Egoblog

vendredi 8 septembre 2006

Pas de fleurs pour Algernon

algernonJe vous parlais récemment d'un livre dont j'avais fait l'acquisition (Des fleurs pour Algernon), et qu'il me tardait de lire tant j'en avais entendu parler depuis des lustres. Il y a comme ça des livres dont on retarde, consciemment ou non, la lecture en se disant au choix : 1/ hum, je ne suis pas convaincu, j'attends d'être influencé par d'autres zélateurs transportés avant de me décider ; 2/ Rhaaa, je suis tellement convaincu que je ne peux décemment le lire maintenant. Que trouverai-je d'aussi beau à lire/faire (lire, c'est faire un peu) ensuite qui puisse rassasier ma soif d'émotions brutes et universelles ? Et puis repousser à plus tard une promesse de béatitude, c'est aussi une manière épatante de défier la mort.

Bon, je l'ai lu, et je suis au regret de vous faire part de l'appréciation suivante : de la première à la dernière ligne, c'est une purge effroyable.

L'idée de départ est pourtant franchement convaincante : Charlie Gordon est un débile léger (75 de QI) d'une trentaine d'années qui rêve de devenir "un télijent" (les vingt premières pages sont truffées de fautes d'orthographe de ce type au cas où on n'aurait pas compris que le monsieur avait un peu de mal). Coup de bol, deux scientifiques assoiffés de reconnaissance ont trouvé la solution miracle pour faire de notre Charlie un génie nobélisable. D'abord testée avec réussite sur une souris (Algernon), l'expérience est ensuite reconduite sur Charlie avec le même succès. En moins de soixante pages, l'idiot du village parle désormais une trentaine de langues couramment, révolutionne le corpus théorique de la sémiotique et de la linguistique, en remontre à tout un tas de savants hystériques pour finir par trouver lui-même l'équation géniale qui démontre que, trente pages plus tard, il va redevenir débile. Entre temps, Charlie se sera rendu compte que l'intelligence n'est pas tout, que les rapports humains, c'est aussi vachement important et que, de ce point de vue-là, il était plus épanoui quand il était imbécile.

La progression dramatique est inexistante, c'est épouvantablement écrit et au delà de quinze balais, c'est quasiment injouable de se lamenter sur le sort du héros. A la limite, je me suis fait beaucoup plus de soucis pour cette pauvre souris qui a connu, avant Charlie, la même déchéance tragique. Sans compter qu'Algernon finit par elle-même crever, et que nautre povre Charlie se dirije tou droua verre une maure sertaine si je compran la logik de loteur. Mazette, ce livre est triste, n'est-il pas ?

Non ce livre n'est pas triste. Il est juste très, très chiant. C'est de la science-fiction peu élaborée, poussive, écrite à la va-vite, manquant de souffle, et on se prend simplement à rêver de ce qu'un Philip K. Dick aurait édifié comme chef-d'oeuvre sur le socle de ce canevas.

Pourquoi tant de gens parfaitement respectables ont aimé ce bouquin ? Cela restera un mystère à jamais...

mardi 29 août 2006

Pourquoi elle blogue

L'auteur des hélices en carton est une petite soeur qui serait virtuelle si je ne l'avais pas rencontrée une fois. On s'est beaucoup écrit, pas mal parlé, avons partagé des choses suffisament rares pour qu'une intimité forte et essentielle s'installe. Depuis quelques mois, notre fraternité est assez mutique, mais je la lis très régulièrement comme je suis convaincu qu'elle me lit souvent.

Son dernier billet est magistral, je me permets d'en citer trois paragraphes.

Visiblement avec un peu plus de 89 laborieux posts, ce n’est pas non plus une cour que je recherche c’est plutôt des rencontres sans contrainte et puis surtout de la lecture en mouvement. Un plaisir facile qui me pousse à me connecter dès que j’ai un iota de temps, l’esprit libre et lorsque la température ne m’attire pas à l’extérieur. Peut-être que dans formidable excès narcissique je rassemblerai tout ça pour l'imprimer et en faire une super cocotte en papier.

Une question cependant : Est-ce que l’écriture d’un blog développerait à long terme un rapport incestueux avec sa petite personne, moi et moi pour le meilleur et pour le pire se lustrant le poil dans le bon sens, ou dans le mauvais selon le menu masochiste du jour, ou bien encore entretiendrait une schizophrénie lénifiante, un moyen de se décalquer la tête à peu de frais et sans ordonnance, flirtant ainsi toujours sur le fil de la réalité ? Peut-être. Alors une horde de bloggers rempliront les cabinets de psy.

Je demande un truc tout simple en fait. Me rafraîchir la tête avec de l’air et des mots qui ne sont plus vraiment à moi puisqu’ils ne restent pas dans mon calepin. Le premier ou la première qui me propose un ventilateur ou un climatiseur, je m’invite chez lui ou elle, avec mon chat et mon homme.

Pour lire l'intégralité du billet...

PS : Stef, j'ai un ventilateur à la maison, mais si cette dernière fait crédit du rafraichissement, elle n'accepte pas les chats. Enfin, pas encore.

lundi 3 avril 2006

Une vie française

Lu le dernier opus de Jean-Paul Dubois, et j'ai du mal à me faire un avis tranché.

DuboisCa se lit avec plaisir, c'est vif et léger, c'est probablement cent fois mieux que ce que je rêverais d'écrire, mais... Il y a plein de mais. Outre que JPD a une facheuse tendance à s'écouter écrire (on notera l'utilisation quasi systématique, à tout le moins très régulière, de "mots qui n'existent pas". Cette tendance empoisonnante des romanciers de ce début de millénaire - Nothomb avait lancé le mouvement - à mettre en évidence l'étendue de leur vocabulaire en employant des mots inconnus de tous, et probablement d'eux-mêmes avant une recherche besogneuse dans le dictionnaire des synonymes), il a la prétention d'inscrire la biographie de son héros dans l'histoire française d'après-guerre. Autant vous dire que le procédé est souvent lourdingue et insignifiant et que les allers-retours entre la vie de Paul Blick (son héros donc, un autre lui-même) et les soubresauts de la politique française manquent singulièrement et de sens et de fluidité. On reste sur le sentiment que JPD n'avait pas assez confiance en son histoire pour la laisser s'épanouir en solo indépendamment de toute considération historique.

A certains moment, c'est donc un peu du sous Forrest Gump dans le texte. Et pourtant... Il y a là des situations fort drôles (Ah la femme du narrateur gauchiste, amoureuse d'Adam Smith), d'autres criants de vérité et de sensibilité sur les vicissitudes d'une vie qui passe sans voir le temps passer. Il y a aussi cette sincérité dans le regard, cet amour sympathique du bordel pour le bordel, ces coucheries d'adultes mal terminés (les adultes, pas les coucheries). C'est mélancolique, ça sent la bonne lose et l'ego passablement contrarié.

Et puis, il y a ces dernières lignes, éclatantes de justesse et de simplicité, qui vous réconcilient avec le roman et son auteur pour peu que vous vous apprêtiez à refermer le livre un peu fachés.

La vie n'est rien d'autre que ce filament illusoire qui nous relie aux autres et nous donne à croire que, le temps d'une existence que nous pensons essentielle, nous sommes simplement quelque chose plutôt que rien.

Cela aurait pu s'appeler "Une vie", et cela aurait été très bien.

mardi 28 février 2006

L'enfant au grand rêve

Une fois n'est pas coutume, je fais l'apologie d'un texte qui n'est pas le mien.
J'ai craqué pour cette historiette vraie, courte et émouvante. Très américaine dans le ton (PO-SI-TI-VONS !), mais pas sirupeuse pour un rond.

Outre qu'elle me touche, elle m'interroge sur mes propres rêves.
Que sont-ils devenus ?

jeudi 9 février 2006

A l'école cioranique

J'ai lu à la fin de l'année dernière un livre d'entretiens consacré à Cioran.

CioranPas forcément le type de lectures indispensables quand on est au creux de la vague, mais une révélation tout de même. Cioran, sur la fin de sa vie, interviewé par des journalistes, des écrivains, des potes. Cioran, fidèle à lui-même, mais qui sort un peu de sa coquille jusque là limitée à une succession d'aphorismes dégoulinant d'optimisme et de joie de vivre. "Précis de décomposition", "De l'inconvénient d'être né", "Syllogismes de l'amertume", y a pas à dire, le père Cioran savait y faire niveau titres.

L'avantage de l'entretien, c'est que cela donne une nouvelle vigueur à la pensée de ce génie longtemps méprisé. Ca se lit avec une certaine euphorie (le type d'euphorie qui vous saisit quand vous avez la sensation d'aborder des choses essentielles) mâtinée de fébrilité. Cioran revient sur ses convictions les plus profondes : la vie n'a aucun sens, elle a juste un cours. Et puisque rien n'a de sens, la notion même d'objectif (et son corollaire, l'envie) est ontologiquement corrompue. L'univers est frappé de nullité, et rien ne serait susceptible de mériter notre attention. Du coup, Cioran s'est beaucoup et longtemps ennuyé. Sa description de l'ennui donne certaines de plus belles lignes de ce livre. "L'ennui est un vertige tranquille, monotone ; c'est la révélation de l'insignifiance universelle, la certitude, portée jusqu'à la stupeur, que rien n'existe au monde qui puisse nous convenir ou nous satisfaire (Note : je me demande si Cioran avait une vie sexuelle). A cause de cette expérience, je n'ai rien pu faire de sérieux dans ma vie. Pour dire la vérité, j'ai vécu intensément, mais sans pouvoir m'intégrer à l'existence. Ma marginalité n'est pas accidentelle, mais essentielle. L'expérience que je viens de décrire n'est pas nécessairement déprimante, car elle est parfois suivie d'une exaltation qui transforme le vide en incendie, en un enfer désirable..."

Les failles existent, et Cioran, le premier, les reconnait. Ne croire en rien, ce n'est simplement pas possible. Dès lors que l'on fait le choix de vivre, c'est qu'on y croit au moins un peu. Même un tout petit peu. C'est d'ailleurs le seul choix essentiel qui rend la vie acceptable : l'idée que le suicide existe permet de supporter la vie et de se sentir libre. On est là au coeur du paradoxe principal de Cioran : sa passion pour l'existence rachète son dégout de la vie. J'adore.

L'autre faille concerne l'action, ou plutôt l'absence d'action. Ne rien faire est une forme d'aboutissement, une conclusion qui semble logique quand on ne croit en rien. Ou, a contrario, quand on a trop cru, et qu'un idéalisme un peu fragile (et puéril ?) est venu se fracasser sur l'écueil de la complexité du monde et des relations interpersonnelles en milieu souvent hostile. Sauf que... A un moment, on est aussi ce que l'on fait.

Je me trouve assez doué pour "être". Je comprends les gens, je me sens en empathie avec eux, et j'ai souvent les bons réflexes et les mots qui vont avec. "Faire", je sais faire, mais cela m'ennuie souvent. Quand je me plonge dans une entreprise, quelle qu'elle soit, j'ai indispensablement besoin du regard de l'autre pour aller jusqu'au bout de ma tâche. Faire pour faire n'entre pas dans mon champ de compétences ni d'envies. Quand je fais, c'est soit parce qu'il faut bien manger et dormir (des avantages d'avoir un estomac exigent et un sommeil léger), soit parce qu'il est tout simplement hors de question que je déçoive mon chef/commanditaire/mentor/celui ou celle qui attend de moi des résultats.

Quand on fait remarquer à Cioran qu'il a beaucoup écrit, et que, de ce point de vue, son éloge de l'inactivité est contestée par sa propre production, il rétorque qu'il n'a fait qu'apaiser un bouillonnement intérieur épuisant en écrivant ad nauseam combien il haissait la vie. Au final, Cioran n'accorde d'intérêt qu'aux seules et rares rencontres exceptionnelles qu'il a faites au long de sa vie. Et dit sans jamais vraiment le dire que seul l'amour (et la rencontre de deux intimités) peut tout.

Ce livre est un chef-d'oeuvre.


PS : dans un registre radicalement différent, le livre d'entretiens de Primo Levi est également merveilleux.

mardi 29 novembre 2005

Deux aphorismes

Un spermatozoïde et un ovule qui se rencontrent, c'est un miracle qui finit devant la télé.

Moby

Vous avez placé le paradis au ciel alors que nous, communistes, le voulions sur terre. Vous avez été plus prudents et plus sages que nous.

Charles Fiterman (à un père dominicain)

jeudi 24 novembre 2005

Un jeu, le mien, qui ne tournera pas

J'ai remarqué chez les blogueurs une propension certaine à jouer et à faire tourner. On prend un sujet plus ou moins drôle, plus ou moins pertinent, on donne ses réponses plus ou moins intelligentes, plus ou moins amusantes, et parce qu'on est une chouette communauté avide de partager son désoeuvrement, on fait passer aux voisins (deux ou trois, en général) qui à leur tour feront passer. Les voisins font semblant d'être incommodés, mais en général, ils sont très satisfaits, rapport à ce que 1/ ça fait toujours du bien à l'ego d'être intégré 2/ ça permet d'écrire un billet sur son blog sans trop se fouler.

J'ai vu défiler quelques défis rigolos ici et là : donner vingt révélations sur soi, décrire en détails (photo comprise) le contenu de son réfrigérateur, raconter par le menu le quotidien d'un réveil, retrouver la cinquième phrase de la vingt-troisième note de son blog. Comme je ne suis pas hype pour un rond, que je ne fais partie d'aucune bande et que mes rares amis se gardent bien de participer à ce genre de jeux ou, quand ils y participent, de me choisir comme relais de leurs péroraisons ludiques, j'ai décidé de créer mon propre divertissement bloguien. Histoire de ne pas finir aigri avant l'âge, cerné par la solitude et le vide existentiel.

Donc mon jeu à moi, rien qu'à moi qui jamais ne tournera est... Attention, roulements de tambour... Le voilà bien chaud, servi pour vous, certifié sans matière grise ajoutée : "Citez les dix livres les plus oubliables de votre bibliothèque".

Et ma modeste altitude de répondre sans vaciller :

1/ Médaille d'or : La brute (Guy Descars)
2/ Médaille d'argent : Fanfan (Alexandre Jardin)
3/ Médaille de bronze : Le zubial (Alexandre Jardin again)
4/ Harry Potter à l'école des sorciers (J.K. Rowling)
5/ Que sais-je ? Le Marketing (Ed. PUF)
6/ Bille en tête (Alexandre Jardin again deux)
7/ Le théâtre des opérations (Maurice G. Dantec)
8/ Métaphysique des tubes (Amélie Nothomb)
9/ Qui a piqué mon fromage ? (Spencer Johnson)
10/ J'élève mon enfant (Laurence Pernoud)

Comme promis, je ne passe pas à Bogomil, Stef et Traou.

mardi 25 octobre 2005

Il est fort, Terry

J'ai enfin compris que, pour remonter, il fallait d'abord toucher le fond. Aussi ai-je développé, au fil des ans, une certaine aptitude à couler le plus vite possible.

Terry Gilliam

vendredi 14 octobre 2005

Bruce lit, et Ari aussi

livre J'ai fini L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau. Il a fallu que je lise les vingt premières pages pour me rendre compte que je l'avais vu au théâtre, il y a quelques années. Le livre est infiniment plus intéressant que la pièce. Normal, la pièce était très... théâtrale et occultait toute la dimension médicale et progressiste du propos.

Je ne sais pas si j'ai beaucoup aimé, je le saurai un peu plus tard. Je n'arrive pas à me défaire de l'idée que j'ai satisfait un plaisir pervers et voyeuriste à la découverte de ces idiots savants et de ces pathologies neurologiques extraordinaires. Oliver Sacks est un gars assez étonnant. Je le sens intelligent et humaniste mais tellement conscient de son intelligence et de son humanisme que cela en devient suspect. Il un a petit côté Gérard Miller, en moins aigri tout de même.

Je crois que je l'aime bien.