Egoblog

mercredi 8 mars 2006

Journée de la femme

Romane s'est levée à 4h30 pour être la première chromosomée XX à célébrer le grand jour.

J'ai eu pitié de sa mère, et c'est donc l'homme qui s'est levé.

C'était pas ma journée.

vendredi 16 décembre 2005

La trève

C'est un livre magnifique de Primo Levi. La suite, narrée sur un mode burlesque, du génialissime "Si c'est un homme". Un beau cadeau pour les fêtes.

C'est aussi le début des vacances, les premières depuis l'année dernière. On dépose la Fille chez mes beaux-parents, on célèbre son premier anniversaire et on file en Normandie nous remplir la panse, faire des grasses mat' à en déchirer le sommier et nous balader sur les plages de Deauville, d'Honfleur et d'ailleurs.

On file. Là, maintenant, tout de suite.

jeudi 1 décembre 2005

Du rififi à Lepic Street

On s'est engueulés sans ménagement, hier. Et, chose rarissime, le ton est monté assez vite. Toutefois, nous avons évité de justesse les bris de vaisselle. Même en colère, nous méprisons les clichés. Comme souvent, ll a fallu une étincelle minable, limite étique, pour que le feu, qui couvait depuis quelque temps, s'embrase.

Entre une LN fatiguée par ses longues journées de taf et ses matins bruyants (règle numéro 1 : c'est toujours la Femme qui entend la Fille en premier) et un Ari rongé par l'ennui et le doute, il fallait bien que le clash se produise. Et le clash s'est produit. Dans ces cas-là, on est spectaculaires, elle et moi. Remontés comme des ressorts, dressés sur nos ergots, nous sommes, l'un comme l'autre, capable de la mauvaise foi la plus tranchée. Son combat contre le mien, ses récriminations souvent justes contre mes revendications parfois légitimes. Sa vision du monde, et la mienne. Le tout, dans un concert de reproches qui touchent plus ou moins justement leur cible. Et la colère, trop longtemps assoupie, de gronder, les arguments de s'entre-choquer. Et le combat, féroce, de se prolonger jusqu'à épuisement réciproque. Comme tous les couples qui se fritent très rarement, nous avons du mal à calmer le jeu. Au nom du sacro-saint principe qu'il vaut mieux une bonne grosse engueulade à une brassée d'escarmouches insignifiantes, nous jetons de l'huile sur le feu de nos rares prises de bec jusqu'à ce que l'extincteur rende l'âme, et nos patiences avec.

Après, c'est à celui ou à celle qui fera le premier pas. Le pacificateur est souvent celui qui a été le plus blessant. Aujourd'hui, c'était moi. En général, il faut au minimum une nuit de sommeil (règle numéro deux : le sommeil n'a pas besoin d'être réparateur. Sinon, la présence d'un bébé, à quelques mètres de notre chambre, ruinerait à (presque) jamais (rhaaa, j'adore ouvrir une parenthèse - voire deux - à l'intérieur d'une autre parenthèse) nos chances de réconciliation) et une matinée de franche bouderie pour envisager de hisser le drapeau blanc. Je dis bien le drapeau blanc. Comprendre que les hostilités cessent, mais que, souvent, les dommages perdurent. Ce qu'on s'est envoyé dans la tronche laisse nécessairement des traces, et il faudra faire preuve de quelques jours de patience pour digérer pareille empoignade.

Ces confrontations au sommet ne présentent pas que des inconvénients : la coexistence pacifique, c'est bien gentil, mais ça trouve rapidement ses limites quand le chemin de l'un cesse de croiser celui de l'autre. L'enjeu de ces destructions massives autant que momentanées, c'est souvent de reconstruire une plus jolie baraque derrière. Corriger des sorties de route avant que les tonneaux du quotidien immobilisent la bagnole de façon définitive. Depuis que Romane est là, c'est plus complexe, plus ambigu. Celle qui était ma compagne est devenue la mère de ma fille. Ce sont là des enjeux qui nous dépassent. Parfois.

La vie de couple, y a pas à chier, c'est un boulot à plein temps. La vie de parent, aussi. Je ne vous parle pas de la vie professionnelle qui, à ce stade, demeure pour moi une vue de l'esprit. Il y aussi la vie sociale, la vie sexuelle, la lecture quotidienne de Libé, les besoins pressants, la vie bloguienne, la vie de mon estomac, Dostoievski et tous les autres. Tout cela ne peut décemment pas tenir dans UNE vie.

Encore heureux, on n'a pas de chien.

jeudi 17 novembre 2005

Attention, ils arrivent...

LN est rentrée la nuit dernière vers 5 heures du matin, et m'a réveillé en sursaut (enfin, c'est moi qui ai sursauté) pour m'annoncer l'incroyable nouvelle : des extra-terrestres avaient été retrouvés quelques jours plus tôt au Brésil. Telle était en substance l'information folle entendue à la radio dans le taxi qui ramenait LN à la maison. Sur le moment, j'ai à peine réagi, mais devant son insistance et son enthousiasme, j'ai ouvert plus qu'un oeil, et ai décrété sur le ton sentencieux que je suis capable d'adopter quand je suis réveillé en pleine nuit par une chérie délirante : "arrête de raconter des conneries, et viens te coucher". Ca m'a quand même un peu trotté dans le crâne, et je me suis rendormi en pensant que si la présence sur terre des petits bonhommes verts était avérée, on n'allait pas tarder, à ce rythme, à nous démontrer, preuve à l'appui, l'existence de Dieu. Non, pas Dieu quand même, faudrait pas voir à trop déconner.

martiensAu petit matin, c'est rigolard que j'ai vu LN se précipiter pour allumer la télévision. Non je n'avais pas rêvé. Et ma chérie était bien décidée à me rabattre le caquet à grand renfort de preuves journalistiquements assenées. Et là, j'ai assisté hilare à la plus belle déconvenue de l'année : tous les titres y sont passés, jusqu'au plus insignifiant (en vrac un nouveau médicament pour lutter contre le tabagisme, la baisse du CAC 40, la qualification des bleuets à l'Euro 2006, les banlieues, mythe ou réalité ?). Et rien, nada, peanuts sur nos amis les martiens ! J'ai pris mon air le plus indigné et regretté avec amertume la médiocrité de LCI, incapable de hiérarchiser l'information convenablement. Alors quoi, des OVNIS nous rendaient visite en cet automne 2005, et on continuait benoitement à nous causer actions en berne et voitures brûlées. Ca a fait moyennement rire ma chérie qui a réalisé, avec à peine quatre heures de retard, qu'elle avait été victime d'une supercherie montée de toute pièce par un épigone d'Orson Welles avec la complicité involontaire d'un chauffeur de taxi crédule. Enfin, aussi crédule que ma chérie, quoi.

Il fallait voir la mine déconfite d'Hélène, en train de repasser le film des événements de la nuit, à la recherche d'un indice rétrospectif à même d'expliquer son absence totale de défiance. Etait-ce l'enthousiasme contagieux du chauffeur devant pareille découverte ? Ou les accents de vérité du "journaliste" relayant la nouvelle ? Ou encore la kyrielle de détails qui entourait l'improbable information d'un halo de crédibilité ?

zizi- Des détails ? Euh, quels détails ? demandai-je à LN toujours aussi fasciné.
- Hum, tu me promets que tu vas pas te foutre de ma gueule ?
- Euh, non, c'est impossible à tenir une promesse pareille.
- Bon, allez, je te dis quand même. Alors, ils disaient que la gravité était deux fois supérieure sur leur planète, et que du coup en arrivant chez nous, ils s'étaient cassés les jambes. Et le chirurgien brésilien qui les a opérés avait pu en sauver deux sur la dizaine de blessés.
- Ah ?
- Et donc, le chirurgien en question était interviewé. Il parlait un portugais qui semblait très clair, et expliquait qu'il avait vu dans les yeux des martiens beaucoup de détresse et une énorme souffrance. Plus morale que physique, d'ailleurs.
- C'est tout ?
- Non, il disait aussi que les extra-terrestres avaient des tous petits zizis.
- ...
- Oui c'est vrai, là j'aurais du percuter.

Si c'était pas ma chérie, je vous jure qu'il faudrait l'inventer.

jeudi 29 septembre 2005

Femme au bord de la crise de mère

En deux jours, c'est la deuxième fois que je fais un jeu de mots foireux avec le mot "mère" dedans.

Mais ce qui s'est passé ce matin mérite que je bisse sans états d'âme. Et puis de toutes façons, je fais ce que je veux avec mes cheveux mères (la mienne et celle de ma fille).

Adoncques, nous avions ce matin rendez-vous avec la directrice de crèche pour inscrire Romane dans la section "Petits" à partir du 24 octobre. La directrice nous explique les fondamentaux (l'équipe de puéricultrices, les horaires, les repas, les temps de jeu, de repos... etc ). Jusque là, tout est normal. Sauf que...

... LN nous sort, dans un sursaut de franchise spontané (special tribute to Cuné), la saillie suivante autant que remarquable : "en fait, je n'ai plus du tout envie de mettre ma fille à la crèche."

Silence de mort dans la pièce. Nous faisons partie des 25% de privilégiés qui avons obtenu une place dans ce quartier où les parents seraient prêts à se battre pour semblable faveur. LN sent que tout cela est un peu exagéré, et se reprend : "Je suis ravie que ma fille aille en crèche, mais j'ai quand même une boule d'angoisse à l'idée de... euh... l'abandonner". Stupeur.

La directrice rassure LN comme elle peut. Elle peut peu. Après une visite des lieux, nous rebroussons chemin, et je sens toute la détresse du monde qui s'abat sur les épaules de ma chérie. "Tu comprends, Ari. C'est horrible de laisser sa gamine huit heures par jour dans un endroit qu'on ne connait pas. Et puis elles ne sont que cinq puéricultrices pour 22 enfants. Et puis... et puis... (dernier argument massue) la déco est vraiment moche".

Je calme LN comme je peux. Moi aussi, je peux peu. Elle n'a pas du tout envie d'aller au travail, elle veut voir sa fille (actuellement gardée par une nounou), l'embrasser, vérifier que Romane n'est pas trop affectée par le rendez-vous que ses parents ont eu ce matin. A ce stade d'irrationnalité, je décide de me la fermer, et me contente de plonger ma main dans la sienne. Perso, je suis aux anges à l'idée que ma fille aille en crèche, se fasse plein de potes, découvre un nouveau monde.

Mais moi, je ne suis pas la mère (amère). Je ne suis qu'un pauvre père apathique et indifférent aux besoins d'un bébé de neuf mois.

Midi et demi : Hélène m'appelle du boulot. Elle opte désormais pour une garde partagée ("Tu comprends, ce serait un mélange entre le modèle actuel - une nounou exclusive pour Romane - et la crèche"). Non, je ne comprends pas. Mais je lui promets qu'on en reparlera, que je suis vachement ouvert.

La suite promet d'être amusante.

dimanche 25 septembre 2005

Jamais contente

J'ai fait lire ce blog à ma chérie qui s'est écriée, en un élan brutal et incontrôlé :

"La catégorie Mon nombril est la plus sympa. Par contre, tout ce que tu dis sur moi - que tu m'aimes, que je suis parfaite, tout ça - ça manque vraiment de profondeur."

Fallait pas lui faire lire, je l'savais.

samedi 17 septembre 2005

LN rentre ce soir

Et je vais lui faire une de ces fêtes.

Soyons tout à fait honnête. Ma chérie m'a manqué, c'est un fait. Mais pas autant que la mère de ma fille, c'est une certitude. Et là, je me dois de poser la question suivante : comment font les femmes, nos mères, pour s'occuper de leur marmaille toute la sainte journée et ne pas avoir l'air totalement épuisé une fois les bambins couchés.

Cela me semble humainement impossible. A 20h30, quand Romane est couchée, moi je suis liquide. Totalement imperméable à toute tentative de verticalisation. Il me faut un fauteuil et un repose-pieds, à tout le moins. Et de bons amis auxquels je peux raconter par le menu mes journées de supplicié. Qu'on en juge plutôt : réveil à 6h30, premier biberon, puis mademoiselle veut jouer, éventuellement se rendormir, mais pas plus d'une heure ; pas même le temps de me refaire un cycle de sommeil. Ensuite, grosse crise de larmes consécutive à un caca qui déchire la stratosphère (et accessoirement déborde de la couche). Puis, on rejoue, encore. On raconte des histoires, entonne quelques chansons. Mais pas longtemps, parce que Romane veut au choix : 1/ se regarder dans la glace 2/ rester debout (alors qu'elle ne sait même pas marcher, ma fille n'est pas logique) 3/ ramasser tout ce qui traine et même ce qui ne traine pas.

Je ne termine pas cet inventaire à la Prévert des occupations de ma fille, ce serait fastidieux. Malgré ma fatigue, je tiens bon la barre et m'impose une règle intangible : ne jamais gueuler sur ma gamine. Même quand j'ai envie de la balancer contre le mur !

LN rentre, donc. On va revivre une vie normale. Je ne suis pas un mauvais papa, mais c'est une maman sublime. Et une chérie de tout premier ordre. Il en faut du courage et du talent, de l'envie et de la déraison pour supporter un gars comme moi. Je ne suis pas bien sûr qu'elle me supporte tant que ça, du reste. Mais elle m'aime, ce qui n'est pas rien.

Pas rien ? C'est immense, mon vieux. Ca n'a aucun sens la vie de couple, ça n'existe pas la personne avec qui tu vas vouloir passer les 50 dernières années de ta vie. Ca n'existait pas. Et puis LN est arrivée. Sans se presser.

Elle est mon ange, ma gardienne, ma saisissante moitié.