On s'est engueulés sans ménagement, hier. Et, chose rarissime, le ton est monté assez vite. Toutefois, nous avons évité de justesse les bris de vaisselle. Même en colère, nous méprisons les clichés. Comme souvent, ll a fallu une étincelle minable, limite étique, pour que le feu, qui couvait depuis quelque temps, s'embrase.
Entre une LN fatiguée par ses longues journées de taf et ses matins bruyants (règle numéro 1 : c'est toujours la Femme qui entend la Fille en premier) et un Ari rongé par l'ennui et le doute, il fallait bien que le clash se produise. Et le clash s'est produit. Dans ces cas-là, on est spectaculaires, elle et moi. Remontés comme des ressorts, dressés sur nos ergots, nous sommes, l'un comme l'autre, capable de la mauvaise foi la plus tranchée. Son combat contre le mien, ses récriminations souvent justes contre mes revendications parfois légitimes. Sa vision du monde, et la mienne. Le tout, dans un concert de reproches qui touchent plus ou moins justement leur cible. Et la colère, trop longtemps assoupie, de gronder, les arguments de s'entre-choquer. Et le combat, féroce, de se prolonger jusqu'à épuisement réciproque. Comme tous les couples qui se fritent très rarement, nous avons du mal à calmer le jeu. Au nom du sacro-saint principe qu'il vaut mieux une bonne grosse engueulade à une brassée d'escarmouches insignifiantes, nous jetons de l'huile sur le feu de nos rares prises de bec jusqu'à ce que l'extincteur rende l'âme, et nos patiences avec.
Après, c'est à celui ou à celle qui fera le premier pas. Le pacificateur est souvent celui qui a été le plus blessant. Aujourd'hui, c'était moi. En général, il faut au minimum une nuit de sommeil (règle numéro deux : le sommeil n'a pas besoin d'être réparateur. Sinon, la présence d'un bébé, à quelques mètres de notre chambre, ruinerait à (presque) jamais (rhaaa, j'adore ouvrir une parenthèse - voire deux - à l'intérieur d'une autre parenthèse) nos chances de réconciliation) et une matinée de franche bouderie pour envisager de hisser le drapeau blanc. Je dis bien le drapeau blanc. Comprendre que les hostilités cessent, mais que, souvent, les dommages perdurent. Ce qu'on s'est envoyé dans la tronche laisse nécessairement des traces, et il faudra faire preuve de quelques jours de patience pour digérer pareille empoignade.
Ces confrontations au sommet ne présentent pas que des inconvénients : la coexistence pacifique, c'est bien gentil, mais ça trouve rapidement ses limites quand le chemin de l'un cesse de croiser celui de l'autre. L'enjeu de ces destructions massives autant que momentanées, c'est souvent de reconstruire une plus jolie baraque derrière. Corriger des sorties de route avant que les tonneaux du quotidien immobilisent la bagnole de façon définitive. Depuis que Romane est là, c'est plus complexe, plus ambigu. Celle qui était ma compagne est devenue la mère de ma fille. Ce sont là des enjeux qui nous dépassent. Parfois.
La vie de couple, y a pas à chier, c'est un boulot à plein temps. La vie de parent, aussi. Je ne vous parle pas de la vie professionnelle qui, à ce stade, demeure pour moi une vue de l'esprit. Il y aussi la vie sociale, la vie sexuelle, la lecture quotidienne de Libé, les besoins pressants, la vie bloguienne, la vie de mon estomac, Dostoievski et tous les autres. Tout cela ne peut décemment pas tenir dans UNE vie.
Encore heureux, on n'a pas de chien.