samedi 23 décembre 2006
I love this guy
Par Ari, samedi 23 décembre 2006 à 19:06 | Mes souvenirs
Taratata - Bertignac - Ces idées-là
Vidéo envoyée par Greuuuh
samedi 23 décembre 2006
Par Ari, samedi 23 décembre 2006 à 19:06 | Mes souvenirs
lundi 11 septembre 2006
Par Ari, lundi 11 septembre 2006 à 12:42 | Mes souvenirs
Du 11 septembre 2001, je n'ai finalement gardé qu'un souvenir vraiment précis. Et il est professionnel.
J'étais responsable des chaînes d'info et de divertissement de Yahoo! France, et à ce titre en charge de Yahoo! Actualités. Les crash successifs des avions ont entrainé une hausse stupéfiante de fréquentation (1 million d'utilisateurs au lieu des 150 000 habituels) et donc une montée en charge brutale des serveurs, rapidement engorgés. Vers 15h00, il était quasiment impossible d'accéder à notre dossier 11 septembre, monté à la va-vite. Pour une société comme Yahoo!, c'est là l'angoisse ultime, le revers suprême, la honte absolue : il faut livrer, les gars. Les internautes sont nos amis, et au delà même de la qualité du contenu que nous leur proposions, notre mission première était d'être immédiatement accessible à toute heure de la journée.
L'événement le plus important de tous les temps depuis la crucifixion de Jesus Christ était en train de se passer sous nos yeux, et moi j'étais là à maugréer, insensible à l'évenement, prêt à tout pour sauver mon orgueuil de professionnel aguerri. La honte. Après avoir fait passer des instructions sommaires ("on rebalance presque tous les serveurs Météo, Sport et Finance sur Actu ! Allez les gars, chaque seconde qui passe nous fait perdre des centaines d'utilisateurs !"), puis constaté une nette amélioration puis une résolution du problème, j'ai commencé à me poser, cinq minutes, puis une heure, puis plusieurs, les mirettes braquées sur LCI.
Et là, la première tour s'est effondrée.
Je suis rentré le soir à la maison. J'étais dans un état de décomposition avancée : perdu dans mon moi intérieur, entre abattement et incompréhension. LN était surexcitée : les images spectaculaires, ça l'a toujours stimulée. On était livides, hébétés, enragés mais sans rage : un côté burlesque inattendu et si étourdissant qu'il paralyse vos sens, inhibe votre entendement et vous laisse simplement KO devant une succession d'images.
Pendant une dizaine de jours, j'ai passé les trois-quarts de mon temps à bouffer de l'actualité (Libé, Le Monde, le Figaro, Internet, TF1, France 2, LCI, France Info, France Inter) : compulsivement, maladivement... jusqu'à l'écoeurement. Le reste du temps, tant bien que mal, je veillai à ce que Yahoo! assurât une couverte complète et digne de cette tragédie. Je garde quelques images plus confuses : la vision de cet expert sollicité par toutes les chaînes, et dont j'ai aujourd'hui oublié le nom ; Bush, sa tenue de cow-boy et son porte-voix ; le spam que j'ai reçu quelques jours plus tard, qui figurait des condamnés en train de sauter du centième étage plutôt que de crever asphyxiés. En bas des photos, des notes techniques et artistiques étaient attribuées pour rendre compte de la qualité de leur plongeon. J'avais trouvé ça puissamment, horriblement drôle.
Plein d'images assez floues donc, mais un seul souvenir entier, circonstancié, complet : les serveurs étaient sur le point de crasher !
vendredi 1 septembre 2006
Par Ari, vendredi 1 septembre 2006 à 11:48 | Mes souvenirs
J'ai passé toute la semaine dernière en Israël, à Tel Aviv, avec les deux femmes de ma vie. Nous avions planifié ce voyage de longue date, l'avions ensuite annulé à cause de la guerre pour finir par réactiver ce projet d'expédition en terre trois fois sainte quelques heures après le cessez-le-feu.
Israël et moi, c'est une longue histoire, et j'ai un rapport assez schizophrène avec ce pays. De gauche en France, je suis naturellement porté vers des positions plus extrêmes sur l'échiquier israélien (sans dérouler un argumentaire ennuyeux, je tiens pour acquis qu'il y a de la place pour deux peuples, deux nations, deux pays dans ces quelques 21 000 kilomètres carrés). Je suis très critique vis-à-vis de la politique israélienne, pour autant j'ai beaucoup de mal à supporter certaines attaques proférées contre ce qui est sans nul doute mon deuxième pays. Défendez Israël, et je suis le premier à le critiquer. Attaquez-le, et je me retrouve souvent en première ligne pour le défendre.
Israël, c'est aussi toute mon enfance, tous ces mois de juillet passés chez mes grands-parents (qui y coulent des jours plus ou moins paisibles depuis bientôt trente ans) pour lesquels j'éprouve un amour sans limites. Presqu'un an après ce billet qui leur était consacré, la situation n'a pas évolué d'un pouce : mon grand-père est toujours dépressif, joyeux, aimant et structurellement inquiet ("Ari, tu m'appelles dès que tu rentres à l'hotel, hein ?", "Ari, tu as préparé les sous pour le taxi ? Tu sais, c'est toujours compliqué de sortir son portefeuille une fois qu'on est arrivé...", "Ari, Hélène est vraiment formidable. Mamie et moi, on l'aime, tu ne peux même pas t'imaginer..."), ma grand-mère est toujours hyperactive, définitivement sourde et irréductiblement portée sur l'alimentation (parfois ad nauseam) de ses petits et arrières-petits enfants : "Vous êtes trop maigres, il faut manger !". Et une abondance de spécialités polonaises et israéliennes de défiler sur la table dans un balai incessant d'aller-retours entre la cuisine et la salle à manger. La transmission de l'amour par la bouffe, c'est quelque chose qui n'aura jamais fini de m'étonner.
J'adore ce pays que j'ai visité dans ses recoins les plus intimes quand j'étais plus jeune. J'adore aussi (et surtout) la plage de Tel Aviv. Ah, la plage de Tel Aviv ! C'est un océan de douceur, de sable chaud et fin, de dénivellé délicat et... de saleté crasse (putain ce que les Israéliens sont inciviques et se foutent avec ardeur de ce joyau national !). Qu'importe, c'est la plage où ma grand-mère m'a appris à nager, c'est cette promenade de 5 kilomètres que je faisais tous les jours, aller et retour, quand j'avais dix balais. Ce sont ces parties interminables de matkot (raquettes israéliennes) que j'infligeais à mon grand-père, qui se contentait de mouvoir ses mains pour renvoyer la balle sans jamais consentir à bouger les pieds. Il fallait être précis, vraiment précis. Sinon la balle atterrissait inéluctablement à gauche, à droite ou aux pieds de mon grand-père, et j'en étais quitte pour aller la ramasser.
A chaque fois que je vais à la plage, en France ou ailleurs à l'étranger, mon premier réflexe est de la comparer à celle de Tel Aviv, et de trancher sans la moindre ambiguité en faveur de cette dernière. Même les plages de Samui, belles entre toutes, ne lui arrivent pas à la cheville ; cette cheville-là, qui n'est rien d'autre que mon enfance et ces flots d'amours prodigués par mes grands-parents, et que je considérais comme une chose tout à fait naturelle.
Quelques dizaines de kilomètres plus haut ou plus bas, des centaines de milliers de gens souffrent. Que la honte m'emporte, je n'en éprouve pas moins toujours autant de bonheur à fouler les cent cinquante mètres qui conduisent de la promenade à la plage proprement dite, et à me baigner dans les eaux crades et trop salées de ce côté-là de la Méditerranée.
PS : quand j'étais malade, en chambre stérile, il m'apparaissait inconcevable de mourir sans avoir revu la plage de Tel Aviv.
jeudi 11 mai 2006
Par Ari, jeudi 11 mai 2006 à 10:50 | Mes souvenirs
Je continue de remonter dans les souvenirs, et place le curseur vingt cinq ans plus tôt dans le droit fil de mon dernier billet.
C'était le 11 mai 1981, donc. Mes parents avaient éveillé leur conscience politique avec un de Gaulle finissant (que j'apprendrai plus tard à aimer à la lecture de ses sublimissimes mémoires de guerre), commencé à militer au moment où Pompidou agonisait (aucun rapport entre les deux contingences) et imploré les Dieux de l'alternance démocratique pendant les sept longues années de règne cadenassé de Valery Premier. Ils allaient à toutes les AG de section, collaient des affiches au moins deux fois par semaine, et m'entrainaient quelquefois dans leurs chevauchées nocturnes. J'en garde un souvenir assez ébloui que le temps et la nostalgie ont probablement contribué à magnifier : la colle, c'était cradingue, les affiches étaient moches mais ils y croyaient encore comme des dingues, et leur enthousiasme était contagieux.
Quand Elkabbach a annoncé, avec cette affliction du gars qui sait que ses jours sont comptés, que Mitterrand avait gagné, mes parents étaient en train de dépouiller. Je trouvais ça étrange qu'on puisse claironner un résultat en toute certitude alors que mes parents comptabilisaient consciencieusement les votes attribués à l'un et à l'autre des candidats. Dans mon cerveau de gamin, il y avait là une contradiction éclatante qui, pour tout dire, ne m'a jamais complètement quitté.
Qu'importe. Quelques heures plus tard, nous affrontions les éléments déchainés (quel orage, ce soir-là !) en compagnie de centaines de milliers d'automobilistes et de passants exaltés. Une ferveur populaire, mes aieux. Je crois bien que cela a été, et de loin, notre meilleur souvenir des deux septennats. L'euphorie aidant, mes parents m'ont autorisé à faire des tas de trucs qui m'étaient habituellement interdit : hurler dans la rue avec des inconnus, monter sur le capot de la bagnole qui roulait au pas, manger un sandwich au merguez avec plein de moutarde à minuit passé. Putain, c'était chouette.
J'étais en CM2, et le lendemain, j'avais école. Mes parents qui ne mégotaient jamais sur mon temps de sommeil m'ont laissé faire une grasse matinée, et je ne suis allé en cours que l'après-midi, avec mon paletot, ma bonne mine et un mot de ma maman. Quand la maitresse (Mme Depont, une institutrice à l'ancienne, sévère et juste) a lu le mot, je l'ai senti légèrement blémir, puis finalement partir d'un franc éclat de rire. Elle m'a dit de féliciter mes parents pour leur franchise, puis de m'asseoir à la place qui m'était habituellement réservée.
J'ai attendu que l'après-midi se passe avec une folle impatience. Je voulais vraiment savoir ce qu'il y avait écrit sur ce mot qui avait transformé le visage de ma maitresse à deux reprises. D'habitude, à 16h30, je courrais comme un dératé pour ne pas rater le début des "Quatre fantastiques" à la téloche. Mais ce jour-là, je voulais juste savoir.
- Maman, t'avais écrit quoi dans le mot d'excuse ?
- ...
- Ouais, dis maman, t'avais écrit quoi ?
- Ah, le mot d'excuse pour ton absence de ce matin. Rien de spécial. J'ai juste dit que tu avais célébré la victoire historique avec tes parents, et que tu étais rentré beaucoup trop tard pour aller à l'école, ce matin.
- Mais t'aurais pu dire que j'étais un peu malade, non ?
Je ne me souviens plus de la suite du dialogue. Mais l'anecdote m'a marqué. J'étais un gamin plutôt anxieux, un élève studieux, soucieux de ne pas faire de vagues. Je n'avais jamais été absent pour une autre raison qu'une angine ou une rage de dents. Et ce jour-là, bien au delà de la victoire de Mitterrand, mes parents m'ont appris que la vérité pouvait être joyeuse, qu'il ne fallait pas en avoir peur. Qu'il vallait mieux assumer ce que l'on était et ce que l'on avait fait plutôt que de mentir aux autres et à soi-même.
Convaincu, j'ai fini par trouver ça classieux. Et, encore aujourd'hui, je trouve que ce mot avait de la gueule.