Egoblog

lundi 15 janvier 2007

Les bons mots de Romane

Du haut de ses 2 ans, Romane parle de mieux en mieux. Ses progrès sont sidérants, et je ne dis pas ça parce que c'est ma fille. Non, c'est (même) écrit dans les bouquins sur les bébés à l'attention des parents inquiets : entre 21 et 24 mois, un enfant intègre (et parfois même recrache) plusieurs nouveaux mots chaque jour.

Ma fille connait une flopée d'animaux (même les cacatoes), un nombre impressionnant de fleurs, distingue toutes les couleurs, sait compter jusqu'à onze. Et sort d'improbables réparties qui nous font rire et nous émeuvent à chaque fois.

La dernière en date : Romane refuse de bouffer sur sa chaise haute depuis quelques semaines. N'ayant pas pris le temps ni le soin d'acheter un rehausseur, nous lui faisons donc poser ses fesses sur un bon gros dictionnaire français-anglais, lui-même affalé sur nos chaises standarts. Hier soir, LN a cherché un mot dans le dico, et Romane interloquée, nous a regardé et a lancé sans la ramener (avec cet air de pas trop s'impliquer, mais de dire quand même les choses avec la bonne distance, la délicieuse ironie) : "un dictionnaire, c'est pour s'asseoir..."

Genre : "Maman, t'es branque, t'as vraiment rien compris".

Hélène de répondre sans démonter : "J'apprécie tes explications, chérie. Merci."

Et la gamine de conclure : "Oui, c'est gentil".

mardi 5 septembre 2006

Tout est jaune et réciproquement

Ma fille est à un âge (20 mois) où elle apprend et déclame de nouveaux mots tous les jours. Avec une prédilection pour les animaux, la mangeaille et tout ce qui se rapporte de près ou de loin à une activité ludique. Ses progrès sont assez stupéfiants et l'occasion, pour nous, d'interrogations régulières sur les modalités d'apprentissage du langage.

Ainsi, quand elle dit "Donne" au lieu de dire "Tiens" au moment de me tendre un objet, je ne peux m'empêcher de penser qu'elle est hyper logique. Elle est dans l'acte de donner et non de tenir, voilà tout. Pour les chiffres, elle arrive à faire la différence entre un et "plus que un", mais c'est tout. Quand il y a cinq vaches, sept cochons, onze pommes ou vingt-cinq tulipes, elle n'en voit que deux. Enfin, elle dit qu'il n'y en a que deux. Là encore, je trouve cela passionnant : il y a l'unicité d'un côté et la multiplicité de l'autre. Et la multiplicité, c'est deux !

Mais ce qui ne lasse pas de m'amuser, c'est la manière dont elle appréhende les couleurs. Il y a quelques jours, elle m'a dit que le soleil était jaune (plus exactement, "zone"). Dans la seconde, j'ai appelé ma chérie, ma mère, ma soeur, le voisin de palier et la maréchaussée pour les prévenir que ma fille était un génie. Les minutes qui ont suivi ont conforté le relativiste endurci que je suis : du ciel à la lune en passant par le canapé (noir) et les roses (roses), tout est invariablement jaune pour Romane. Je lui ai montré le ciel : je lui ai dit qu'il était bleu. Puis répété qu'il était vachement bleu, pas jaune pour un rond. Promis, juré, craché. Et Romane de confirmer dans un sourire :

- Alors, il est de quelque couleur le ciel, pipounette ?
- Bleu !
- Bien, chérie. Et le soleil ?
- Bleu !

(Et là, j'ai repensé, mort de rire, au sketch que j'aimais tant, adolescent, des Inconnus : "vous m'avez dit de dire Hardy ! Vous m'avez dit de dire H-A-R-D-Y !!!")

Ah ah, j'avais compris. Ma gamine a juste entraperçu le concept de couleur quand moi je voulais croire qu'elle savait les distinguer. Ca m'a bien fait marrer et je n'ai pas voulu la contrarier.

Après tout, la terre est bleue comme une orange si l'on en croit le poète.

jeudi 31 août 2006

Trop belle

Romane


Il y a, il me semble, deux façons de juger de la beauté de son enfant.

La méthode habituelle, épidermique et, j'ai envie de dire, normale : ma fille est belle parce que c'est ma fille. Point. Je lui dis qu'elle est belle parce que c'est ainsi que je la vois, elle aura tout le temps de se trouver laide et d'apprendre à gérer ses complexes.

La méthode objective, ultra-rationnelle : distance entre les yeux, régularité et finesse des traits, taille des appendices... etc. C'est assez injouable quand c'est votre gamine, et ça n'a finalement que peu d'intérêt. En même temps, je me souviens combien j'angoissais à l'idée d'avoir un marmot hideux, objectivement disgracieux, d'une laideur qui se voit au premier coup d'oeil et vous vaut la commisération répugnante de vos contemporains. Beurk. J'angoissais d'autant plus que j'ai toujours été très complexé : pas grand, malingre, longues jambes, petit buste, plutôt mal gaulé (mais j'ai une quequette énorme !). Mais bon, mes parents ayant été fort jolis dans leur jeunesse, et ma soeur franchement mignonne, je me réconfortais en me persuadant que le patrimoine génétique de ma gamine à venir n'était pas irrémédiablement entamé. Un vilain petit canard par famille, c'était bien le quota maximal !

En vertu de quoi, je suis bien entendu dingue de ma fille. Je suis, mais cela ne vous étonnera pas, très adepte de la première méthode (un peu trop, même. A trop lui dire qu'elle est belle, je vais finir par lui rendre un mauvais service). Mais je me surprends régulièrement à penser que même la méthode dite objective peut aller se rhabiller devant la bouille sublimissime de ma gamine.

Je sens bien ce qu'il y a de narcissique dans ces considérations. Mais j'avoue sans ambages que je m'en fous un peu.

mercredi 30 août 2006

Romane


Je viens d'apprendre à insérer une vidéo dans un blog.

C'est d'une facilité déconcertante.

Avec l'autorisation orale de la maman et la bénediction tacite de l'enfant...

vendredi 11 août 2006

Les dents de la fille

Je suis en vacances avec ma fille dans une maison louée par mes parents, à quelques kilomètres de Perpignan.

Ma fille nous use tous les trois à petit feu : coucher à 22h30, réveil à 6h00 après plusieurs crises de larmes pendant la nuit. Romane n'a jamais été une grosse dormeuse, mais depuis qu'elle fait ses dents, c'est un vrai cauchemar.

Il faut dire que la première a percé il y a à peine un mois, alors que Romane avait déjà... dix-huit mois. De mémoire de pédiatre/radiologue/stomatologie, c'est du jamais vu. J'avais un temps songé à alerter le Guiness Book, mais ma fille m'a regardé avec un regard sombre comme pour me dire qu'elle n'était pas un phénomène de foire.

Première dent à un an et demi = toutes les dents qui percent en un laps de temps très réduit. Ses nuits ne nous appartiennent plus, et nos journées sont semblables à celles de zombies ayant abusé de Lexomil.

Romane a eu des dents très tard, Romane s'est assis à 9 mois, Romane commence tout juste de marcher (à presque vingt mois !). Les pédo-psy qui se sont penchés sur son berceau certifient tous qu'elle a pris quatre à six mois de retard dans la vue à cause de ma leucémie ; plus exactement à cause de l'état de stress ambiant qui régnait à la maison.

Ce n'est pas impossible. Plus ça va, plus il m'apparaît pourtant que ma fille a hérité de l'indolence légendaire de son père.

mardi 4 avril 2006

Hoquet ? OK !

Hier, fin d'après-midi.

Je joue avec ma fille, sa mère est partie. Pour une énième conférence paneuropéenne, à Londres. Le genre de raouts artificiellement festifs où il fait bon célébrer les vertus ébaubissantes de la culture d'entreprise du cru.

Je joue avec ma fille, donc. Pas à ses jeux qu'elle a tendance à délaisser, ces temps-ci. Non, à mes jeux. Des bouffonneries décomplexées que j'invente pour conforter mon image de père attentif et débordant d'imagination. Romane rit. La bonhomie éclaire son visage, bientôt barré par d'incontrôlables gloussements. Je passe la main sur ma bouche, prends un air contrit, et récite des "Oh" et des "Ah" qui se veulent surpris. Romane rit désormais aux éclats, avec cette absence totale de retenue que confère l'innocence.

Et je me dis que le monde est cruel. Que Romane vit peut-être la plus belle période de sa vie, et qu'elle ne le sait pas (Note : je crois bien que je suis assez mal remis d'une enfance trop joyeuse). Cela provoque en moi un fulgurant accès de mélancolie rapidement emporté par les rires de ma fille, qui n'en finissent plus d'imprimer leurs sonorités grisantes dans ma caboche à nouveau conquise.

Romane rit tant et si bien qu'elle a bientôt le hoquet. Le genre de hoquets qui met de longues minutes à passer, le hoquet de mission, celui qu'on est fier d'avoir provoqué. Avec Hélène, on fait parfois des concours un peu ridicules frappés au coin du sceau de la régression infantile : "Alors, chérie, combien de hoquets elle a eu avec toi, cette semaine ?".

Nous sommes encore des enfants.

Et ma fille semble heureuse. Cela m'émeut souvent.

dimanche 2 avril 2006

Contre le CPE (Coiffeur Pour Enfants)

Je ne m'étais pas exprimé sur le CPE, et je m'en voulais un peu.

Quand même, une loi renégate qui met la jeunesse dans la rue, ça méritait son petit élan de rage extériorisé, une expression courageuse de ma vindicte qui n'aurait pas manqué de faire réfléchir dans les hautes sphères.

Et puis non. Le CPE, je suis contre. Je trouve que c'est bien assez. Comme les patrons avant de licencier, je n'ai pas besoin de me justifier.

En revanche, je soutiens sans ambages que je n'aurais jamais du couper les cheveux de ma fille. Encore aujourd'hui, je suis incapable d'expliquer pourquoi, mû par une envie soudaine, j'ai chopé les ciseaux et décidé de refaire le portrait de ma gamine. Bon, ça m'énervait un peu que sa longue mèche de devant lui trouble la vue, mais était-ce bien raisonnable, compte tenu de ma maladresse proverbiale, de me lancer dans pareille entreprise ? Non. Ce n'était pas raisonnable.

D'autant que Romane, à piailler sans relâche, à bouger dans tous les sens, n'a pas facilité ma mission. Je reconnais néanmoins qu'elle a été adorable, une fois mon forfait commis. D'une, elle n'a pas commenté le désastre et a continué de se trouver très jolie. De deux, elle n'a pas cafté, ce qui eut été un comble vu la surface de son vocabulaire. L'ennuyeux, c'est qu'il n'était pas nécessaire de cafter pour que sa mère remarquât l'étendue des dégats.

Ma fille, enfin notre fille, ne ressemble plus à grand chose. Elle a des cheveux partout, sauf devant. A force de vouloir égaliser, j'ai fait table rase de ce que les historiens retiendront comme ayant été sa chevelure. Sa mère, pas chienne, a juste hurlé de rire, ce qui, par ricochet, a fait glousser Romane.

Au fond, je dois être un bon père. Non ?

vendredi 13 janvier 2006

Message de la part de mon papa

Dans la catégorie "Son nombril".

Bonjour,

Mon papa me dit de vous dire qu'il a beaucoup de travail en ce moment (hum, je le vois passer beaucoup de temps à rien faire, moi. J'dis ça, j'ai rien dit, hein), et qu'il n'a pas trop le temps ni la tête à tenir son blog à jour.

Il dit que je fais rien qu'à l'embéter à vouloir taper sur toutes les touches du clavier. C'est même pas vrai : j'ai une préférence nette pour le "h", le "j", le "k" et le "l". Je peux faire plein de mots rigolos comme hjkjllkhjk kljlh jkjhjkhllkkhhllhhjk que mon papa il ne comprend pas et qu'il efface toujours.

Il me dit aussi de vous dire qu'il kulphabilise un peu de ne pas vous donner de nouvelles, mais qu'à l'exception d'une rhino-pharyngite des familles (mon papa, il dit souvent "des familles" après à peu près tout et n'importe quoi), son état de santé est aussi bon que possible. Perso, ça m'arrange quand même un petit peu. Comme mon papa, il ne sent rien, il en a rien à faire de me changer quand j'ai fait caca.

Voilà, mon papa vous dit tout ça. Et bien des choses enkhore.

hjhkj jkj hkjklklk jjllllll kkhhhlklj

Romane


PS : mon papa a encore râlé parce qu'il n'a pas gagné à l'Euro Million ni au super tirage du Loto. Maman a dit que ça servait à rien de râler vu que de toutes façons, il avait même pas joué. Mon papa, desfois, il est pas très logique.

vendredi 6 janvier 2006

Pa-Pa

Elle l'a dit !

RomaneCa s'est passé hier, en fin d'après-midi alors que je lui faisais prendre son bain, et que nous jouions avec le thermomètre (Water 50 centimeters resist) qui mesure la température de l'eau (pas plus de 38 degrés, damned !).

Elle m'a regardé dans le blanc des yeux. Elle était comme elle est toujours quand elle prend son bain et qu'aucun incident notable n'a bousculé le cours de sa petite vie : sereine. Elle m'a regardé, donc. Et elle a détaché les deux syllabes, et dit distinctement : "Pa-Pa". Elle l'a dit et redit, parce qu'elle voyait que j'étais aux anges.

J'étais tellement ému que j'ai eu un énorme coup de barre, et que je me suis demandé un instant si j'allais être capable de la sauver des eaux et la rhabiller fissa après qu'elle eut procédé à ses ablutions.

Un tout petit pas pour Romane, un grand pas pour son Pa-Pa.

lundi 19 décembre 2005

Bon anniversaire mon ange

Un an, toujours pas de dent, mais vachement dedans.

Dedans moi et ta maman.

Rhaaaa, c'est bon d'être un peu niais.

mercredi 14 décembre 2005

Tout ça pour ça

Alors que je donnais à manger à ma fille, je l'ai vu soudainement s'agiter. Les muscles de son visage se sont figés, et elle a commencé à pousser.

Je ne suis pas scato pour un rond, mais j'adore quand ma fille pousse, tout son petit corps tendu dans cet effort gigantesque. Le temps suspend son vol pour Romane, elle pousse comme les shadoks pompent. La seule différence, c'est qu'on sait pourquoi elle pousse (si quelqu'un a pigé pourquoi les shadoks pompaient, je suis preneur). Rien ne saurait la déconcentrer de sa noble tâche, elle pousse, elle pousse, elle pousse.

Aujourd'hui, elle a poussé si fort que j'ai cru que la terre allait s'arrêter de tourner. Elle a du penser que c'était les épreuves de fin d'année d'évacuation, ou un truc comme ça. Peut-être même croyait-elle que j'allais lui donner une note technique et une autre artistique. Enfin, je la regardais, un peu ébloui, fier d'être le papa d'une petite fille qui pousse aussi bien, aussi fort. A un moment, j'ai quand même pensé qu'il serait temps qu'elle s'arrêtât de pousser. Mais non, elle poussait compulsivement, sans retenue, en proie à quelque tourment intérieur, Romane n'en finissait pas de pousser.

Au bas mot, cela a duré cinq minutes. Ce qui est très long, vous en conviendrez. Pour pareille activité.

Alors, je suis allé la changer. Curieux, forcément curieux, du résultat. J'étais convaincu d'assister en direct live au record du monde de libération de caca. J'envisageais déjà de faire appel à un huissier dûment assermenté pour inscrire ma fille au Guiness Book des machins. En guise de quoi, j'ai juste débarassé le popotin de ma fille d'un étron de rien du tout, un truc minable, minuscule pesant à peine quelques grammes. Dur comme la pierre, solide comme le roc.

Je pense que ma fille est (juste) constipée.

dimanche 30 octobre 2005

Bof, bof

Je n'aime pas le précédent billet. Il surfe sur la vague plus ou moins branchouille du bébé-forcément-casse-couilles. C'est une concession un peu insincère à l'air du temps ; vraiment je me déçois.

Faute avouée étant à moitié pardonnée, je consens à m'exonérer de quelconque châtiment, et m'en tiendrai à ces quelques mots sur cette fin de dimanche épique : oui, les enfants - et particulièrement les bébés - sont prenants, un tantinet assujettissants. Ma fille n'échappe pas à la règle. Mais mon dernier message ne dit rien de l'irréductible amour que j'éprouve pour Romane. Rien de ce qu'elle m'apporte. Rien de ce que je suis dans son regard. Il ne dit rien, et c'est tant mieux.

Un peu de pudeur, tout de même.

God bless(e) mes pieds

En cette fin d'été indien, nous sommes partis nous promener (la poussette, ma fille et moi) pour célébrer les derniers beaux jours... qui n'en finissent plus d'être les derniers. De tous les pères, j'avais franchement la démarche la plus assurée. L'expérience est inscrite sur mon visage buriné, on sent que je sais y faire avec les marmots, moi. Je suis le pape de la poussette, l'orfèvre du porte-bébé kangourou, le phénix des biberons d'eau et des changements de couche improvisés.

De Lepic Street au Parc Monceau, il y avait quelque chose comme six kilomètres aller-retour, et j'ai la voûte plantaire anéantie, le regard torve et la mine délavée de celui qui a tout donné. En plus, Romane traine une fièvre carabinée, conséquence d'un vaccin qui a mal tourné. Si on rajoute qu'Hélène est partie ce matin aux Etats-Unis et qu'elle ne reviendra que samedi prochain, j'ai comme la sensation que la semaine va être longuette et entièrement consacrée à la chair de ma chair, fruit d'amours grisantes et irréfléchies (si les futurs parents réfléchissaients, ils n'assureraient jamais la survie de l'espèce).

Je sais pas vous, mais les héros, ici, sont fatigués.

PS : deux coups de fil plus tard, l'opération Restore Hope by Grand-Parents est en route.

jeudi 27 octobre 2005

Parents indignes

- Elle : La petite a été dure aujourd'hui.
- Moi : Dure ? Epouvantable, tu veux dire.
- Elle : T'exagères un peu. Enfin oui, elle a rarement fait autant de caprices.
- Moi : Je crois qu'elle est tombée amoureuse du tournevis cruciforme.
- Elle : (sourire) Ouais, surprenant, cete crise de larmes qu'elle nous a faite quand on le lui a enlevé des mains.
- Moi : en même temps, c'était pas bien malin de laisser un tournevis à sa portée. Je ferai gaffe next time.
- Elle : Pfff, puis quelle crise d'hystérie au moment de la coucher.
- Moi : C'est toujours comme ça quand elle est trop fatiguée.

(Silence d'une minute, au moins)

- Elle : c'est vraiment un assujetissement permanent, un enfant.
- Moi : ouais.
- Elle : je suis défoncée. Plus aucune énergie.
- Moi : on pourrait peut-être la confier quelques jours à tes parents ?
- Elle : non, ils sont fatigués, en ce moment. Aux tiens ?
- Moi : non, ils sont en vacances.
- Elle : A la voisine ? Elle a dit qu'elle était prête à s'en occuper tant qu'elle était encore vivante !
- Moi : Elle a quand même 83 ans, Hélène.
- Elle : Oui, tu suggères quoi, alors ?

(Réflexion intense)

- Moi : on pourrait créer une structure, sur le modèle de la SPA. On appellerait ça la société protectrice des bébés. Les parents épuisés pourraient y confier leurs gamins.
- Elle : ...
- Moi : Epatant, non ?
- Elle : Ca existe déjà. Ca s'appelle la DDASS.
- Moi : Ah, merde. Bon, on va se coucher ?
- Elle : Ouais, on va se coucher.

Clap de fin. Il est 21h15. C'était la séquence promotion de la non-prolifération des êtres humains à l'usage de ceux qui se posent (encore) la question.

vendredi 21 octobre 2005

Vol de nuit

Salut à toi ô voleur,

Je voulais te signifier par le présent billet l'ampleur de ma colère et la nature de mon courroux : en subtilisant la poussette de ma fille, entre hier 20h30 et ce matin 07h30, au mépris de la bienséance et de l'élémentaire civilité, tu t'es aliéné à jamais ma considération par nature débonnaire. Ce n'est pas tant le vol que je déplore que la nature même de l'escamotage. Priver un adulte de sa promenade quotidienne, voilà qui n'est pas un drame. Mais un enfant ! Qui ne sait rien encore de la vacuité infinie de ce monde, qui ignore tout de l'universelle perfidie de la nature humaine. Infâme maraud, abject pignouf, sale con !

Et puis quoi, voler une poussette flambant neuve, c'est très mal mais chouraver une poussette en bout de course, vieillissante et cradingue, c'est parfaitement innomable.

D'autre part, j'aimerais savoir pourquoi NOTRE poussette a eu les honneurs de ton inclination quand celles de nos voisins, qui somnolaient elles aussi en paix près de la cage d'escalier, ont curieusement été épargnées. Vengeance personnelle, dépit amoureux ? Ou impéritie crasse, peut-être ?

Voleur, ô mon voleur, je te donne deux heures pour colmater les brèches béantes, dans nos coeurs, ouvertes par ton forfait. Deux heures, pas une de plus. Si tu as l'audace de séquestrer plus longtemps cette vieillerie anémiée, je tiens à te signaler que je n'hésiterais pas à racheter, cet après-midi même, une Mc Laren de compétition à ma gamine éplorée.

Je te prie d'agréer l'expression de mon antipathie avérée.