie aux plus belles heures de la gouvernance de gauche : les 35 heures, les emplois jeunes, la CMU, la police de proximité. Je n’oublie pas enfin qu’à gauche, il fut le champion du oui, celui d’une Europe plus forte et rassemblée. En résumé, DSK, c’est à la fois une grosse envergure intellectuelle, un réel courage politique et une capacité à faire face avec autorité et audace. Le portrait d’un président.

Restent les sondages ! Les mêmes qui voyaient Balladur triompher. Les mêmes qui voyaient Jospin devancer Chirac au terme d’un deuxième tour (sic) serré. Les mêmes qui plaçaient Raymond Barre, Chaban-Delmas et tant d’autres qui ont échoué à des sommets inégalés de popularité. Et c’est donc au nom de ces sondages qu’on nous explique avec beaucoup de ferveur que c’est pour Royal qu’il faudrait tous voter. Au point que nous sommes de plus en plus nombreux à nous poser la question de la nécessité d’une primaire à gauche quand il suffirait d'appeler n'importe quel institut de sondage pour désigner le candidat.

Je ne dis pas qu'il faut faire comme si les sondages et l'opinion n'existaient pas. Je ne suis pas faussement candide sur le sujet, et si DSK montait à son tour dans les sondages, je ne bouderais pas mon plaisir. Mais quand on connaît la marge d'erreur inhérente à ce type de consultations, quand on sait surtout combien l'opinion est versatile, il me parait aberrant de lier son vote à la seule position des uns et des autres dans les enquêtes d'opinion. Que ces primaires soient donc libres et équilibrées ! Qu’elles nous permettent de voter selon nos convictions profondes dans le respect des uns et des autres. En faisant la balance entre les deux seules questions qui vaillent : qui peut gagner à gauche ? Qui fera le meilleur président ?

Pour conclure, je me permettrais de reprendre les mots de Bertrand Delanoë lui-même : "gagner en 2007, c'est bien. Mais pour quoi, pour quel projet ?". Il est là pour moi l’enjeu principal de la primaire. Et si je vote DSK, c’est bien parce que j’ai l’intime conviction qu’il est le mieux placé, non seulement pour faire gagner la gauche, mais aussi pour faire gagner la France. En 2007 et au delà.


Explication : puisque je n'ai pas le temps de tenir mon blog à jour depuis quelque temps, pourquoi ne pas copier/coller un article que je viens d'écrire dans Le temps des cerises, la feuille de chou de ma section ? Il fait suite à une bonne trentaine de e-mails enflammés balancés sur la liste de diffusion de cette même section. Les élections présidentielles, j'adore. L'odeur du sang, des combats politiques, c'est mon truc. Et Ségolène me fait peur !

LN me dit que je défends une cause perdue. Moi je dis que les seules causes perdues sont celles qu'on ne défend pas.

Et puis j'ai retourné cinq personnes dans la section en trois semaines (bon ok, cinq sur mille).

Anecdote : un de mes "camarades" (c'est comme ça qu'on dit) m'a récemment entrepris sur le mode la confidence.

- Ari, j'ai lu tes mails, entendu ton intervention en AG, c'est assez convaincant. Moi aussi, j'aime bien DSK mais je ne pourrais vraiment pas voter pour lui.
- Ah bon, pourquoi ?
- Parce que c'est un partouzeur, il saute sur tout ce qui bouge...
(Là, j'aurais du dire un truc comme "Et alors ?" mais un bon vieux relent d'éducation judéo-chrétienne m'a submergé...)
- (interloqué) Non ?
- Si, j'te jure !
- Et Anne Sinclair, pourquoi elle reste avec lui, alors ?
- Ben elle aussi, elle saute sur tout ce qui bouge !

Grandeur et agréments du militantisme...

mardi 3 octobre 2006

Staying Alive

Je suis vivant, en bonne santé, n'ai pas de coup de pompe bloguesque ou d'états d'âme qui m'affligent. Si vous saviez : j'ai même une espèce de billet dormant qui recense tous les sujets de billet que je pourrais écrire... si j'avais le temps.

Le boulot, la famille, la vie sociale, la campagne interne du PS (DSK, c'est mon choix) : les journées sont longues, les nuits plus courtes et mon désir d'avenir (pouah !) ressemble à s'y méprendre à une semaine de farniente sur une plage abandonnée.

A (très ?) bientôt.

mardi 26 septembre 2006

Et c'est le temps qui court...

Il y a quelques jours, j'étais sur le point de pondre un billet pour expliquer une équation bizarroïde qui venait de me botter l'arrière-train non sans une certaine prévenance et pénétrer mon cerveau en lui procurant une satisfaction intense : je découvrai alors avec délices que plus je faisais de choses, plus je trouvais le temps de faire d'autres choses.

imageTravailler, profiter de ma fille, de ma compagne, voir mes amis, lire, bloguer, participer à des cocktails littéraires avec des écrivains médiocres, mettre le feu sur la mailing-list de la section pour expliquer que DSK est quand même vachement mieux que Ségolène, partir en week-end : dans une espèce de miracle chaque jour renouvelé (enfin, chaque jour pendant... onze jours), j'arrivais à cumuler sans l'ombre d'une difficulté. Mieux, j'aimais ça et je trouvais que ma nouvelle vie avait bien des attraits. L'action appelait l'action, point n'était nécessaire de douter.

Je préparais un début d'essai sur le temps qui s'étire, sur ces 1440 minutes quotidiennes qui n'ont pas la même valeur selon qu'on les utilise à s'affairer ou à copieusement s'ennuyer. J'étais comme une balle, bondissante entre les différents recoins de ma vie, et...

Et... je me suis assez rapidement épuisé.

J'avais oublié que je suis né fainéant et que l'hyperactivité m'use en grosso modo onze jours. L'idée que chaque minute doit être utilisée à quelque chose de constructif nécessitant une appétence particulière et une énergie associée est proprement insoutenable. J'ai absolument besoin de ne rien foutre au moins une ou deux heures par jour : paresser devant un écran, lire Libé et L'Equipe, faire une sieste rapide, réfléchir dans mon bain, penser à panser quelques ecchymoses existentielles, faire un tas de trucs absolument inutiles et indispensables (à titre d'exemple, je me suis récemment mis à jouer au solitaire sur mon téléphone portable, c'est pas loin d'être le nirvana).

Et mon équation de se transformer : plus je fais des choses, plus j'ai envie de faire d'autres choses mais surtout de me reposer !

mardi 19 septembre 2006

Mon blog me fait la tronche...

... parce que j'ai oublié de lui souffler sa première bougie.

Inaccessible pendant deux jours (suite à un égarement technique dont je suis largement responsable), impénétrable, réfractaire à toute tentative de mise à jour, il s'est déridé ce matin lors même que je me repentais de cette négligence coupable.

Les commémorations et les anniversaires, c'est pas trop mon truc. Tout au plus admettrais-je mon étonnement d'avoir tenu un an. Il y a bien eu des moments d'hésitation, des pauses plus ou moins longues, des fléchissements et des remises en question, des vacances d'égotisme et d'intimité, mais grosso modo je tiens bon la barre.

Me relire me donne une mesure du temps qui passe, mais pas seulement. Le temps a passé certes, mais c'est son boulot, et il fait ça très bien. Avec une constance qui l'honore et nous flétrit irrémissiblement. Ma vie a changé aussi : le convalescent dépressif a retrouvé un début d'équilibre et son oisiveté chronique a cédé la place à une hyperactivité réjouissante à bien des égards, douloureuse à d'autres.

J'y reviendrai, et j'espère vous donner rendez-vous en septembre 2007.

vendredi 15 septembre 2006

"C'est un livre de poésie, c'est pour ça qu'il est très court..."

Ce billet n'est pas de la poésie, c'est pour ça qu'il est très long.


L'ennuyeux avec les narrations, c'est qu'on sait quand on commence mais jamais quand cela finit. Bon, il est 19h05, je suis encore au taf, et je me lance dans un rapport aussi circonstancié que possible de ma soirée d'hier.

Tout commence par une étourderie (une de plus) : avant de venir, j'ai mentalement noté la rue, mais pas le numéro exact. Heureusement, la rue Huyghens (dans le 14e, à Paris) est assez courte, et j'en suis quitte pour mater les plaques d'immeuble une à une avant de voir mon sens de l'observation récompensé au 22 de la rue en question.

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jeudi 14 septembre 2006

"C'est une nouvelle que j'ai écrite en une heure..."

Demain (non, pas là, j'ai pris une saucée dantesque, j'ai bu ; trop), je vous raconterai ma première invitation à une bloggers' party à la gloire d'un écrivain - enfin, un mec qui écrit des livres - édité par une grande maison.

Juste un mot avant de m'horizontaliser...

Points forts : Cuné, star (absente) de la soirée ; buffet sympa (quoiqu'assez peu copieux), vin rouge exquis ; deux ou trois blogueurs sympathiques qui gagneraient à être connu(e)s dans d'autres circonstances.

Points faibles : à peu près tout le reste.

Demain, donc.

mardi 12 septembre 2006

Chevilles enflées, mode d'emploi

J'ai reçu hier soir le mail suivant.

Bonjour,

Je m'appelle XXX, je travaille chez YYY, agence de marketing-alternatif.

Nous explorons de nouvelles formes de communication mettant le consommateur au centre de nos dispositifs. Dans ce cadre, les blogs sont pour nous une véritable alternative aux médias traditionnels.

Après plusieurs missions pour nos clients, nous avons décidé de développer notre démarche en créant le site BaBeBiBoBu sur lequel nous proposons aux blogueurs de s'inscrire pour avoir accès à des exclusivités (infos, soirées, test de produits) comme n'importe quel journaliste.

Nous travaillons actuellement sur la sortie du nouveau roman de ZZZ. Dans ce cadre, nous organisons une rencontre exclusive entre l'auteur et une sélection de blogueurs.

Cette rencontre aura lieu chez son éditeur, VVVVVV, jeudi 14 septembre à 20h30.

Vous repartirez avec le roman, 3 semaines avant sa sortie officielle (comme les journalistes).

Le contenu et la qualité de votre blog ayant retenu mon attention je voudrai savoir si vous étiez intéressé et disponible pour cette soirée.

Dans tous les cas, dites moi ce que vous pensez de notre démarche.

A bientôt

XXX

Dans tous les cas, je ne sais pas encore très bien ce que je pense de cette démarche. J'ai répondu que j'étais intéressé par l'invitation, autant par curiosité que par satisfaction narcissique d'avoir été "sélectionné". Et puis quoi, c'est quand même une consécration d'être "placé au centre d'un dispositif" (juste une question : est-ce que ça fait mal ?). L'auteur en question - dont j'ai lu un livre plaisant, mais finalement très oubliable - ne m'inspire ni sympathie ni antipathie particulière : une sorte de neutralité bienveillante. De là à lui faire la moindre publicité, j'ai un gros doute...

En résumé, j'irai me joindre aux happy few jeudi soir, j'espère que le buffet sera bon et je rendrai compte de ma soirée si cela me parait assez amusant à rapporter.

Pour finir, je trouve très discutable d'envisager les blogs comme une "véritable alternative aux médias traditionnels". Au mieux, je veux bien admettre qu'ils puissent être complémentaires des médias traditionnels (quoiqu'avec mes 350 pages vues quotidiennes, ce n'est pas moi qui vais concurrencer "Lire" ni booster le marché de l'édition en France !). Mais une alternative.... Soyons sérieux. Les blogueurs sont les directeurs de publication de leur blog, that's all folks. Parfois prescripteurs, j'en conviens (surtout quand leurs blogs sont spécialisés, ce qui n'est pas le cas du mien), mais une alternative crédible au boulot des journalistes, non. Cette manie de les mettre en concurrence (tout en laissant entendre que nous, blogueurs, jouirons du privilège insensé d'être traités comme eux, journalistes) est excessive, pour ne pas dire agaçante.

PS : XXX, si vous me lisez (et vous dites me lire), c'est Cuné qu'il faut inviter. C'est une lectrice d'envergure mondiale quand moi je me contente de déchiffrer, non sans difficultés, quelques feuillets quotidiens.

lundi 11 septembre 2006

Les avions crashent, les serveurs aussi

Du 11 septembre 2001, je n'ai finalement gardé qu'un souvenir vraiment précis. Et il est professionnel.

J'étais responsable des chaînes d'info et de divertissement de Yahoo! France, et à ce titre en charge de Yahoo! Actualités. Les crash successifs des avions ont entrainé une hausse stupéfiante de fréquentation (1 million d'utilisateurs au lieu des 150 000 habituels) et donc une montée en charge brutale des serveurs, rapidement engorgés. Vers 15h00, il était quasiment impossible d'accéder à notre dossier 11 septembre, monté à la va-vite. Pour une société comme Yahoo!, c'est là l'angoisse ultime, le revers suprême, la honte absolue : il faut livrer, les gars. Les internautes sont nos amis, et au delà même de la qualité du contenu que nous leur proposions, notre mission première était d'être immédiatement accessible à toute heure de la journée.

L'événement le plus important de tous les temps depuis la crucifixion de Jesus Christ était en train de se passer sous nos yeux, et moi j'étais là à maugréer, insensible à l'évenement, prêt à tout pour sauver mon orgueuil de professionnel aguerri. La honte. Après avoir fait passer des instructions sommaires ("on rebalance presque tous les serveurs Météo, Sport et Finance sur Actu ! Allez les gars, chaque seconde qui passe nous fait perdre des centaines d'utilisateurs !"), puis constaté une nette amélioration puis une résolution du problème, j'ai commencé à me poser, cinq minutes, puis une heure, puis plusieurs, les mirettes braquées sur LCI.

Et là, la première tour s'est effondrée.

Je suis rentré le soir à la maison. J'étais dans un état de décomposition avancée : perdu dans mon moi intérieur, entre abattement et incompréhension. LN était surexcitée : les images spectaculaires, ça l'a toujours stimulée. On était livides, hébétés, enragés mais sans rage : un côté burlesque inattendu et si étourdissant qu'il paralyse vos sens, inhibe votre entendement et vous laisse simplement KO devant une succession d'images.

Pendant une dizaine de jours, j'ai passé les trois-quarts de mon temps à bouffer de l'actualité (Libé, Le Monde, le Figaro, Internet, TF1, France 2, LCI, France Info, France Inter) : compulsivement, maladivement... jusqu'à l'écoeurement. Le reste du temps, tant bien que mal, je veillai à ce que Yahoo! assurât une couverte complète et digne de cette tragédie. Je garde quelques images plus confuses : la vision de cet expert sollicité par toutes les chaînes, et dont j'ai aujourd'hui oublié le nom ; Bush, sa tenue de cow-boy et son porte-voix ; le spam que j'ai reçu quelques jours plus tard, qui figurait des condamnés en train de sauter du centième étage plutôt que de crever asphyxiés. En bas des photos, des notes techniques et artistiques étaient attribuées pour rendre compte de la qualité de leur plongeon. J'avais trouvé ça puissamment, horriblement drôle.

Plein d'images assez floues donc, mais un seul souvenir entier, circonstancié, complet : les serveurs étaient sur le point de crasher !

vendredi 8 septembre 2006

Pas de fleurs pour Algernon

algernonJe vous parlais récemment d'un livre dont j'avais fait l'acquisition (Des fleurs pour Algernon), et qu'il me tardait de lire tant j'en avais entendu parler depuis des lustres. Il y a comme ça des livres dont on retarde, consciemment ou non, la lecture en se disant au choix : 1/ hum, je ne suis pas convaincu, j'attends d'être influencé par d'autres zélateurs transportés avant de me décider ; 2/ Rhaaa, je suis tellement convaincu que je ne peux décemment le lire maintenant. Que trouverai-je d'aussi beau à lire/faire (lire, c'est faire un peu) ensuite qui puisse rassasier ma soif d'émotions brutes et universelles ? Et puis repousser à plus tard une promesse de béatitude, c'est aussi une manière épatante de défier la mort.

Bon, je l'ai lu, et je suis au regret de vous faire part de l'appréciation suivante : de la première à la dernière ligne, c'est une purge effroyable.

L'idée de départ est pourtant franchement convaincante : Charlie Gordon est un débile léger (75 de QI) d'une trentaine d'années qui rêve de devenir "un télijent" (les vingt premières pages sont truffées de fautes d'orthographe de ce type au cas où on n'aurait pas compris que le monsieur avait un peu de mal). Coup de bol, deux scientifiques assoiffés de reconnaissance ont trouvé la solution miracle pour faire de notre Charlie un génie nobélisable. D'abord testée avec réussite sur une souris (Algernon), l'expérience est ensuite reconduite sur Charlie avec le même succès. En moins de soixante pages, l'idiot du village parle désormais une trentaine de langues couramment, révolutionne le corpus théorique de la sémiotique et de la linguistique, en remontre à tout un tas de savants hystériques pour finir par trouver lui-même l'équation géniale qui démontre que, trente pages plus tard, il va redevenir débile. Entre temps, Charlie se sera rendu compte que l'intelligence n'est pas tout, que les rapports humains, c'est aussi vachement important et que, de ce point de vue-là, il était plus épanoui quand il était imbécile.

La progression dramatique est inexistante, c'est épouvantablement écrit et au delà de quinze balais, c'est quasiment injouable de se lamenter sur le sort du héros. A la limite, je me suis fait beaucoup plus de soucis pour cette pauvre souris qui a connu, avant Charlie, la même déchéance tragique. Sans compter qu'Algernon finit par elle-même crever, et que nautre povre Charlie se dirije tou droua verre une maure sertaine si je compran la logik de loteur. Mazette, ce livre est triste, n'est-il pas ?

Non ce livre n'est pas triste. Il est juste très, très chiant. C'est de la science-fiction peu élaborée, poussive, écrite à la va-vite, manquant de souffle, et on se prend simplement à rêver de ce qu'un Philip K. Dick aurait édifié comme chef-d'oeuvre sur le socle de ce canevas.

Pourquoi tant de gens parfaitement respectables ont aimé ce bouquin ? Cela restera un mystère à jamais...

jeudi 7 septembre 2006

Govou, il a marqué !

Quand je pense qu'il suffisait que Sidney Govou soit titulaire à la place de Zidane pour qu'on remporte la finale de la Coupe du Monde...

Dur.

mardi 5 septembre 2006

Tout est jaune et réciproquement

Ma fille est à un âge (20 mois) où elle apprend et déclame de nouveaux mots tous les jours. Avec une prédilection pour les animaux, la mangeaille et tout ce qui se rapporte de près ou de loin à une activité ludique. Ses progrès sont assez stupéfiants et l'occasion, pour nous, d'interrogations régulières sur les modalités d'apprentissage du langage.

Ainsi, quand elle dit "Donne" au lieu de dire "Tiens" au moment de me tendre un objet, je ne peux m'empêcher de penser qu'elle est hyper logique. Elle est dans l'acte de donner et non de tenir, voilà tout. Pour les chiffres, elle arrive à faire la différence entre un et "plus que un", mais c'est tout. Quand il y a cinq vaches, sept cochons, onze pommes ou vingt-cinq tulipes, elle n'en voit que deux. Enfin, elle dit qu'il n'y en a que deux. Là encore, je trouve cela passionnant : il y a l'unicité d'un côté et la multiplicité de l'autre. Et la multiplicité, c'est deux !

Mais ce qui ne lasse pas de m'amuser, c'est la manière dont elle appréhende les couleurs. Il y a quelques jours, elle m'a dit que le soleil était jaune (plus exactement, "zone"). Dans la seconde, j'ai appelé ma chérie, ma mère, ma soeur, le voisin de palier et la maréchaussée pour les prévenir que ma fille était un génie. Les minutes qui ont suivi ont conforté le relativiste endurci que je suis : du ciel à la lune en passant par le canapé (noir) et les roses (roses), tout est invariablement jaune pour Romane. Je lui ai montré le ciel : je lui ai dit qu'il était bleu. Puis répété qu'il était vachement bleu, pas jaune pour un rond. Promis, juré, craché. Et Romane de confirmer dans un sourire :

- Alors, il est de quelque couleur le ciel, pipounette ?
- Bleu !
- Bien, chérie. Et le soleil ?
- Bleu !

(Et là, j'ai repensé, mort de rire, au sketch que j'aimais tant, adolescent, des Inconnus : "vous m'avez dit de dire Hardy ! Vous m'avez dit de dire H-A-R-D-Y !!!")

Ah ah, j'avais compris. Ma gamine a juste entraperçu le concept de couleur quand moi je voulais croire qu'elle savait les distinguer. Ca m'a bien fait marrer et je n'ai pas voulu la contrarier.

Après tout, la terre est bleue comme une orange si l'on en croit le poète.